A Prague, la ministre Nathalie Loiseau lance des consultations citoyennes sur l’Europe

La ministre française en charge des Affaires européennes Nathalie Loiseau était à Prague ces jeudi et vendredi pour lancer des consultations citoyennes à propos de l’avenir de l’Union européenne. L’opération, lancée à l’initiative de la France et qui vise à prendre le pouls des citoyens européens à l’heure où des velléités de réforme des Vingt-Sept se font jour, doit se poursuivre sur tout le territoire tchèque au cours des prochains mois.

Nathalie Loiseau, photo: Site officiel du Gouvernement tchèquesNathalie Loiseau, photo: Site officiel du Gouvernement tchèques Jusqu’à cette semaine, peu nombreux étaient ceux qui étaient capables de replacer Nathalie Loiseau dans le gouvernement d’Edouard Philippe. La ministre en charge des Affaires européennes est entrée dans la lumière bien fâcheusement quand elle a évoqué, mercredi devant les sénateurs, le cas théorique d’un migrant sud-soudanais qui ferait du « shopping de l’asile » en Europe. Le propos, que la ministre a dit plus tard regretter, a choqué jusque dans les rangs de la majorité.

A Prague, Nathalie Loiseau, bien loin de cette polémique, a pu se concentrer sur ce qu’elle était venue y faire, à savoir participer au lancement des consultations citoyennes, que le gouvernement démissionnaire d’Andrej Babiš (ANO) a repris à son compte et organise en République tchèque. A un point de presse vendredi, la ministre est revenue sur les enjeux de cette opération :

« On a coutume de décrire la République tchèque comme un pays où l’euroscepticisme est fort parce qu’on regarde les statistiques et on voit que moins de 40 % des Tchèques sont favorables à l’Union européenne. Ce qui est intéressant, si on prend sujet par sujet, il y a des appréciations positives, il y a des critiques et il y a des attentes, et je crois que c’est plus général au sein de l’Union européenne. Dire ‘êtes-vous pour ou contre la construction européenne ?’, c’est une question extrêmement réductrice. Ces consultations sont là pour essayer de faire du qualitatif, pour prendre le temps de voir quels sont les sujets que soulèvent les citoyens. »

C’est au centre culturel La Fabrika, dans la capitale tchèque, que ces consultations ont été lancées en présence de la ministre et du chef du gouvernement tchèque Andrej Babiš. Comme on pouvait sans doute s’y attendre, de nombreux intervenants ont plutôt évoqué des thématiques nationales et, quand il s’agissait de l’Europe, ce sont les préoccupations autour de l’accueil des demandeurs d’asile qui ont prédominées les échanges.

Sur ce point, la ministre française soutient la démarche de la présidence bulgare du Conseil de l’UE qui a fait des propositions pour réformer le règlement Dublin sur l’asile. Elles impliquent également, en cas de situation de crise, un système de relocation obligatoire, ce dont ne veulent pas entendre les pays centre-européens, dont la République tchèque. Nathalie Loiseau s’est d’ailleurs livrée à une critique à peine voilée à leurs égards :

Nathalie Loiseau et Andrej Babiš, photo: Site officiel du Gouvernement tchèquesNathalie Loiseau et Andrej Babiš, photo: Site officiel du Gouvernement tchèques « Je déplore que les décisions prises en 2015 n’aient pas été appliquées par certains Etats membres de l’Union européenne et que le concept de solidarité, qui est au cœur du projet européen, n’ait pas trouvé de traduction. »

Alors que le président Macron tentait de redonner une impulsion à ses projets de réforme de l’Union européenne à Aix-la-Chapelle face à la chancelière Angela Merkel, Andrej Babiš a donné lui aussi jeudi à Prague sa vision des nouvelles orientations que devraient prendre les Vingt-Sept. Le Premier ministre, qui estime par ailleurs que la Tchéquie n’a pour l’heure pas besoin d’adopter l’euro, considère que la Commission européenne devrait être « dépolitisée » et que le marché commun devrait être parachevé.

Cela ne semble pas être le sens des propositions de M. Macron. Aussi, nul doute que les mois à venir seront riches de débat entre les Etats membres, qui doivent également négocier le prochain budget européen, de même que lors des consultations citoyennes qui doivent encore se tenir dans dix villes tchèques d’ici à octobre.