A Genève, la Pleurante des rues de Prague de Sylvie Germain hante la scène d’un théâtre

Jusqu’au 18 février, le Théâtre de la Parfumerie à Genève, propose La Géante des rues de Prague, une pièce tirée de la Pleurante des rues de Prague de l’écrivaine française Sylvie Germain. Mise en scène par Isabelle Bouhet et Philippe Campiche, c’est ce dernier qui conte, sur scène, l’histoire de cette créature fantomatique qui hante les rues de la capitale tchèque. Au micro de Radio Prague, il nous dit qui est cette géante :

Philippe Campiche, photo: YouTubePhilippe Campiche, photo: YouTube « C’est une créature sortie de l’imagination de Sylvie Germain. Elle décrit en fait une géante boiteuse qui apparaît de manière très fugace dans les rues de Prague, dans différents quartiers et à différentes occasions. En fait, cette femme, cette géante, n’est pas faite de chair et de sang, mais elle est faite de larmes. C’est une sorte de condensation de la douleur humaine. Chaque fois qu’elle paraît, elle amène avec elle des réminiscences, des visions. Entre autres, dans le livre, elle parler beaucoup des années de guerre et de ce qu’ont subi les Juifs. »

Quel est son rôle ? Est-ce une sorte de pythie ?

« Quand elle se montre, elle évoque des choses qui se sont passées, des choses liées à des souvenirs douloureux. Elle par exemple de l’écrivain polonais Bruno Schultz qui a été tué parce qu’il n’avait pas l’étoile jaune. Elle parle de Franta Bass, un enfant du ghetto de Terezín, qui a écrit des poèmes. Elle fait venir le souvenir de ces gens-là. »

Est-ce un des poèmes de Franta Bass que vous utilisez dans votre mise en scène ?

« Oui, tout à fait. Les paroles sont de Franta Bass, traduites en français. Dans le ghetto il y avait des sortes d’ateliers de poésie, de théâtre. Lui était un de ceux qui suivaient ces ateliers. Il reste cela de lui. »

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter le roman de Sylvie Germain, La pleurante des rues de Prague, pour la scène ?

 « Il y a plusieurs choses. Dans ma vie, il m’est arrivé à plusieurs reprises, comme à peu près tout le monde, des moments où on se dit : il y a autre chose, la réalité n’est pas seulement cela, quelque chose d’autre se passe ailleurs et on le voit pas. Je suis conteur. Je faisais mes spectacles de contes et à la fin, avec les gens qui restaient, je racontais une ou deux choses qui m’étaient arrivées. Je demandais ensuite aux gens de me raconter ce qui leur était arrivé d’irrationnel. J’ai été stupéfait de découvrir le nombre de choses que les gens racontent et qu’ils n’osent pas dire. Cette espèce d’irruption de l’invisible dans la réalité était tellement bien écrite et décrite par Sylvie Germain que cela m’a donné envie d’en faire quelque chose. »

Prague est-elle un personnage à part entière dans ce récit ?

« Oui, surtout la Prague historique. Elle parle de Jan Hus notamment. Je n’ai jamais été à Prague, mais c’est quelque chose qui, dans mon fantasme, est important. Il y a eu le printemps de Prague, la révolution de velours… Oui, Prague est un personnage important en soi, je crois. »