A Brno, l’Epopée slave et un rendez-vous de 1918 célibataires pourfêter le centenaire de la Tchécoslovaquie

Un million et demi de personnes pourrait assister, d’ici décembre prochain, aux différentes manifestations qui marquent « les dates en 8 », à savoir les années fatidiques de l’histoire centenaire de la Tchécoslovaquie et de la République tchèque. Les principales commémorations commencent dès ce mois de mai, par l’ambitieux festival Re:publika 1918-2018. Pendant trois semaines, il investira le Parc des expositions de Brno, proposant une palette de spectacles, d’expositions et de concerts, sans oublier un projet spécial de rencontre entre célibataires tchèques et slovaques.

Un spectacle inédit combinant musique et effets visuels sera sans doute un des moments forts du festival Re:publika 1918-2018 qui se déroulera dans la métropole morave du 26 mai au 17 juin. Intitulée « Ma Patrie de près et à haute voix », cette création de la Philharmonie tchèque et des artistes londoniens de l’agence 59 Productions présentera des œuvres de Bedřich Smetana et de Leoš Janáček accompagnées d’un show lumineux. Par ailleurs, un éclairage spécial sera aussi installé, pendant la tenue du festival, sur la grande tour du Parc des expositions de Brno, une manière de célébrer également le 90e anniversaire de ce complexe fonctionnaliste qui accueille, sur 130 000 m², des foires internationales.

La visualisation de l'Epopée slave à Brno, photo: Město BrnoLa visualisation de l'Epopée slave à Brno, photo: Město Brno Pour commémorer le centenaire de la fondation de la Tchécoslovaquie, la ville de Brno organise des expositions dédiées au design, au sport et à la littérature, un festival de danse d’Europe centrale et orientale. Les amateurs d’arts plastiques sont impatients de découvrir une nouvelle installation extérieure de l’artiste Krištof Kintera, une œuvre « immanquable et bruyante » selon le directeur du festival Pavel Anděl. Mais le point d’orgue de la manifestation sera sans doute l’Epopée slave d’Alfons Mucha. Neuf des vingt toiles de grand format qui constituent ce cycle précieux créé par le maître de l’Art Nouveau seront exposées à Brno pendant six mois. Un événement exceptionnel aussi pour le maire de Brno Petr Vokřál (ANO) :

« Nous montrerons en parallèle les affiches d’Alfons Mucha qui proviennent de la collection d’Ivan Lendl. C’est une première mondiale : jamais auparavant, ces œuvres de Mucha n’ont été exposées ensemble. »

Pour rompre avec la tradition quasi obsessionnelle des Tchèques de commémorer tous les anniversaires, la plasticienne Kateřina Šedá a concocté pour le centenaire de la Tchécoslovaquie un projet plus social que culturel : dans le cadre du festival de Brno, elle organisera un rendez-vous pour précisément 1918 célibataires tchèques et slovaques. Elle explique la genèse de ce projet :

Kateřina Šedá, photo: BKMzastavka, CC BY-SA 3.0Kateřina Šedá, photo: BKMzastavka, CC BY-SA 3.0 « Ce projet est basé sur une enquête, il a mûri pendant un certain temps, je ne l’ai pas inventé du jour au lendemain. J’ai demandé aux habitants de Brno et aux villageois s’ils voulaient célébrer quelque chose et si oui, de quelle manière. Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils ne voulaient rien fêter, certains ne savaient même pas qu’on allait commémorer le 100e anniversaire de la fondation de la Tchécoslovaquie. J’ai cherché les origines de cette indifférence. Mon projet reflète justement cette solitude et cette frustration que j’ai ressenties chez mes interlocuteurs. Je voulais mettre en place une manifestation ciblée plutôt sur l’avenir du pays que sur son passé. Pour moi, cette rencontre que j’organise symbolise la République tchèque en 2018. »

En attendant cette rencontre de 959 hommes et du même nombre de femmes originaires des deux pays qui formaient, il y a un quart de siècle encore, un Etat commun, rappelons que d’autres événements liés aux grands moments de l’histoire du pays se préparent. A commencer par une exposition consacrée à l’année 1968 qui sera inaugurée à la mi-mai à la Galerie nationale de Prague. Deux autres expositions retraçant l’histoire tchécoslovaque s’ouvrent en ce mois de mai au Château de Prague et au Musée technique national. Ce dernier lancera sur les rails un train qui rassemble les wagons utilisés par François-Ferdinand d'Autriche et les présidents T. G. Masaryk et Gustáv Husák.