Faits et événements A 70 ans, Věra Čáslavská reste une légende bien vivante
Emil Zátopek et Věra Čáslavská : tels sont les noms des deux plus grands sportifs tchèques de l’histoire. Si le nom de Zátopek, synonyme de course à pied, reste aujourd’hui encore connu dans le monde entier, celui de la gymnaste Čáslavská, septuple médaillée d’or aux Jeux olympiques de Tokyo et de Mexico en 1964 et 1968, est, lui, un peu tombé aux oubliettes. La faute à un destin tragique et à un long isolement dont celle qui était en 1968 la deuxième femme la plus populaire au monde après Jacqueline Kennedy n’est sortie qu’il y a quelques années. Ce jeudi, la légendaire Věra Čáslavská fête ses 70 ans et l’événement ne passe pas inaperçu en République tchèque.
Věra Čáslavská, photo: CTK
Plus de quarante ans après, l’enthousiasme des commentateurs de la
Radio
tchécoslovaque de l’époque et la fascination du public japonais et
mexicain pour cette jeune femme blonde de l’Est aux formes élégantes
et
aux mouvements gracieux sont encore bien présents dans les mémoires et
n’appartiennent pas seulement à l’histoire. Au moment de fêter son
70e anniversaire, Věra Čáslavská revient même plus que jamais sur le
devant de la scène. La sortie, ce jeudi, dans les salles de cinéma
tchèques d’un film documentaire intitulé « Věra 68 », la
publication
d’une biographie autorisée et plus généralement le grand intérêt
des
médias sont la confirmation de ce regain d’intérêt pour celle qui fut
élue Sportive mondiale de l’année 1968, année symbolique s’il en
est.
Věra Čáslavská, photo: Ron Kroon / Anefo, Creative Commons 3.0
Věra Čáslavská la gymnaste, ce sont d’abord 140 médailles, dont
onze olympiques mais sans compter l’Ordre du Soleil levant remis par
l’ambassadeur du Japon. C’est aussi une médaille d’argent aux Jeux
de Mexico qui la fit alors entrer dans le cœur d’un grand nombre de
Tchécoslovaques. Deuxième du concours à la poutre, c’est en effet le
regard baissé qu’elle écoute l’hymne soviétique joué en
l’honneur
de la championne olympique :
« Dès la première note de l’hymne soviétique, l’hymne du pays dont l’armée occupait notre pays, j’ai tout à fait inconsciemment baissé la tête. C’est un geste qui est venu naturellement, de l’intérieur, du fond de mon âme et de mon cœur. »
Car Věra Čáslavská est aussi une femme qui a eu le courage de ses idées et de ses prises de position. Signatrice du Manifeste des 2 000 mots, critique radicale du régime communiste publiée dans la presse qui condamnait l’ingérence soviétique en Tchécoslovaquie, figure du Printemps de Prague, Věra Čáslavská a longtemps souffert de la persécution politique. Il lui fallut attendre la révolution en 1989 pour retrouver la lumière. D’abord conseillère du président Václav Havel, présidente du Comité olympique tchécoslovaque puis tchèque, elle accumule les fonctions de prestige au début des années 1990.
Mais cette époque euphorique est aussi marquée par un drame familial : en 1993, son fils Martin tue son mari lors d’une bagarre dans une soirée trop arrosée. Trois ans plus tard, Martin est condamné à quatre ans de prison. Malgré la grâce présidentielle accordée par Václav Havel, une décision qui donne lieu à une immense vague de protestations dans tout le pays et à une nauséabonde campagne de presse, Věra Čáslavská plonge dans une profonde dépression et un long silence qu’elle ne brisera que dix ans plus tard.
Depuis, l’ancienne gymnaste est réapparue progressivement en public. Lors des Jeux olympiques de Londres, elle jouera même de nouveau le rôle d’ambassadrice sportive qui aurait toujours dû être le sien.
Věra Čáslavská, photo: CTK
« Je serai là-bas un peu dans le rôle d’un ours ou d’une bête
de
foire que l’on montre aux autres. Mais cela ne m’empêchera pas
d’aller voir les épreuves dont je sais qu’elles seront
exceptionnelles, même si le plaisir est aussi de voir certaines
disciplines dont on n’a pas l’habitude. Mais ce que je ne veux pas
manquer, c’est le concours du javelot féminin, je suis sûre que
Barbora
Špotáková va gagner et conserver son titre. Mais j’irai voir aussi
par
exemple les épreuves d’aviron ou de tir, car nous avons de grandes
chances de médailles et je porte chance aux autres. »
Une chance que les autres n’ont en revanche pas toujours portée à Věra Čáslavská, comme vous pourrez l’entendre et lire plus en détails dans la prochaine rubrique sportive, lundi.








