70 ans de relations tchéco-israéliennes

Il y a 70 ans, le 14 mai 1948, l’Etat d’Israël proclamait son indépendance. Dans la guerre qui l’a opposé dès le lendemain aux Etats arabes refusant le plan de partage de la Palestine, la Tchécoslovaquie a joué un rôle non négligeable en fournissant notamment des armes aux Israéliens. Voilà qui explique peut-être la relation particulière qu’entretient jusqu’à aujourd’hui la Tchéquie avec Israël, sur laquelle Radio Prague revient à cette occasion.

Photo: Archives du gouvernement de la République tchèquePhoto: Archives du gouvernement de la République tchèque La République tchèque est l’un des plus proches alliés de l’Etat hébreu en Europe. Peut-être les liens historiques entre les deux Etats peuvent-ils permettre de comprendre cette relation, puisque déjà dans l’entre-deux-guerres, le président tchécoslovaque Tomáš G. Masaryk était connu pour ses sympathies à l’égard du projet sioniste de fonder un Etat juif en Palestine, un territoire alors placé sous mandat britannique.

Mais la légende de l’amitié tchéco-israélienne naît véritablement avec l’aide militaire fournie par la Tchécoslovaquie, celle de la Troisième République comme celle du régime communiste qui lui succède en février 1948, à l’Etat d’Israël en formation. Les Tchécoslovaques ont contribué à la formation de pilotes israéliens et ont surtout livré mitrailleuses, fusils, munitions et même une vingtaine d’avions au pays naissant.

Mais l’aide de Prague est aussi diplomatique, au moment où l’ONU, en 1947, tente de trouver des solutions aux tensions très fortes entre les Britanniques, la communauté arabe et la communauté juive en Palestine. Jan Fingerland, journaliste pour la Radio tchèque et spécialiste du Proche-Orient, détaille :

Jan Fingerland, photo: Vendula Kosíková, ČRoJan Fingerland, photo: Vendula Kosíková, ČRo « L’ONU a confié à un groupe d’Etats, dont la Tchécoslovaquie, la tâche de proposer des solutions à cette situation. La Tchécoslovaquie était parmi les pays qui ont dit que la solution devait être la division de la Palestine entre un Etat juif et un Etat arabe et Prague a proposé un plan concret de partage. Cela arrangeait les leaders sionistes parce que leur objectif principal était la création d’un Etat, n’importe lequel mais un Etat souverain, pour y rapatrier les juifs d’Europe qui avaient survécu aux camps de concentration. »

Rapidement cependant aux débuts des années 1950, Prague, dont la diplomatie est alignée sur celle de Moscou, adopte une attitude hostile à l’Etat hébreu. Aussi, la Tchécoslovaquie soutient les pays arabes attaqués « préventivement » par Israël lors de la guerre des Six jours en 1967, à l’issue de laquelle les Israéliens annexent Jérusalem-Est et occupent une partie de la Cisjordanie. Les relations diplomatiques, interrompues après ce conflit, ne reprennent qu’avec la chute du régime communiste.

Mais depuis lors, les Tchèques sont de zélés alliés d’Israël, malgré sa politique de colonisation et ses violations répétées du droit international. Le politologue et historien Jacques Rupnik voit également derrière ce lien des raisons historiques :

 Jacques Rupnik, photo: Adam Kebrt, ČRo Jacques Rupnik, photo: Adam Kebrt, ČRo « Il y a l’expérience de la Deuxième Guerre mondiale. Il y a l’idée que Prague était une ville où il y avait une forte communauté juive qui a disparu. Il y a un élément de mauvaise conscience peut-être aussi chez certains : ‘nous n’avons rien fait à l’époque, il ne s’agit pas aujourd’hui de lâcher Israël’. Cela peut jouer. Je crois qu’il y avait aussi chez certains l’idée, une idée peut-être un peu simple, que montrer qu’on est vraiment un allié des Etats-Unis, c’était être aussi un allié inconditionnel d’Israël. »

C’est peut-être ce dont témoigne l’actualité. Ce lundi 14 mai, les Etats-Unis transfèrent leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, une décision unilatérale de Washington condamnée par une grande partie de la communauté internationale qui y voit un facteur d’aggravation des tensions dans la région. En Tchéquie, elle a été saluée par le chef de l’Etat Miloš Zeman, qui souhaite que la diplomatie tchèque s’en inspire dès que possible.

Aussi, alors que l’Union européenne préparait une déclaration commune critiquant la position américaine, son adoption a été bloquée par trois Etats : la Hongrie, la Roumanie et la République tchèque. Pour rester fidèle à ses alliés israélien et américain, Prague a préféré briser l’unité européenne au moment même où celle-ci est mise au défi par le renoncement de M. Trump à l’accord sur le nucléaire iranien.