Faits et événements 42 ans après l’immolation de Jan Palach : un acte aux résonnances très actuelles
Dimanche, 42 ans se sont écoulés depuis l’immolation de Jan Palach, place Venceslas, en signe de protestation contre l’occupation soviétique et la politique de normalisation qui a suivi après le 21 août 1968. Un geste qui a encore des résonnances aujourd’hui.
Samedi, un rassemblement de dizaines de personnes s’est déroulé au cimetière d’Olšany à Prague, photo: CTK
Des résonnances d’une triste actualité, puisque comme vous le savez,
mi-décembre, un jeune Tunisien s’est immolé par le feu, déclanchant
des vagues de protestations dans tout le pays contre le régime de Ben Ali,
suivi de plusieurs autres personnes. Pas un quotidien, arabe ou français,
qui n’ait à cette occasion, parlé de « Jan Palach » tunisiens à
propos de ces sacrifices ultimes.
Samedi, un rassemblement de dizaines de personnes s’est déroulé au cimetière d’Olšany à Prague, où se trouve la tombe de Jan Palach. Pas d’officiels pour cette cérémonie du souvenir qui se déroule depuis 1996. Pour Dana Němcová, écrivaine et ancienne porte-parole de la Charte 77, l’absence d’hommes politiques n’est finalement pas si grave :
Dana Němcová, photo: Vons
« Je pense que tout ne doit pas être officiel absolument. La question,
c’est plutôt de savoir dans quelle mesure la société civile est prête
à accepter cet héritage et ce message, et ce qu’elle va en faire. »
Une cérémonie du souvenir s’est également déroulée le même jour à Všetaty, près de Mělník, petite ville de naissance de Jan Palach.
Le 16 janvier 1969, un jeune étudiant en économie de vingt ans à peine
s’aspergeait d’essence en haut de la Place Venceslas, avant de
s’immoler. Grièvement brûlé, il mourra de ses blessures trois jours
plus tard. Lors d’un des rares enregistrements réalisés sur son lit
d’hôpital, Palach explique que d’autres jeunes hommes sont ainsi
prêts à mourir, à devenir d’autres « torches ». Son geste, plus
qu’une réelle protestation contre l’invasion et l’occupation
soviétique survenue le 21 août 1968, entend plutôt secouer la nation
tchèque. Un peuple, qui en janvier 1969, est démoralisé et qui a peu à
peu, cédé à la « normalisation » rampante mise en place par le
gouvernement communiste, après les heures de libéralisation du Printemps
de Prague.
Des milliers de personnes avaient assisté à son enterrement, resoudant
pour quelques temps le pays contre l’occupant soviétique. Jan Palach
sera imité dans son geste par un autre étudiants, Jan Zajíc, puis par un
ouvrier, Evžen Plocek. Mais aucun de ces deux suicides par le feu n’aura
autant de retentissement que le geste de Palach. Pas même le suicide, dès
septembre 1968, d’un Polonais, Ryszard Siwiec.
L’oeuvre monumentale de John Hejduk, photo: Dystopos, Flickr
42 ans après, si tous les ans une cérémonie du souvenir est organisée
en mémoire de Jan Palach, c’est aussi grâce à l’initiative d’un
professeur italien enseignant à Opava, qui s’étonnait qu’aucune
commémoration n’ait lieu.
A Prague, quelques lieux rappellent le geste de Palach : une croix au sol à l’endroit de son immolation, un masque mortuaire sur les murs de sa fac, et une place à son nom. Mais pas de statue, contrairement à d’autres villes tchèques ou même contrairement à Rome, en Italie. La ville de Prague est à l’heure actuelle en négociation avec les héritiers d’un sculpteur américain, John Hejduk, dont l’oeuvre monumentale, en deux parties, pourrait être installée dans la capitale, malgré des voix discordantes. Le site retenu devrait être la place Palach.







