Économie/Commerce Subventions à la culture à Prague : cinq experts pour plus de transparence
La vie culturelle pragoise a été inquiétée, ces derniers mois, par les réformes du maire-adjoint à la culture, Milan Richter. Suite à une pétition et de nombreuses manifestations au printemps dernier, les réformes ont été annulées. Reste à définir une politique culturelle viable pour la ville de Prague, travail désormais à l’ordre du jour. Un point avec Yvona Kreuzmannová, présidente fondatrice du festival Tanec Praha, ancienne conseillère du Ministre de la culture et membre de l’actuel Conseil du maire pour la culture de la ville de Prague.
Yvona Kreuzmannová
Est-ce que vous pourriez nous expliquer ce qui s’est passé depuis un an
dans le monde des subventions à la culture à Prague ?
"C’est très difficile à expliquer brièvement parce que le mouvement était extrêmement fort. La ville de Prague, avec toutes les expérimentations du nouveau maire-adjoint, n’a pas réussi à trouver un système approprié, et tout le retard des subventions de la ville, retard des décisions de base, au début de cette année, a causé un mouvement très fort de la part des gens qui prennent soin de la culture, et qui veulent vraiment que Prague soit une ville de culture, pas seulement de business, de casinos, de grands événements de mode, etc. On a créé une pétition qui a été signée par plus de 30 000 habitants, pas seulement à Prague, mais aussi à travers l’Europe. Cette pétition ne demandait que des règles claires, transparentes, et des subventions de la ville au montant qui était prévu pour la culture. Parce que la ville avait changé le système, subventionnant des activités qui n’ont rien à faire avec la culture – donc ça a diminué le budget de la culture et a posé la question de base d’existence de plusieurs sujets culturels et organisations.
En principe, tout ce mouvement s’est terminé au mois de mai, avec des
manifestations importantes devant la mairie. Le maire a réagi en proposant
de rouvrir le dialogue qui était vraiment interrompu. Le dialogue a
recommencé à partir de juin-juillet, quand il a créé le Conseil du
maire pour la culture – il l’a recréé, parce qu’avant les
élections, en 2006, on avait le conseil du maire qui a travaillé sur la
nouvelle politique culturelle de la ville. Sauf qu’après cela, la
politique n’avait pas été suivie et avait été changée par le
maire-adjoint.
Maintenant, on est revenus vers l’ancienne politique culturelle de 2006,
et on a fait la révision, au sein du conseil du maire, de cette politique
et du système de subventions de la ville, en proposant beaucoup plus
d’importance aux experts. C’est donc le progrès de base, parce
qu’avant, les décisions politiques influençaient beaucoup la
distribution de l’argent, et maintenant, on donne la responsabilité au
comité des experts, où il y a aussi le nouveau mode de proposition de
cinq experts pour chacun des arts vivants : théâtre, danse, musique, arts
visuels, cinéma, littérature etc.
Ca, c’est important pour la
pluralité des avis des experts. Cinq experts qui vont décider des
priorités dans leur domaine, c’est cinq avis qui peuvent se croiser,
être différents, mais le résultat peut quand même être beaucoup plus
objectif qu’avant.
Tous ces domaines de la culture, des arts vivants, vont passer par les discussions des cinq experts, et puis le comité de douze, parmi lesquels deux de chaque discipline seront représentés, va décider de la somme d’argent exacte pour chaque projet. On a beaucoup réfléchi à la proposition de l’Union européenne, du comité, qui a quand même fait la critique d’un système qui n’était pas assez transparent, et la plupart des membres du Conseil du maire a vraiment poussé à la création d’un système plus transparent, plus exact, et dans lequel chacun peut s’orienter, parce que jusqu’à présent, l’orientation était très difficile."
Qui a survécu et qui doit encore s'inquiéter pour sa survie?
"Le maire a décidé de redonner l’argent aux organisations
pluriannuelles, c'est-à-dire les théâtres qui avaient des subventions de
quatre ans : il leur a redonné la même somme d’argent qu’en 2007,
mais il n’a pas sauvé la vie des festivals, jusqu’à présent. C’est
une question qui est encore en discussion, alors peut être que ça va se
régler très vite, mais il faut encore pousser la ville à bien
réfléchir au fait que la continuité des grands événements est aussi
importante que la continuité des activités des théâtres.
A mon avis, dans chacun des domaines des arts, il faut trouver les
priorités, les grands événements qui devraient être soutenus au niveau
pluriannuel. Comme la Biennale de Lyon par exemple, ils ne pourraient pas
imaginer de savoir deux mois avant quel est leur budget, c’est absolument
impossible ! Mais ça a été le cas de Tanec Praha [Danse Prague], le
Printemps de Prague, Quatre jours en mouvement – qui ont bougé les dates
du printemps en automne – etc, etc.
Au niveau international, on prend le
risque, vraiment, de tomber dans la renommée la plus pauvre, la pire
possible, parce que c’est impossible de faire des contrats quand vous ne
connaissez pas les budgets à l’avance.
La chose la plus importante, pour l’année prochaine, c’est que l’argent qui était prévu pour la culture va revenir dans la culture, si le budget de la ville est voté comme promis – on ne sait jamais, on a encore le budget de l’Etat, et du budget de l’Etat dépend le budget de la ville – mais en principe, le maire a dit qu’il ne veut pas diminuer le budget de la culture, qu’il veut prendre soin de la culture à Prague, et qu’il a pour cela besoin, si ce n’est pas d’augmenter le budget de la culture à Prague, au moins de le laisser au même niveau – alors il a promis ça, j’espère qu’il va réussir."






