Économie/Commerce Moravská Ústředna Brno : la fabrication de jouets traditionnels tchèques face au marché mondial
Avec l’approche des fêtes de fin d’année, la rubrique économique est consacrée à une société tchèque qui se trouve parmi les leaders européens dans la confection de jouets traditionnels en textile. Il s’agit de la société Moravská Ústředna Brno, et c’est son directeur commercial, Blahoslav Dobeš, qui répond aux questions de Radio Prague.
Moravská Ústředna Brno
La petite taupe Krteček, les lapins Bob et Bobek, les marionnettes Speibl
et Hurvínek ou encore le petit garçon annonçant aux enfants qu’il est
l’heure de se coucher, Večerníček, sont autant de personnages qui
font
partis du paysage culturel tchèque et qui continuent, générations
après
générations, de bercer l’enfance des Tchèques. Ainsi, il est
difficile de se promener à Prague sans voir, que ce soit dans les
magasins
de souvenirs ou dans les magasins de jouets, ces personnages sous formes
de
jouets, peluches, ou marionnettes. Ils sont presque tous fabriqués par la
société Moravská Ústředna Brno, qui, comme son nom l’indique, est
installée dans la capitale morave, depuis 1909. On écoute Blahoslav
Dobeš, directeur commercial de Moravská Ústředna Brno:
Blahoslav Dobeš
« La société a plus de cent ans puisqu’elle existe depuis 1909.
Elle
est la plus gros productrice de jouets textiles et en peluche, en
République tchèque, en Slovaquie, et il est possible de dire dans toute
l’Europe parce que la plupart des producteurs se sont déplacés vers
l’est de l’Europe. Pour avoir une idée, la société emploie deux
cents personnes dans la région de la Moravie du sud, à Brno et dans ses
alentours. Cette tradition, qui dure depuis plus de cent ans, a été mise
en place selon le modèle coopératif ; elle est donc toujours une
coopérative. Elle s’appelle même coopérative de production artistique
parce qu’à l’époque, les bases de la société étaient de permettre
aux petits producteurs d’articles de cadeaux ou d’articles artistiques
d’une part d’acheter à meilleur prix des matières premières pour la
production et d’autre part de permettre d’écouler leurs produits par
la vente. »
Depuis cent ans, la société assure donc une production d’articles
artisanaux. Si elle s’est concentrée aujourd’hui sur les articles
textiles, elle produisait autrefois des articles fabriqués à partir du
bois, de la paille, ou du verre. Aujourd’hui, c’est une production qui
se fixe surtout sur les jouets en textile ainsi que sur des costumes pour
les déguisements. En République tchèque, ce sont les célèbres
personnages de dessins animés ou de films d’animation tchèques qui
offrent la meilleure vitrine pour les jouets de Moravská Ústředna Brno,
mais la production et les stratégies de la société doivent s’adapter
selon les marchés.
Moravská Ústředna Brno, photo: Radek Miča, Foto 7
« Notre société envoit ses produits vers vingt-cinq pays
différents du
monde entier. Notre politique marketing est de différencier le marché
tchèque et les marchés à l’étranger. Dans les années 1960, nous
avons participé pour la première fois au salon international du jouet à
Nuremberg, qui est le plus grand salon du jouet dans le monde. Depuis plus
de 45 ans, nous y participons régulièrement, et c’est là que nous
avons jeté les bases de notre exportation. Avant 1989, l’exportation se
dirgeait vers ce qu’on appelait autrefois l’ouest et parmi nos plus
gros clients, il y avait la France, l’Allemagne et les Etats-Unis – et
c’est toujours le cas aujourd’hui. Mais dans les années 1990, il y a
eu un renversement total des marchés. Au début des années 1990, nous
avons du revoir notre stratégie commerciale pour passer de 90% de
production pour le marché intérieur et 10% à l’export à une
situation
complètement contraire.
Le retour sur le marché de la République tchèque s’est basé sur
des
figurines de la télévision, pour lesquelles nous avons des licences.
C’est Krteček, la petite taupe, qui est internationalement connue, plus
d’autres personnages. Mais ces autres personnages sont intéressants
pour
la République tchèque, la Slovaquie, et éventuellement pour la Pologne
et la Hongrie, mais ils ne sont pas connus ailleurs. L’exportation se
base sur des jouets qui ont des attributs comme des matériaux naturels,
un
travail artisanal et un design typique et qui évoquent quelque chose pour
ce pays. Par exemple pour la France, c’est le personnage de Guignol qui
est typique, mais seulement pour la France. Pour l’Angleterre, ce sont
d’autres personnages. Mais il y a aussi des personnages internationaux
comme Pinocchio, ou le Chat botté, qui est très populaire en France,
mais
aussi au Japon ou aux Etats-Unis. »
Krteček reste la figure la plus importante des personnages utlisés par
la société morave, et on peut le retrouver en Allemagne, dans les pays
scandinaves, dans tous les pays qui appartenaient autrefois au bloc
soviétique et même au Japon. Il est aussi à Taiwan et la société
vient
d’obtenir la licence pour le distribuer en Chine. L’autre marque de
fabrique de Moravská Ústředna Brno est la fabrication artisanale de ces
jouets. Un aspect qui compte pour les clients, mais qui n’est plus tout
à fait suffisant, selon Blahoslav Dobeš :
« L’intérêt des clients pour des produits européens fabriqués
à
partir de matériel naturel, avec un design européen, était réel. Mais
avec l’arrivée des temps difficiles et de la crise, avec la
globalisation, nous voyons de façon très claire, notamment en France ou
en Allemagne où il y avait une catégorie de gens qui cherchait
précisemment ce type de produits, que prédomine aujourd’hui la
question
des prix. Et dans cette lutte des prix, les produits fabriqués en Europe
ont des conditions de production différentes que les produits chinois.
Ainsi, en France, celui qui était notre plus gros distributeur autrefois
s’est tourné il y a quelques années vers des produits fabriqués en
Chine, avec des articles similaires à ceux que nous produisons. Mais bien
sûr ils les importent avec des prix chinois et une qualité chinoise.
Notre partenaire le plus important est ainsi devenu notre principal
concurrent et on voit bien que du côté des clients, ce sont les prix qui
orientent leurs préférences.
Notre clientèle est encore assez grande et nous permet de continuer à
produire en Europe mais c’est de plus en plus difficile parce que si
l’Europe donne la priorité à des produits bon marché au lieu de
permettre aux Européens de produire, malheureusement, il sera de plus en
plus difficile de concurrencer les produits asiatiques. »
La République tchèque a une longue tradition de fabrication de jouets
tradionnels, notamment de jouets en bois et de marionnettes. Cette
tradition est-elle connue en France ? La marque « made in Czech Republic » est-elle un gage de qualité pour les consommateurs français ? C’est
ce que nous avons demandé à Blahoslav Dobeš.
« Nous espérons que le « made in Czech Republic » est une information positive, mais la question est de savoir si les clients français sont prêts à payer pour cela. Parce que ce sont les prix qui sont déterminants, et nos produits en France ne sont pas des produits que l’on trouve dans les supermarchés ou les hypermarchés. Ce sont surtout des produits pour d’autres types de magasins. »






