Économie/Commerce Le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise : encadrer et aider les jeunes entrepreneurs
Jean-Michel Condamin est président du Centre des jeunes dirigeants d’entreprise en République tchèque : une association d’origine française qui rassemble dans plusieurs pays du monde des jeunes entrepreneurs français ou francophones.
« Le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise (CJD) est un mouvement
qui a démarré en 1938 en France, avec Jean Merche et un groupe
d’entrepreneurs de l’époque qui trouvaient que les valeurs du patronat
étaient mal perçues par la population française. En France
aujourd’hui, le CJD représente environ 3 300 membres qui partagent des
valeurs qui nous rassemblent. Le CJD en République tchèque est un
mouvement qui a commencé il y a deux ans, qui a pris un peu de temps pour
démarrer mais qui, depuis un an, est relativement actif avec une dizaine
de membres qui se réunissent tous les mois de façon à partager sur des
thèmes divers et variés, et surtout pour rompre cette solitude qui est le
propre du dirigeant d’entreprise, que ce soit son entreprise personnelle,
en tant que propriétaire de l’entreprise ou en tant qu’exécutif
d’une société pour laquelle il y a une filiale ou un groupe derrière
qui assure la partie structure générale. »
Vous parlez des valeurs du fondateur de cette association. De quel type de valeurs s’agit-il ?
Jean-Michel Condamin « Les valeurs importantes tournent autour d’un concept très simple. On
représente des entreprises qui sont des entreprises des hommes. L’homme
est au centre de l’entreprise. Ce n’est pas une ressource simplement
utilisée pour faire des bénéfices, mais on doit au contraire prendre en
compte de façon très importante le rôle de la personne dans
l’entreprise. Ce sont des valeurs plutôt humanistes.
On est tous plus ou
moins capitalistes, avec des idées qui nous sont propres, mais c’est une
association qui est apolitique, donc ni de gauche ni de droite ni de
centre.
Chacun a ses propres idées mais quand on est entre nous, on ne
parle pas politique. On fait en sorte de promouvoir des solutions ou des
réflexions un peu avant-gardistes concernant le comportement dans
l’entreprise, concernant l’entreprise et son comportement dans la
société. Donc ce sont des valeurs sociétales, économiques et humaines. »
L’association s’appelle donc le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise. Y-a-t-il une limite d’âge pour faire partie de cette association ?
« Il y a une limite d’âge dans les statuts pour prendre un mandat
électif, qui est de 45 ans. Mais la jeunesse n’est pas le nombre
d’années que l’on a à son compteur, mais la jeunesse qu’on a dans
la tête et ce que l’on fait. Il n’y a pas d’âge en soi. Les gens
partent et viennent du CJD en fonction de leurs aspirations, de leurs
problèmes, de ce qu’ils ont envie de trouver. On a ainsi naturellement
des gens qui ont des parcours de quelques années, cinq ou six ans par
exemple. Et d’autres sont dans le CJD pendant vingt ans, mais ils ont
été très actifs pendant dix ou douze ans, et le reste des années, ils
ont plutôt participé en tant que support – ce qu’on appelle le
personnel qualifié – qui apportent leur expérience et leurs
connaissances aux gens plus récents dans le mouvement. »
Pour revenir en République tchèque, vous avez parlé de la solitude d’un poste à responsabilité à l’étranger. Y-a-t-il une différence entre être un jeune dirigeant en France ou à l’étranger ?
« Je pense que les problématiques de base sont les mêmes. Le fait
qu’on a besoin de prendre des décisions, que le monde de l’entreprise
est un monde complexe, l’économie est un environnement complexe, et on
apprend à gérer cette complexité. En général, un entrepreneur n’est
pas forcément quelqu’un qui a eu tous les outils qui permettaient
d’affronter ces situations. La solitude en elle-même vient de la
conséquence de ne pas avoir tous ces outils. D’avoir son entreprise ou
être un dirigeant salarié d’une entreprise plus importante, les
problématiques sont les mêmes.
On n’a pas tendance à parler de ses
problèmes à sa famille ou à ses collaborateurs, parce que c’est mal
perçu ou mal vécu, et encore moins lorsque l’on est un dirigeant
exécutif dans un grand groupe d’en référer à son propre patron.
Le
CJD sert à faire cette courroie de transmission, cette soupape où on est
entre nous, on parle de choses plus ou moins sensibles ou difficiles, mais
on ne va pas être jugés, on ne va pas avoir de conséquences sur sa vie
professionnelle ou personnelle. Et on peut même être aidé au-delà de
ça, parce qu’il s’agit ici du côté partage, du côté ne pas se
sentir seul, mais on peut également monter des commissions miroirs, qui
nous permettent dans un cadre structuré de pouvoir avoir des idées, un
regard neuf, neutre et bienveillant sur son problème. Et très souvent, on
arrive à le résoudre. »
Vous vous réunissez en République tchèque une fois par mois. Quels sont les thèmes qui sont abordés, à quels types de problèmes ces jeunes dirigeants sont-ils confrontés ?
« Vous parliez tout à l’heure des notions de différences entre
diriger une entreprise en France et en République tchèque. La notion de
différence culturelle est en effet une différence importante à prendre
en compte pour arriver à bien gérer le staff que l’on a dans
l’entreprise, quelque soit son niveau, et encore plus quand il y a un
staff qui est multiculturel. Ce n’est pas parce qu’on est en
République tchèque qu’il n’y a que des Tchèques dans l’entreprise.
La gestion multiculturelle dans l’entreprise a été un des sujets que
nous avons abordés cette année.
On peut aussi aborder des thèmes qui sont plus vrais dans les petites
entreprises, où le dirigeant a ou peut avoir son conjoint ou sa conjointe
qui fait également partie de l’entreprise. Comment gérer donc le fait
d’être à la fois patron mais aussi papa ou maman, de quoi parle-t-on à
la maison et de quoi parle-t-on au travail ? Quelles sont les conséquences
sur les enfants et l’autre conjoint ? C’est donc la question des
impacts familiaux qui peut être un sujet abordé, par exemple. Aucun sujet
n’est tabou en soi, on essaie de toujours apporter un regard neuf et
sincère sur nos expériences et les problématiques que l’on a pu
rencontrer pendant nos expériences professionnelles. »
Y-a-t-il des thèmes ou des questions qui vous sembleraient propres à la République tchèque ?
« Je pense que la République tchèque a fait beaucoup de progrès mais
qu’il y a beaucoup de choses à faire du côté social. Je pense que tous
les thèmes qui étaient très chers à l’époque en France et qui sont
maintenant de nature à être admis comme choses établies et on n’en
parle plus – tout ce qui est fonction d’entreprise en termes de
représentants de personnels, en termes de relations avec les syndicats,
tout ce qui est développement responsable – tout ça, ce sont des sujets
qui sont peut-être encore trop tôt pour en parler de façon très large
en République tchèque mais ce sont en tout cas des thèmes sur lesquels
on s’attarde. Et on veut à un moment donné non pas faire pression, ce
n’est pas le but, mais pouvoir être un groupe de référence que les
politiques ou les penseurs du pays viennent consulter, comme c’est le cas
en France, par différents ministères, que ce soit de gauche ou de droite.
Ces derniers viennent consulter le CJD, régulièrement, pour tel ou tel
sujet, d’actualité ou pas. On a été consulté sur le dialogue social
par le ministère du travail de l’époque.
Sur l’économie, sur ce que l’on pense de certaines situations, le CJD
est consulté, non pas pour influencer, mais pour donner notre point de
vue. On a une vision des choses et on la donne. Et ce sera peut-être à
terme la même chose en République tchèque. Les gouvernements en feront
ce qu’ils en veulent, c’est leur choix, leur travail, mais on sera là,
s’ils veulent parler avec nous de ce que l’on pense pour le futur, on
peut être là et présents pour leur donner des idées différentes dans
tous les cas. »
Rediffusion du 4/6/2010






