Économie/Commerce Immobilier industriel : un regard privilégié sur les investissements en République tchèque
Matthias Cruzin est consultant en propriétés commerciales pour la société immobilière Svoboda & Williams. Il s’occupe donc de la recherche de biens immobiliers spéciaux, entrepôts et bâtiments industriels, pour les entreprises désireuses de s’installer ou de se développer en République tchèque.
Matthias Cruzin, photo: praha.eu « Svoboda & Williams est une société très connue sur le marché du
résidentiel, ouverte en 1993-1994 me semble-t-il. La société est très
connue pour la vente d’appartements de luxe. D’ailleurs, elle a gagné
un prix l’année dernière comme meilleure agence locale. Et j’ai donc
rejoint Svoboda & Williams à la fin de l’année 2010 car le
propriétaire, M. Svoboda, voulait créer un département commercial. Mon
rôle est la location d’entrepôts à des sociétés industrielles ou des
sociétés logistiques. »
Quels sont vos clients ?
Photo: Svoboda & Williams « Les clients sont des sociétés désireuses de s’implanter en
République tchèque, pour les avantages fiscaux et les avantages de la
main d’œuvre. Comme on le sait, la main d’œuvre n’est pas très
chère et elle est très qualifiée, donc nous faisons surtout de
l’accompagnement de sociétés désireuses de s’implanter en
République tchèque en recherches d’entrepôts ou de bâtiments
industriels pour la production en général. Il s’agit aussi de
l’accompagnement de sociétés de logistiques qui sont en recherche
d’entrepôts. Pour prendre un exemple, les grandes sociétés comme
Nestlé demandent toujours à un logisticien de dispatcher les produits à
travers divers pays et nous les aidons donc à trouver les meilleurs
entrepôts, avec les meilleurs prix, afin qu’elles puissent servir leurs
clients et distribuer leurs produits en République tchèque. De plus, la
République tchèque étant au centre de l’Europe, il est toujours
intéressant pour ces sociétés de s’y implanter pour servir soit la
Hongrie, soit la Slovaquie. »
Justement, comment se situe la République par rapport à ses pays voisins ? Est-elle plus attractive ?
Photo: Svoboda & Williams « La République tchèque est très intéressante pour les sociétés qui
souhaitent servir leurs clients en France ou en Allemagne. Il y a une très
grosse tendance où ces sociétés vont s’installer à l’ouest de
Prague, c’est-à-dire du côté de Plzeň voire même du côté d’Ústí
nad Labem ou de Teplice. Ces clients profitent des infrastructures qui sont
ici, de la main d’œuvre, tout en servant leurs clients qui sont à
l’ouest de l’Europe, basés en Allemagne ou en France. La République
tchèque est aussi bien placée car elle permet de desservir la Hongrie et
la Slovaquie tout en restant proche des usines basées en Allemagne. On
peut donner l’exemple d’une très grosse société de produits de luxe
qui a des usines en France et en Allemagne ; pour eux, c’est un gros
avantage d’être proches de leurs usines tout en servant les pays comme
la Hongrie et la Slovaquie. »
On pourrait dire que vous êtes au premier rang pour pouvoir évaluer quels sont les investisseurs étrangers en République tchèque. On sait que le premier investisseur est l’Allemagne, mais voyez-vous de nouvelles tendances ou d’autres pays qui arrivent sur le marché tchèque ?
Photo: Svoboda & Williams « Il est vrai que c’est l’Allemagne qui prédomine. On voit quelques
groupes français qui sont aussi présents, mais moins que ce que je
voudrais, bien sûr. Il y a aussi pas mal de sociétés anglaises qui
commencent à regarder ce qui se passe ici. Mais c’est effectivement
l’Allemagne qui domine. Ensuite il y a beaucoup de sociétés tchèques
avec lesquelles nous travaillons qui sont très actives et qui n’ont rien
à envier à de grandes sociétés comme les sociétés françaises. »
Toujours avec cette idée que vous êtes au premier rang pour observer les investissements qui ont lieu en République tchèque, comment percevez-vous les effets de la crise, voyez-vous des évolutions ?
Photo: Svoboda & Williams « Oui, la crise est toujours présente mais il y a quand même une grosse
demande. On constate le plus de changements au niveau des fonds
d’investissement. Il y a quelques années, on travaillait beaucoup avec
des fonds d’investissement allemands, ou anglais. Maintenant, on a
beaucoup d’acheteurs tchèques. Il y a un très gros groupe en
République tchèque qui s’appelle CPI (Czech Property Investments), de
M. Vítek, qui rachète énormément. C’est une tendance qu’on ne
voyait pas il y a trois ou quatre ans. On était plus habitués à
travailler avec des fonds allemands ou anglais – français pas tant que
cela même s’il y en a un ou deux qui sont actifs. Il y a maintenant
beaucoup de Tchèques avec des moyens financiers assez importants, et qui
se taillent une belle place, avec des rachats importants. Puis, je
n’apprendrai rien, mais ce qui a beaucoup changé sont les financements.
Il y a quelques années, n’importe qui pouvait être un promoteur ou
pouvait acheter un bâtiment vu que les conditions de financement étaient
très simples. Aujourd’hui, on va demander un très gros apport et des
garanties qui sont difficiles à donner. Par exemple, si vous voulez
construire un nouveau bâtiment, on va vous demander d’avoir une
pré-location d’un certain pourcentage qui est très élevé. Si vous
voulez construire un bâtiment de 10 000 m², il faut qu’il soit déjà
loué à 60 ou 70%, et l’apport financier doit être à 40 ou 50%.
C’est énorme quand on pense qu’il y a quelques années, l’apport
était seulement de 10 ou 15%. Sur un projet à 10 millions d’euros, il
faut amener 5 millions d’euros, alors qu’avant, un million suffisait.
Les banques sont beaucoup plus frileuses, on voit cela partout en Europe.
Mais la République tchèque a une très bonne position. Je suis optimiste,
je pense que ça va repartir. »






