Économie/Commerce Fler.cz : un marché des artisans sur internet pour les « les petites mains dorées tchèques »
Cela fait tout juste quatre ans que le site Fler.cz est apparu sur la toile. Son objectif : permettre aux petits artisans tchèques et slovaques de trouver une clientèle sur le net. Le site compte aujourd’hui des milliers d’utilisateurs. Michala Gregorová, chargée des relations publiques de Fler, explique le phénomène Fler.cz.
« Zlaté české ručičky », « les petites mains dorées tchèques » est une expression bien connue de la langue tchèque qui évoque l’habilité des Tchèque dans le travail manuel, une certaine forme de débrouillardise mêlée au talent, et la capacité qu’ont finalement les Tchèques à produire, fabriquer et construire des choses de leurs propres mains (http://www.radio.cz/fr/rubrique/tcheque/les-petites-mains-tcheques-dorees). C’est donc pour offrir un marché virtuel à ces petites mains dorées tchèques qu’a été fondé Fler.cz. Michala Grégorová :
Photo: Fler
« Fler est né au début de l’année 2008. Cela a commencé avec le
fondateur de Fler qui est graphiste et sa femme qui est styliste de mode.
Cela l’a inspiré parce qu’il s’est rendu compte à quel point il est
difficile de vendre quelque chose que l’on a fabriqué manuellement. Soit
on est dépendant des galeries qui prennent généralement de grosses
provisions, ou on peut participer à des évènements extérieurs ; mais ce
n’est pas forcément très confortable. On peut encore monter un e-shop,
mais c’est difficile parce qu’il faut y faire venir des clients et cela
demande des compétences techniques et un engagement marketing. Donc,
l’idée est venue de fonder un marché online où tous ceux qui
fabriquent quelque chose manuellement en Tchéquie et en Slovaquie,
pourraient proposer leurs articles et leurs produits dans un même espace.
Ainsi est né Fler.cz. Le nom du domaine ne veut rien dire, ça plaisait
simplement au fondateur Jiři Kubeš, qui, en un mois, a pensé à un
prototype, à un design, et qui a persuadé les gens d’y proposer leurs
articles. »
Sur la page d’accueil du site, on trouve ainsi près de vingt rubriques dans lesquelles sont classées des produits de la mode, des sacs, des bijoux, des verres, des objets en céramique, des oeuvres d’art, ou même des articles de santé et beauté. Un choix donc très large, comme l’explique Michala Grégorová :
Photo: Fler
« Sur Fler, il y a énormément de choses. Les seules restrictions sont
que les produits doivent être fabriqués manuellement et qu’ils soient,
d’une certaine façon, créatifs. Les produits les plus populaires sont
les bijoux, les sacs et les objets relatifs à la décoration
d’intérieur. Mais il y a aussi toutes sortes d’objets artisanaux.
C’est intéressant de voir cet artisanat parce que l’artisanat
commençait à disparaitre doucement. Personne ne voulait plus faire des
études pour devenir artisan,. Cela avait perdu de son prestige. Grâce à
Fler, on constate qu’il y a des artisans, qu’ils soient forgerons ou
charpentiers et que l’artisanat n’est pas du tout mort. Et il y a
encore beaucoup d’autres personnes qui sont capables de fabriquer des
objets et de les proposer. »
Selon Michala Grégorová, plusieurs dizaines de milliers de créateurs utiliseraient activement cette plateforme internet qui est visitée quotidiennement par plus de 70 000 personnes. Un vrai phénomène, qui fonctionne depuis quatre ans principalement par le bouche à oreille. Un phénomène principalement féminin. Michala Grégorová :
Photo: Fler
« En ce qui concerne les consommateurs, ce sont les femmes qui sont les
plus grandes acheteuses. Je pense qu’elles représentent 90 % des
clients. Les hommes y viennent avec plus de précautions, mais ils sont là
et je sais qu’ils cherchent souvent des cadeaux pour leur copine ou leur
femme. En ce qui concerne les créateurs, il y a un peu plus d’hommes,
notamment dans le domaine de l’artisanat traditionnel, même si ce sont
les femmes qui prédominent. Je ne sais pas d’où ça vient, peut-être
qu’elles ont un accès plus actif à internet, c’est difficile à dire. »
Comment s’inscrire sur le site ? Combien cela coûte-t-il ? Comment cela fonctionne très concrètement ? C’est ce qu’explique Michala Grégorová :
Photo: Fler
« Tout le monde peut vendre si les objets remplissent les conditions
minimum, c’est-à-dire qu’ils sont faits manuellement et qu’ils sont
créatifs. C’est gratuit, et le vendeur paie une provision si l’objet
est vendu. Cele veut dire que si vous ne trouvez pas d’acheteurs, vous ne
payez rien, et quand vous commencez à vendre, vous payez 11 % de
commission sur le prix de l’objet vendu. Fler est un intermédiaire, un
marché sur lequel chacun peut vendre ou acheter. C’est fait de telle
façon que le client doit payer avant, puis le créateur envoit l’objet.
Ceci n’est pas habituel en République tchèque ou en Slovaquie quand on
regarde les e-shop, personne ne paie à l’avance ou seulement parfois 10
% et le reste ensuite.
On a préféré ce système parce qu’au début, il fallait convaincre
les créateurs et on a pensé que ce serait pour eux une garantie. Et les
gens n’ont aucun problème avec ce principe. Cela vient sans doute du
fait que pour chaque objet, vous pouvez voir le créateur, son travail et
sa personnalité. Il y a un système de notation et ça marche très bien. »
Photo: Fler
Sabina Hütterová est utilisatrice de Fler.cz. Elle nous fait part de son
expérience et de son regard sur l’artisanat tchèque :
« Je suis créatrice, donc j’essaie de vendre mes créations. Je fabrique des marionettes en bois, en fil de fer. Fler est une bonne occasion de montrer au public des créations. »
Vous connaissez le site depuis longtemps ?
« Je crois que cela fait deux ans que je connais ce site, que j’utilise plus ou moins. »
Cela vous a-t-il permis de trouver des clients ?
« Je pense qu’il faut vraiment être sur Fler tous les jours, et y travailler en mettant des photos, des nouvelles créations pour que les gens voient ce qu’il y a de nouveau. Si on ne s’en occupe pas, ça ne marche pas beaucoup parce qu’on n’est plus visible. Mais je trouve que c’est un bon moyen de vendre des créations si on n’a pas de magasin. »
Photo: Fler
Pouvez-vous comparer avec ce qui peut se faire en France comme objets
artisanaux et ce qui se fait ici, voyez-vous des différences notables ?
Les styles sont-ils comparables ?
« Je trouve qu’ici, en Tchéquie, on est beaucoup plus créateur. Je vois des choses différentes, plus développées. Il y a plus d’idées à mon avis et je pense qu’il y a beaucoup plus de personnes, de femmes, qui créent, qui fabriquent des objets à la maison. »
Ce sentiment qu’il y a énormément de créateurs et de créativité en République tchèque est aussi partagé par Michala Grégorová.
Photo: Fler
« Fler est en fait un bel exemple de marché libre. Comme vous le voyez,
des gens ont réussi à faire un travail incroyable. On peut voir par
exemple des gens qui ont commencé en 2008. La plupart, au départ, ne
savaient pas comment présenter leur travail, comment photographier leurs
objets, comment les décrire. Mais on peut voir sur le parcours de certains
de formidables progrès. Les créateurs ont appris à photographier
parfaitement leurs objets, à les mettre en valeur, à communiquer avec
leurs clients. Grâce à Fler, de nombreuses personnes se sont créés une
activité indépendante qui leur fournit un revenu régulier. Par exemple
des gens qui fabriquaient des objets à la maison mais qui n’avaient
personne d’autres que leurs amis à qui les vendre se sont rendus compte
qu’il y avait une demande importante. Cela me semble être un phénomène
remarquable. »







