Économie/Commerce Face à la crise, un secteur automobile dans l’expectative
La crise économique internationale affecte particulièrement le secteur automobile. Christopher Palombo, PDG de Peugeot République tchèque, filiale d’importation du groupe Peugeot implantée depuis 1996, explique quels sont les effets de la crise sur le marché tchèque pour le groupe français.
Christopher Palombo
Quel est l’impact de la crise économique sur les activités de Peugeot ?
« La crise a déjà commencé l’année dernière mais on ne l’a pas vu à ce moment-là sur le marché automobile en République tchèque puisqu’on a fini avec un record historique des immatriculations des véhicules qui s’élève à 203 637 véhicules. Nous avons fait une bonne performance, comme les années précédentes, de plus +5% sur le marché RT. On est 5ème par rapport à tous les constructeurs en RT. L’année dernière, on n’a pas encore vu ce ralentissement, parce que le marché est devenu très promotionnel, ce qui a fait en sorte qu’on a pu garder notre part de marché. Ce que l’on peut constater en janvier, c’est qu’il y a un ralentissement. Certes, il y a un impact de la crise et des récessions des autres pays en Europe, parce que la République tchèque est un pays très exportateur. Ainsi, par exemple, dès que l’Allemagne se trouve en récession, il y a moins de demande. Cela se traduit par ce qu’on le voit dans les indicateurs économiques, c’est-à-dire qu’il y a une baisse de la production industrielle. La production, au mois de novembre – puisque ce sont les dernières statistiques qui ont été publiées – est à la baisse. On voit aussi que les entreprises comme Škoda ou d’autres ont baissé leur production pour s’adapter à cette nouvelle situation. Cela se traduit aussi par une légère augmentation du taux de chômage. Il est vrai, et c’est aussi très médiatisé, que tout le monde parle de la crise. La question qui se pose pour nous aussi est de savoir si ce sera une chute profonde, si la RT va s’en sortir un peu mieux que d’autres pays. On n’a pas encore vraiment de visibilité mais il est vrai que compte tenu de cette crise qui s’annonce, nous devons nous adapter. On le voit aussi par rapport à l’attente du consommateur. D’un côté, les prix ne cessent de baisser ; c’est un marché très promotionnel, aussi pour contrecarrer la peur de cette récession en poussant les véhicules sur le marché. Le client attend pour voir s’il y aura une meilleure offre le mois prochain. C’est aussi un attentisme lié au fait que le gouvernement a parlé d’une prime à la casse comme cela a été fait en France. On parle aussi de l’abandon de l’homologation des véhicules N1.
Et naturellement, mais on ne sait pas jusqu’à quel degré, à cause de
la médiatisation de la crise, et avec l’entrée en récession de la
France, de l’Allemagne, de l’Espagne, quelle est la part psychologique
qui dit qu’on se retrouve dans une crise et qu’on attend, qu’on
décale son investissement. On se trouve dans une situation où on sait
qu’il y a un ralentissement mais on ne connaît pas l’ampleur de ce
ralentissement.
La baisse de la demande a aussi un impact sur le taux de change ; on se retrouve avec une dégradation du taux de change. Nous sommes consolidés en euro et cette dégradation du taux de change se voit dans nos comptes-résultats. »
Y a-t-il eu des suppressions d’emplois chez Peugeot en RT ?
« Nous n’avons pas de suppressions d’emploi. Il est vrai que compte tenu de la situation actuelle, il faut que l’on prenne des mesures. Ce sont des mesures qui touchent nos dépenses mais cela ne se traduit pas par une réduction des effectifs. »
Comment avez-vous adapté la production ? Le modèle de production « petites voitures » permet-il de faire plus facilement face à la crise par rapport à d’autres entreprises automobiles ?
« Même avec une crise, il y a toujours des opportunités. Il ne faut pas
regarder seulement les mauvais côtés. Il est vrai que des petits
véhicules représentent un avantage au niveau de la consommation avec le
coût de l’entretien et le coût à l’achat. Mais généralement, cette
crise qui s’annonce et ce ralentissement sur le marché, aussi lié au
fait des attentes de consommateurs, touchent tous les véhicules. Nous ne
pilotons pas la production ; certes, nous avons influence sur la production
qui est pilotée par le groupe PSA dont Peugeot et Citroën font parties.
Ils pilotent tout l’amont industriel. Il y a une adaptation au niveau des
différents marchés. Par exemple, en Espagne, le marché a fortement
chuté. La production s’adapte en fonction de ce que le pays remonte
comme prévision, comment va évoluer le marché. Mais la production
s’adapte lentement parce qu’il faut prévoir tous les fournisseurs. Il
y a toujours un effet de décalage. La production ne peut pas s’adapter
d’un jour à l’autre. Il y a toujours un effet de 3 à 4 mois
jusqu’à ce qu’elle s’aligne sur le marché. En ce qui concerne la
baisse de production – je parle maintenant du groupe mais on voit cela
aussi avec d’autres constructeurs comme Škoda, mais aussi les
constructeurs allemands comme BMW, Mercedes – ils ont mis en place une
sorte de chômage technique et ils produisent moins de journées par
semaine. C’est aussi quelque chose que PSA a fait. »
Les mesures prises par le gouvernement français pour le groupe PSA en France vont-elles avoir un impact sur le groupe Peugeot en République tchèque ?
« Ces mesures devront avoir un impact sur PSA, mais surtout un impact sur le fond de roulement, sur la trésorerie. C’est là où la crise a un fort impact : la difficulté de se procurer des fonds pour les opérations. Cela devrait normalement aider le groupe pour se financer, pour avoir accès à des crédits plus facilement, à des taux plus favorables. Le problème de la crise actuelle est que les banques ne prêtent pas d’argent et tout le monde reste vigilant. Ces mesures devraient nous aider à travers le groupe, et on devrait donc en bénéficier. »
Photo: Commission européenne
Le gouvernement tchèque va-t-il prendre des mesures pour soutenir le
secteur automobile en RT ?
« La seule chose qui est colportée dans les médias est une prime à la casse, mais on ne sait pas de quelle nature elle sera exactement, ni à quelle date ce sera mis en place. Mais le gouvernement en parle. Il y a aussi les transformations des véhicules N1 pour que les sociétés puissent déduire la TVA. C’est quelque chose qui est encore plus concret. On sait que cela va venir et le gouvernement doit statuer là-dessus. On ne sait pas exactement quand mais on imagine au printemps. »







