Économie/Commerce Aide aux démunis: Paris tente de convaincre Prague de prolonger le PEAD
Le ministre français de l'Agriculture, Bruno Le Maire, a entamé jeudi à Prague une tournée à travers les pays qui constituent une minorité de blocage opposée à la poursuite du Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD) en 2012-2013. Les six Etats qui constituent la minorité de blocage sont l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la République tchèque, le Danemark et la Suède. La République tchèque est persuadée que la Politique agricole commune dans ce domaine ne serait pas suffisamment efficace, selon un compte-rendu du ministère tchèque de l'Agriculture. La plupart des compétences dans le domaine de la politique sociale sont du ressort des Etats membres, indique ce texte expliquant la position de Prague. Lancé en 1987 sous l'impulsion du président de la Commission européenne de l'époque, Jacques Delors, à l'appel du fondateur des Restos du Coeur, l'humoriste français Coluche, le PEAD est menacé d'une réduction très forte en raison de la baisse des excédents agricoles. Le ministre français a d’abord évoqué au micro de Radio Prague les discussions avec les membres du gouvernement tchèque à ce sujet:
Le ministre français de l'Agriculture, Bruno Le Maire « On a eu des discussions constructives, longues, qui ont permis de bien
comprendre les arguments des uns et des autres, mais je ne le cache pas ce
sera une négociation difficile et ce sera difficile d’aboutir. Nous
allons voir quelle est la position des Allemands, lundi prochain, nous
allons voir quelle est la position des Danois. Vous savez que la minorité
de blocage aujourd’hui c’est six Etats dont la République Tchèque,
l’Allemagne, le Danemark et la Suède. On va aller voir chacun d’entre
eux pour essayer de les convaincre d’évoluer. Mais je ne vais pas vous
dire que c’est facile, que c’est gagné car c’est objectivement une
négociation très difficile. Pourquoi ? Parce que derrière cette
négociation, derrière ces difficultés et ce blocage, il y a aussi des
réalités politiques et financières. C’est pour cela que c’est
important de discuter, d’échanger et de trouver des compromis. Première
réalité : la République tchèque n’est pas bénéficiaire de cette
aide, elle ne touche que 120000 euros par an. C’est justement un sujet
qu’on a abordé et j’ai dit qu’après tout si vous trouvez que la
situation des plus démunis en République Tchèque est trop étroite et
que par conséquent vous ne bénéficier pas assez de ce programme, à vous
de définir de manière plus large ce que sont les plus démunis. C’est
une compétence nationale, ils peuvent très bien définir de manière plus
large, y compris pour 2012 et 2013, ce que sont les plus démunis. Il y a
des possibilités d’ouverture et de trouver des compromis. Deuxième
remarque, il y a aussi une question de fond, une question de principe,
aussi bien pour la République tchèque que pour un certains nombre de
pays.
Photo: Commission européenne
Ces pays estiment que les politiques sociales ne sont que du ressort
de la politique nationale et ils ne souhaitent pas que l’Union
Européenne se mêle de ces questions sociales. Donc il y a des arguments
derrière qui sont forts. Ce n’est pas la position de la France qui
estime qu’on peut avoir une vision sociale de l’Europe, qu’il peut y
avoir des politiques sociales mais il y a derrière des enjeux qui sont
lourds, des enjeux qui sont forts. Si c’était simplement un déblocage
technique à opérer, on aurait déjà réglé le problème, mais c’est
un enjeu politique plus important. C’est pour ça que je dis que les
discussions ont été constructives, utiles, mais que le chemin reste long
avant d’obtenir à un accord. »
Pourquoi entamer votre tournée par la République tchèque ? Est ce que les Tchèques sont, des six pays, les plus susceptibles de changer leur position à l’heure actuelle ?
« Je crois que parmi les six, la République tchèque fait partie de
Etats qui ont montré qu’ils étaient les plus ouvert à une discussion
sur le sujet, qui n’en faisaient pas une question de principe, qui
comprenaient les arguments français qu’ils étaient prêts à les
étudier au plus haut niveau dans le cade de la réunion du gouvernement de
la République tchèque. J’ai trouvé que c’était un signal positif.
C’est ce qu’il m’a été dit lors du dernier conseil des ministres de
l’agriculture par mon homologue tchèque. Partant de cette ouverture
qu’a faite le gouvernement tchèque, j’ai décidé de commencer mes
déplacements par Prague. Je n’ai pas reçu de message aussi ouvert de la
part des autres Etats qui font partie de la minorité de blocage, des six
Etats qui composent cette minorité de blocage. J’irai ensuite à Berlin
car il est évident que l’Allemagne est un acteur essentiel en Europe et
que sa position sera tout à fait déterminante sur le sujet. J’irai
ensuite à Copenhague, parce qu’au Danemark il y a eu un changement de
gouvernement comme vous le savez, par conséquent il faut aussi utiliser
ces changements politiques pour défendre nos positions. Moi, simplement,
ce sur quoi je dois insister c’est qu’il ne s’agit pas de mettre un
Etats dans un coin, il le s’agit pas de montrer du doigt un Etat ou un
autre, il s’agit de trouver une solution de compromis ensemble en se
disant que l’enjeu est majeur. C’est à la fois un enjeu de solidarité
à l’égard des plus pauvres et c’est un enjeu de conception de
l’Union Européenne. Est-ce qu’en ces temps de crise on va vers une
Union Européenne plus solidaire ou vers une Union Européenne plus
égoïste ? »
Vous parliez des critères de définition des plus démunis. Y a t-il une grande différence entre les critères français et les critères tchèques ?
« Il y a une énorme différence qui fait qu’aujourd’hui en France
vous avez près de 4 millions de personnes qui bénéficient de ce
programme d’aide alimentaire et avec des associations qui font un travail
sur le terrain tout à fait exceptionnel et à qui je veux rendrez hommage.
Il faut bien se rendre compte que ça veut dire d’aller dire aux Restos
du Cœur, aux banques alimentaires, au Secours Catholique : « vous faites
un très bon travail, vous avez rassemblé de la nourriture, des stocks
pour nourrir tout ce qui n’ont pas de quoi ce payer un repas par jour
mais on va arrêter de vous financer ». Moi je ne suis pas prêt à porter
ce type de message, je ne suis pas prêt à laisser tomber ces associations
et le travail qu’elles font pour ceux qui n’ont pas de quoi ce payer un
repas par jour. Je me battrai jusqu’au bout pour faire en sorte qu’on
ait gain de cause sur ce programme européen. En République tchèque la
définition des plus démunis est beaucoup plus étroite et fait en sorte
qu’elle ne concerne qu’un nombre très restreint de personnes, environ
5000, nous c’est près de 4 millions. Je comprends très bien que les
Tchèques me disent que l’on peut élargir le programme et moi ça ne me
pose aucune difficulté si l’on doit l’élargir, faire en sorte que les
Tchèques bénéficient plus de ce programme d’aide aux plus démunis,
très bien, plus il sera efficace, plus il bénéficiera à ceux qui en ont
réellement besoin et mieux ce sera. »





