Culture sans frontières Otakar Nejedly : paysagiste et voyageur qui laisse un souvenir inoubliable

28-08-2005 | Magdalena Segertová

Le Musée tchèque des Beaux-Arts de Prague, situé dans la Vielle-Ville, rue Husova, expose jusqu'au 4 septembre les peintures du paysagiste Otakar Nejedly. En juin dernier, quarante-huit ans se sont écoulés depuis la mort de ce grand peintre tchèque, pour qui, selon la devise de son aîné britannique, John Constable, « peindre, c'était sentir ».

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Otakar NejedlyOtakar Nejedly « A l'aube, je me suis réveillé et j'ai regardé par la fenêtre, pour voir cette masse d'eau tout autour du bateau. Mais une toute autre image s'offrait à mes yeux : sur la surface de l'eau tremblotaient et scintillaient des milliers de petites vagues rouges. Nous étions tout près de la terre, immobile, avec une végétation luxuriante de cocotiers, dont les silhouettes, telles des étoiles sur de longues tiges, se dressaient sur un fond du ciel rose. J'ai vite quitté ma cabine et j'ai couru à bord, afin de m'assurer que nous étions bien arrivés. Le capitaine a dit : 'Nous sommes au Sri Lanka.' Enfin, après un mois de voyage ! » (Otakar Nejedly)

Figure de proue de la peinture paysagiste tchèque de la première moitié du XXe siècle, voyageur assidu, ayant parcouru l'Europe, l'Inde et le Sri Lanka, auteur de quelque 2000 tableaux et de plusieurs livres de souvenirs et, enfin, pendant une trentaine d'année, professeur, ami et mécène de jeunes talents à l'Ecole des Beaux-Arts de Prague... Otakar Nejedly est une légende dans le contexte de l'art plastique tchèque. J'ai étudié ou il a étudié chez « Otas » - avaient l'habitude de dire ses contemporains. Inutile d'ajouter quoi que ce soit. Dans le milieu artistique, on sait tout de suite de qui on parle. En plus, étudier dans le prestigieux atelier d'Otakar - Otas - Nejedly, demeure un gage de qualité. Combien d'histoires circulent aujourd'hui encore sur ce fameux prof aux Beaux-Arts : il emmenait, dans son petit camion, les étudiants à la campagne, pour leur faire découvrir le paysage tchèque et morave et plus loin encore, en France, en Corse, en Italie et en Croatie. Ils campaient dans la nature et peignaient en plein air, se régalaient en mangeant des plats succulents préparés par Nejedly, s'amusaient avec lui, tous les soirs, autour d'un verre, l'écoutaient chanter... Dans les années 1950, de jeunes cinéastes ont filmé Nejedly et ses étudiants lors d'un séjour en plein air et ce court métrage est projeté à l'entrée de l'exposition au Musée des Beaux-Arts.

Le Sri LankaLe Sri Lanka L'actuelle exposition pragoise de Nejedly, la première qui lui est consacrée depuis les années 1970, retrace, en bref, tout son parcours de création. La carrière de cet originaire de Roudnice nad Labem, né dans une famille plutôt modeste, mais qui le soutenait, commence à Prague, dans l'école de peinture privée du paysagiste Ferdinand Engelmüller. Dans son très captivant et amusant livre sur ses voyages en Europe, et en Asie, qui est aussi une chronique de la vie culturelle tchèque du début du XXe siècle, Otakar Nejedly décrit ses débuts dans cette école :

Otakar NejedlyOtakar Nejedly « En peignant, il a été très important de saisir le matériau. L'eau devait être mouillée, le bois, le métal, la pierre et le tissu devaient donner l'impression qu'il s'agit de tel ou tel matériau en réalité. /.../ En réalisant un paysage, on a dû aussi penser à peindre l'air. Le manque d'air, dans une peinture, a été considéré comme un défaut. Et les arbres, il ne fallait pas qu'ils soient enfoncés dans la terre comme des barres, mais qu'ils soient vraiment enracinés. Il fallait aussi saisir le caractère de tel ou tel arbre et la composition des branches, bien distinguer le chaîne du tilleul ou du noyer, par exemple. »

Otakar Nejedly dans son atelierOtakar Nejedly dans son atelier Entre 1909 et 1911, Nejedly effectue, avec son ami, le peintre Jaroslav Hnevkovsky, le voyage probablement le plus important de sa vie qui l'emmène donc en Inde et au Sri Lanka. Des dizaines, peut-être des centaines de tableaux magnifiques naissent de cette longue et périlleuse aventure - quelques-uns sont à découvrir à l'exposition pragoise. Elle évoque aussi un cycle de peintures de Nejedly, consacré aux champs de bataille français de la Première Guerre mondiale, où ont combattu les légionnaires tchécoslovaques. Et puis, bien sûr, une partie non négligeable de l'exposition est consacré au paysage tchèque et morave : le spectateur y trouvera tous les coins du pays : les lacs et les rivières, les forêts, les montagnes et les ruines de châteaux, les villages et les villageois. Il met en scène la pluie, les rafales de vent, les orages et ceci avec une telle maîtrise que l'on sent, autour de nous, le vent souffler et les gouttes d'eau nous mouiller... Pour le commissaire de l'exposition, Olaf Hanel, cette peinture néo-classiciste de Nejedly datant des années 1920 jusqu'à sa mort, constitue l'apogée de sa création :

O.H. : « Ce qui m'a surpris, en préparant l'exposition, ce n'étaient pas tellement ses tableaux d'Inde et du Sri Lanka, mais justement ces travaux néo-classicistes. Et je ne suis pas le seul - j'ai de nombreux amis peintres qui m'ont dit qu'ils ne connaissaient absolument pas ces tableaux qui dégagent une force immense. Ils sont, apparemment, tout à fait en marge de l'art contemporain. Mais c'est peut-être pour cela qu'ils sont proches de bon nombre de gens. »

La France, était-elle une source d'inspiration importante pour Otakar Nejedly ?

O.H. : « Non, je ne pense pas qu'il ait été influencé par la France en tant que telle, mais plutôt par ses séjours à la mer, par la végétation locale et surtout par cette lumière fantastique pour un peintre, une lumière qu'il ne trouvait pas ici. Il n'était pas non plus particulièrement marqué par les impressionnistes. Et c'était le cas de toute la génération de peintres tchèques du début du XXe siècle : pour eux, la peinture impressionniste a été trop attifée et plaisante, ils ne la trouvaient pas assez 'terre à terre'. »

Peindre l'air, la lumière, le silence... tout ce qui est invisible et omniprésent. « Pour traduire cela, le peintre n'a pas d'autre moyens d'expression que la poésie. Mais c'est quelque chose qui ne s'apprend pas. Il faut que le peintre soit aidé par une force singulière qui ne se manifeste pas à n'importe quel moment et chez tout le monde. Mais c'est elle qui donne naissance à un véritable art», a écrit Otakar Nejedly. Ses peintures sont exposées jusqu'au 4 septembre prochain au Musée tchèque des Beaux-Arts de Prague, rue Husova. Grâce à l'aide financière d'un collectionneur des oeuvres de Nejedly, une nouvelle monographie du peintre a pu être publiée. L'exposition terminée, elle devrait être mis en vente dans les librairies.

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