Mikaël Ollivier : « Il n’y a pas de bons et de mauvais genres, il y a juste de bons et mauvais livres »

Le 3 juin était présenté à Prague, en lecture scénique au théâtre pour enfants Minor ainsi qu’à l’Institut français de Prague, La vie en gros de Mikaël Ollivier, paru chez Gallimard en 2001. Livre pour adolescents, c’est d’abord le récit de cette période trouble de la vie où le corps se modifie et où un physique désavantageux devient un handicap dans le monde cruel de l’école. Radio Prague a rencontré Mikaël Ollivier, venu présenter son ouvrage et assister à la lecture scénique. A noter également que son livre a fait l’objet d’une adaptation pour la télévision.

Mikaël OllivierMikaël Ollivier Mikaël Ollivier, je vais commencer par vous demander de présenter votre livre La vie en gros, proposé en lecture scénique à Prague.

« La vie en gros est un roman qui met en scène un adolescent différent des autres. Sa différence, c’est qu’il est un adolescent obèse. Cela ne lui pose pas vraiment de problèmes dans sa vie au début du livre, puisqu’il est quelqu’un de plutôt joyeux qui aime manger. En outre, il a une gourmandise communicative puisqu’il veut devenir cuisinier plus tard. Mais il tombe amoureux d’une fille. Il découvre que pour plaire à quelqu’un, il doit d’abord se plaire à lui-même. Il voit qu’il a un problème avec son corps. A partir de là, il essaye de maigrir pour se plaire à lui-même ainsi qu’à Claire, la fille dont il est amoureux. C’est un roman qui permet au lecteur de rentrer dans la peau d’un adolescent différent des autres. C’est tout un cheminement psychologique et humoristique sur l’acceptation de soi-même. »

Comment est née l’idée du roman ? Avez-vous rencontré quelqu’un qui vous a inspiré ?

 « Oui, oui ! Je me suis inspiré de quelqu’un que je connais très bien : moi-même quand j’avais 15 ans ! C’est un roman très autobiographique. Ce n’était pas prévu au départ. En effet, je voulais parler de l’obésité parce que c’est quelque chose qui m’a accompagné dans ma vie, surtout quand j’avais 15 ans et c’était un âge où le problème était le plus douloureux. Donc j’avais envie de traiter de ce sujet-là. Pour le traiter le plus sincèrement possible, j’ai beaucoup emprunté à ma propre adolescence. Et à l’arrivée, quand j’ai fini le livre, je me suis dit que c’était très proche de ma vie. Benjamin, ce n’est pas moi, mais il me ressemble beaucoup. Les personnages autour ressemblent beaucoup à certains que j’ai croisés au lycée à l’époque. »

Ce texte est présenté à Prague dans le cadre d’une lecture scénique. Au moment où nous enregistrons cet entretien, vous n’avez vu qu’une présentation aux écoles à l’Institut français de Prague. Qu’avez-vous pensé de la version tchèque ?

 « Ca m’a beaucoup plus, vraiment, et bien que je ne parle absolument pas tchèque. Le travail d’adaptation m’a paru très habile. Les scènes qui ont été gardées sont les bonnes et on suit l’intégralité du roman alors que l’intégralité du texte n’est pas lue. Il y a beaucoup d’humour, l’émotion est là. C’est exactement ce que j’ai voulu faire : un roman qui ressemble à la vie de tous les jours, avec des moments tristes et drôles. Ce n’est pas un drame, ce n’est pas non plus une comédie du début à la fin. C’est ce que je voulais dans mon livre et que j’ai retrouvé sur scène. C’est à la fois touchant et amusant, donc j’étais très content de voir ça. Et puis c’est touchant de voir ces personnages qui ont existé dans ma vie il y a un bout de temps, devenir un roman, puis un film, et maintenant un spectacle sur scène à Prague ! »

Ce sont différentes incarnations des personnages…

« J’aurais presque envie de voir ce spectacle avec les copains de l’époque qui sont dans le livre sans le savoir, que j’ai perdu de vue ! Il y a quelque chose de magique de voir des scènes à Prague 20 ans après… C’est toute la magie des livres, des livres mis en scène, de la littérature. J’ai retrouvé cela à Prague. »

Avez-vous eu des réactions d’adolescents qui peut-être ont également souffert de la même chose que votre personnage ?

 « J’ai rencontré énormément d’adolescents autour de ce livre-là. C’est un livre qui est déjà sorti il y a une dizaine d’années en France. C’est mon plus gros succès. J’ai rencontré au fil des années beaucoup de collégiens, de lycéens, des adultes aussi. Il y avait pas mal de jeunes concernés par le problème de l’obésité, notamment des témoignages très touchants : un jour, dans une grande assemblée de 300 adolescents, il y a une jeune fille, très grosse, qui a pris la parole et qui était très émue. Elle m’a dit qu’elle s’était retrouvée dans le livre. C’était bouleversant. Il y a aussi des jeunes qui n’ont pas ce problème-là, mais qui se sont reconnus dedans. Un jour, dans une classe de lycéens, la plus belle fille de la classe, la plus mince, m’a dit s’être retrouvée dans Benjamin. C’était sidérant. On a tous un rapport complexe à l’autre durant l’adolescence, et ce, qu’on soit gros, mince, petit ou grand. C’est ça qui est le cœur du livre. Ca parle de la difficulté de l’image qu’on projette à l’adolescence et du regard de l’autre. »

J’ai lu quelque part que petit, vous fuyiez les livres. C’est très paradoxal chez vous. Par d’autres chemins – puisque vous avez travaillé dans le cinéma auparavant, vous êtes arrivé à la littérature. Vous avez une bibliographie importante et ce, dans tous les genres. Comment êtes-vous finalement parvenu à la littérature alors que les livres n’étaient pas votre tasse de thé ?

« Je parle de tout cela dans un livre qui s’appelle Celui qui n’aimait pas lire, qui est une autobiographie. Quand j’étais jeune, j’assimilais la littérature à la scolarité. Je rejetais les deux en bloc, je ne réfléchissais pas plus que cela. J’étais jeune… J’ai lu quelques livres parfois forcé par les professeurs. Certains m’ont plu, mais ne m’ont pas donné le goût de la littérature, le goût d’en lire un autre. Mon goût de la narration, d’aller essayer de chercher dans le travail d’un artiste pourquoi il raconte cette histoire, ça m’est venu par le cinéma. Ma grande passion ça a été le cinéma : quand j’avais 15, 16 ans, je suis devenu un vrai cinéphile, j’allais voir tous les films, je faisais des fiches sur les réalisateurs. C’est ça qui m’a donné envie de raconter des histoires. Au début, il n’était pas question d’écrire des livres puisque je n’aimais pas les livres et que j’avais un rapport complexe à ceux-ci : ils étaient un peu sacralisés et en même temps je les redoutais… C’est le cas de beaucoup de jeunes. On me présentait la littérature comme une chose sacrée et intouchable, or elle est tout l’inverse : il faut se plonger dedans, la littérature est faite pour le lecteur. Grâce au cinéma j’ai découvert que je voulais raconter des histoires, d’attraper les choses qui me touchaient dans le monde, dans la vie qui passe si vite et d’en faire un film. En tout cas, c’était mon idée à l’époque pour pouvoir partager ce film avec d’autres. C’était un pont jeté vers l’autre. Une fois que j’ai quitté la scolarité, j’ai découvert que les livres pouvaient m’amener le même plaisir que les films, à partir du moment où on ne me demandait plus de faire un résumé analytique. J’ai découvert le plaisir brut de lire. Là, j’ai compris que je ne voulais pas seulement faire des films, mais être un raconteur d’histoires. J’ai donc décidé d’être romancier et scénariste pour raconter des histoires. »

Comme je le disais, vous écrivez dans tous les genres : c’est un besoin farouche de ne pas vous cantonner à un seul genre ?

« Cela correspond aussi à mes goûts de lecteur. Je lis tout, tout ce qui me plaît, dans des genres très différents : polars, science-fiction, romans intimistes… Il n’y a pas de bons et de mauvais genres, il y a juste de bons et mauvais livres. C’est très important pour moi en tant que lecteur et auteur. Les éditeurs voudraient souvent nous cantonner à un genre, mais moi, je ne sais pas le faire. J’ai des idées qui me viennent, que j’attrape dans la vie de tous les jours, par des voyages, des rencontres ou même une lumière. Selon ce que contient cette envie, cela m’emmène vers un genre. Je tiens à cette liberté-là. »

Votre roman La vie en gros date d’il y a une dizaine d’années. Quels sont vos projets actuels de publication ?

« Depuis La vie en gros, il y a eu beaucoup de livres pour adultes et pour les jeunes. Le prochain livre pour adolescents à sortir en France sort aux Editions Thierry Magnier, fin août et qui s’appelle Le monde dans la main. Il est un peu dans le même esprit que La vie en gros. On rentre dans la tête d’un adolescent, également un peu différent des autres, mais pour d’autres raisons. Au mois d’octobre, j’ai mon prochain roman policier pour adultes qui sort aux Editions Le Passage et qui s’appelle Quelque chose dans la nuit. »

A noter qu’à Prague, Mikaël Ollivier était accompagné par sa femme, l’écrivaine Viviane Moore, connue pour ses polars historiques. Nous aurons l’occasion de revenir sur son parcours dans une de nos rubriques culturelles à venir.