Culture sans frontières Mandelbrotovy Kosticky, une chorale loufoque et très élaborée
Au fond de la place Hastal, dans le quartier de la Vieille-Ville à Prague répète une chorale pas comme les autres. Mandelbrotovy Kosticky est le résultat de la fusion entre trois chorales, Microchor, Brecy, une chorale de femmes, et la plus importante, la chorale de l'église du Saint-Esprit. Les créateurs de la chorale Kosticky ont inventé un univers à part.
Lukas Prchal, photo: www.brecy.info
Lukas Prchal, jeune directeur de la chorale pragoise Mandelbrotovy Kosticky
nous donne le leitmotiv d'un projet dans lequel tout a un sens, et rien
n'est fait par hasard :
« Dans les cubes empilés
Comme dans le monde entier
... Chaque couleur
Est une belle chanson... »
Eva Loulova y est chanteuse soprano. Elle nous aide à mieux comprendre Mandelbrotovy Kosticky, une chorale au ton un peu décalé :
« C'est un projet de quatre personnes, la base créative de cette chorale. Il y a Simi, Lukas Prchal, Ester Kocickova. Elle est très connue en République tchèque, comme une femme intellectuelle et féministe, chanteuse aussi. Elle a écrit des textes très jolis et poétiques. Enfin, il y a Petr Wajsar, un jeune musicien, qui lui est très bizarre. »
Ester Kocickova, photo: www.mandelbrotovykosticky.cz
Ces quatre artistes forment le Kvadrovirat, ce qui signifie qu`ils
dirigent le projet à quatre comme les triumvirats gouvernaient à trois à
l'époque romaine. Ils ont créé la chorale ensemble en 2005. Son nom,
Kosticky veut dire « cube » ou « dés », en clin d'oeil à un groupe tchèque
de Novy Bydzov du début des années 90 qui, lui, s'appelait Kulicky,(les
billes). Son concept, une grande chorale qui chantait des textes simples et
drôles avec l'orchestre philharmonique de Teplice. Ce groupe a été la
source d'inspiration du Kvadrovirat, pour reprendre un concept qui
n'existait plus sur la scène musicale tchèque.
« Ce projet est très bizarre, parce que c'est un ensemble ou tous les gens doivent déjà savoir chanter parce que la musique est vraiment difficile. Donc ils sont habitués à chanter, mais en même temps ils doivent aussi inclure l'aspect théâtral dans le spectacle. La chorégraphie a été créée par Ester Kocickova. Elle est géniale et sait tout faire !
Mandelbrotovy Kosticky, photo: Karel Suster, www.mandelbrotovykosticky.cz
Les chanteurs doivent s'habituer à ne pas être timides parce que
normalement ils chantent dans des églises, ou ils n'ont pas de
chorégraphie. En plus, c'est toujours un peu difficile de faire une
chorégraphie avec 90 chanteurs, qui sont les uns à côté des autres, pas
habitués à bouger. Mais Ester nous oblige à faire des mouvements avec les
mains. On chante par exemple des soldats, alors on doit faire comme si nous
étions des soldats, on doit faire le salut militaire, c'est difficile car
nous chantons en même temps. Mais c'est drôle avant tout, alors on s'amuse,
ce n'est pas sérieux en fait.»
Pour le chef de choeur Lukas Prchal, « contrairement à des chorales traditionnelles, à Kosticky on ne cherche pas à faire de l'art, mais à nous amuser et amuser les gens. » Les chansons sont prévues pour un grand nombre de chanteurs, autant de gorges pour travailler sur des paroles pas toujours faciles, tant sur leur sens que leur forme...
Petr Wajsar, photo: www.wajsar.com
« Ce qui est intéressant sur la musique, c`est que Petr Wajsar sait très
bien jouer sur les sons. Comme le tchèque n`est pas une langue très
évidente à chanter, il a fait des choses très intéressantes et finalement,
c`est très, très chantant. »
Le tchèque n'est pas la meilleure langue pour le chant ?
« En général non, parce qu'il y a trop de consonnes, par exemple on est capable de dire trois consonnes à la fois, comme avec le mot « Krk » (NDLR, signifie la gorge), on ne peut pas chanter ce mot, Krk. Mais là, dans ses textes, il était capable de composer, même sur des consonnes terribles, le son est beau et joli, il sait jouer avec. »
Sur scène, les chanteurs sont accompagnés d'un violon, d'une contrebasse, d'une batterie et d'un clavier. Un DJ mixe sur leurs chants en permanence. La comédienne Ester Kocickova fait le lien entre les chansons, toutes au nom d'une couleur.
Mandelbrotovy Kosticky, photo: www.mandelbrotovykosticky.cz
« Les chansons signifient toujours quelque chose. Elles sont toujours
poétiques, il y a des jeux sur les mots...En même temps, elles peuvent être
vulgaires, intellectuelles ou drôles. Par exemple, dans la chanson sur la
couleur marron, il n y a rien d'exact, nous y parlons d`un chien, de
célébrité, celui qui nous écoute n'est pas trop sûr de quoi il s'agit, car
les chansons jouent surtout sur des émotions. Avec la musique et la
chorégraphie, on comprend que c'est quelque chose qui n'est pas très
agréable. »
Mais c'est n'importe quoi cette chorale !
« Oui, c'`est vrai, c'est n'importe quoi... Dans la chanson verte, nous parlons d`une vache qui mange de l'herbe. Les paroles sont aussi très bizarres. Par exemple, nous chantons : « La vache a le droit d'être plus forte...mais elle grandit... », des trucs étranges. Mais encore une fois, avec la musique, on sent que c'est agréable, on bouge de droite à gauche, ça nous donne l'impression que le vert, c'est quelque chose d'agréable...»
Mandelbrotovy kosticky, c'est donc un concentré d'original. Si vous souhaitez en savoir plus allez voir leur site. A défaut de tout comprendre, vous pourrez écouter quelques extraits, et connaître leurs dates de concerts.






