La musique, un des personnages principaux des films de Miloš Forman

En février 2017, Radio Prague a diffusé une émission musicale consacrée aux musiques qui ont marqué les films du réalisateur tchéco-américain Miloš Forman. Celui-ci fêtait alors son 85e anniversaire. Il y a une semaine, la nouvelle du décès de « l’orphelin de Čáslav qui a conquis Hollywood », pour citer la presse tchèque, a attristé les cinéphiles aux quatre coins du monde. En effet, si les films de Miloš Forman ont marqué des générations entières de spectateurs, c’est peut-être aussi grâce à l’intensité de leur musique. Rafraîchissons-nous la mémoire et réécoutons quelques-uns des morceaux, entendus essentiellement dans les films tchèques de Miloš Forman, en commençant par Les Amours d’une blonde…

Une musique omniprésente tant dans ses films tchèques qu’américains

Les premiers films de Miloš Forman Konkurz (L’Audition) et Černý Petr (L’As de pique) de 1963, et Lásky jedné plavovlásky (Les Amours d’une blonde) de 1965 font désormais partie du patrimoine cinématographique tchèque. La musique de l’As de pique est l’œuvre du compositeur Jiří Šlitr. Miloš Forman confiera ensuite la composition des Amours d’une blonde au compositeur tchécoslovaque Evžen Illín, lequel émigra en Allemagne après août 1968. Quant à la musique de son quatrième long-métrage Hoří, má panenko (Au feu les pompiers !), sorti en 1967, elle est composée par Karel Mareš, auteur désormais de plus d’une quarantaine de musique de films.

Si la bande originale du premier film de Miloš Forman tourné en co-production américaine, Taking Off, de 1971, inclut diverses chansons interprétées également par les actrices qui sont auditionnées dans le film, c’est avec son deuxième film américain, Vol au-dessus d’un nid de coucou (One Flew Over the Cuckoo’s Nest), que la musique prend un réel poids émotionnel. Dans son autobiographie intitulée Co já vím? (Qu’est-ce que j’en sais), parue en 1994 et co-écrite avec Jan Novák, Miloš Forman se souvient de sa rencontre avec le compositeur américain Jack Nitzsche, auteur d’innombrables musiques de films et ancien collaborateur des Rolling Stones. Miloš Forman s’était épris de l’un de ses disques enregistrés avec l’Orchestre philharmonique de Londres, et avait transposé cette musique dans le film qu’il venait de terminer. Mais une fois que le compositeur américain a été invité à venir écouter le travail finalisé, il s’est mis en colère prétendant que cela n’était que du grand n’importe quoi. Quelque peu avant la date limite de l’enregistrement, Jack Nitzsche est cependant revenu avec un autre homme, qui portant un grand coffre rempli de verres. Même si tout un orchestre symphonique l’attendait, il avait alors enregistré une grande partie de la musique du film en un seul après-midi avec son collègue qui jouait sur des verres remplis d’eau.

'Vol au-dessus d’un nid de coucou', photo: United Artists'Vol au-dessus d’un nid de coucou', photo: United Artists Le film Vol au-dessus d’un nid de coucou remporte finalement cinq Oscars (dont la meilleure réalisation pour Miloš Forman), mais Jack Nitzsche, lui aussi nommé pour l’Oscar de la meilleure musique de film en 1976, ne remportera la statuette que sept ans plus tard.

 « Nous voulions que la musique devienne le troisième personnage du film »

Sans musique, les films ne seraient que des poésies sans rimes. Sans musique, les films de Miloš Forman seraient privés de ces émotions éphémères du moment, que le réalisateur a eu la sensibilité de préserver avec grand soin. Miloš Forman avait tendance de dire, qu’il se laissait guider dans la musique par ceux qui étaient plus cultivés dans ce domaine, et pourtant il savait exactement ce qu’il voulait.

'Hair', photo: United Artists'Hair', photo: United Artists Son septième long-métrage, la comédie musicale Hair, qui a obtenu un grand succès, voit le jour en 1979, sur un coup de foudre pour les chansons de Galt MacDermot issues de la comédie musicale du même nom. Dès lors, la musique formera indubitablement une part intégrante de ses films, que ce soit pour Ragtime en 1981, ou pour l’une de ses œuvres cinématographiques majeures, Amadeus, sortie en 1984.

Pour l’arrangement de la musique de Wolfang Amadeus Mozart, Miloš Forman a fait appel au violoniste et chef d’orchestre Sir Neville Marriner, spécialiste de la musique du XVIIIe siècle. Celui-ci a accepté de collaborer sur le projet cinématographique à une seule condition, qu’aucune mesure écrite par Mozart ne soit modifiée. Et effectivement, toutes les notes entendues dans le film ont bel et bien été écrites par Mozart seul. Aucune mesure n’a été changée.

Une passion éternelle pour la musique

Miloš Forman, Amadeus, photo: Warner Bros.Miloš Forman, Amadeus, photo: Warner Bros. Etant donné que le film Amadeus a été adapté de la pièce de théâtre éponyme de Peter Shaffer, Miloš Forman a révélé dans son autobiographie :

« Sur scène, la musique lutte avec la parole pour s’accaparer l’ouïe du spectateur. Mais dans un film, l’image a souvent plus de poids qu’un mot, et la musique et l’image se complètent parfaitement et s’intensifient mutuellement. C’est pourquoi, nous avons pu restituer au film ce qui ne pouvait être qu’insinué au théâtre – la musique de génie de Mozart. Nous voulions que la musique devienne une sorte de troisième personnage du film. »

A propos de la musique, Miloš Forman s’était notamment confié:

« On pourrait dire que dans le film, la musique est l’élément qui contient la plus grande charge émotionnelle. Parfois, elle me paraît être une forme supérieure de communication, comme si d’un coup le personnage du film s’arrachait le cœur et le servait aux spectateurs. D’un autre côté, la musique est quelque chose de tellement abstrait, que je manque parfois de mots, lorsque je dois en parler. Mais j’ai découvert, que souvent les compositeurs eux-mêmes ne savent pas comment en parler, et ce surtout lorsqu’ils en parlent avec un dilettante comme moi. »

 

Rediffusion du 19/2/2017