La musique baroque italienne à Horsovsky Tyn, le chant grégorien à Prague... pour rendre hommage au patron des Tchèques

Le Magazine culturel de cette semaine, tout comme la rubrique touristique, sera consacré à un personnage emblématique de l'histoire tchèque. Le musicien David Eben, l'un des invités de cette émission, vous le présentera, en deux mots... "C'est notre saint national, un symbole de la christianisation du pays qui n'a, au fil des siècles, rien perdu de sa force... Pour les Tchèques, sa statue qui se dresse en plein centre de Prague, revêt une importance particulière. Elle fait tout de suite penser à Jan Palach, aux manifestations de 1989... " En effet, aujourd'hui, les Tchèques célèbrent la Saint-Venceslas et moi, je vous propose de les rejoindre.

Horsovsky Tyn, photo: Miloš TurekHorsovsky Tyn, photo: Miloš Turek Ce dimanche soir se termine, par des vêpres et une messe solennelle célébrée à la Cathédrale St-Guy, au Château de Prague, la 12e édition des Festivités de la Saint-Venceslas. Comme chaque année, ce festival de musique sacrée a convoqué, au plaisir des mélomanes pragois, les meilleurs choeurs, organistes, ensembles et solistes tchèques, mais aussi trois formations musicales de Norvège et des Etats-Unis. Aujourd'hui, nous irons ensemble à deux concerts, qui se sont déroulés dans le cadre de cette fête de la musique.

Tout d'abord, nous allons prendre la direction de Horsovsky Tyn, et je vous explique pourquoi : chaque année, la direction du festival de la Saint-Venceslas organise un voyage « culturel » dans une cité historique en Bohême. Cette année, son choix s'est porté justement sur la petite ville de Horsovsky Tyn, située à l'ouest du pays, à dix kilomètres de Domazlice, près de la frontière tchéco-allemande. Et alors, par un beau jour de septembre, les festivaliers endimanchés sont descendus du bus qui les avait amenés de Prague et, sous un grand soleil, ils ont visité le charmant château renaissance de Horsovsky Tyn, son agréable parc et la place avec de jolies maisons baroques aux façades multicolores, avant de se rendre à l'Eglise St-Apollinaire du XIIIe siècle, où allait se dérouler, en fin d'après-midi, le concert d'un jeune ensemble norvégien, Il Mormorio della Gente.

Deux chanteurs, accompagnés de deux musiciens... Ils ont tous une trentaine d'années et le diplôme de l'université d'Oslo en poche. Si l'on en croit les habitants plutôt froids et introvertis de la péninsule scandinave, ce quatuor norvégien, qui affiche un sourire permanent, brise ces préjugés. Et dès qu'il se met à jouer et à chanter sa musique préférée, celle du baroque italien, le public, lui aussi, dégèle... La soprano Catherine Bothner-By présente ses collègues...

Maintenant, nous allons retourner à Prague et, quant à la musique, remonter dans le temps... Je vous invite au couvent des bénédictins Na Slovanech, à deux pas de la place Charles. Là-bas, dans l'Eglise Notre-Dame et St-Jérôme a eu lieu, il y a tout juste une semaine, un concert de deux remarquables choeurs grégoriens : la Schola Sanctae Sunnivae norvégienne et la Schola Gregoriana Pragensis tchèque.

Avant de parler musique, une petite parenthèse architecturale et historique que cet endroit d'un charme mystérieux mérite sans doute... Le couvent Na Slovanech, appelé aussi Emauzy, a été fondé en 1347 par Charles IV. Ravagé par les bombardements de 1945, le complexe du couvent a été reconstruit dans les années 60. Les tours détruites de l'Eglise ont été remplacées par deux ailes en béton, bien visibles du quai de la rivière Vltava.

L'entrée de cette fascinante église gothique, à la beauté simple et dénudée, a été, dimanche dernier, éclairée de bougies. Dans cette ambiance médiévale, les chanteurs ont fait leur apparition, tels les fantômes des temps anciens : les hommes en habits blancs de moines, les femmes en longues robes rouges...

Formé en 1992, par une douzaine de chanteuses, le choeur Schola Sanctae Sunnivae, qui porte le nom de Sunniva, une sainte norvégienne, s'appuie sur la tradition du chant grégorien français. Inutile d'ajouter qu'il s'agit d'un ensemble de renommée internationale, tout comme le choeur tchèque Schola Gregoriana Pragensis. Si son leader, David Eben, a accepté avec plaisir de donner, à Prague, un concert avec les chanteuses norvégiennes, c'est aussi parce qu'il connaît les pays nordiques et leur public...

David Eben, qui approche de la quarantaine, est quelqu'un d'assez éclectique. Fils du compositeur tchèque de renom Petr Eben, il fait de la musique moderne avec ses deux frères, tout en consacrant la majorité de son temps au chant grégorien. Il enseigne la musique ancienne, donne des conférences à l'étranger, mais surtout, il dirige, depuis plus de quinze ans, Schola Gregoriana Pragensis. La formation de chef de choeur, il l'a obtenue d'abord à Prague, et ensuite à Paris...

Le concert à l'église Na Slovanech, David Eben l'a voulu non seulement tchéco-norvégien, mais aussi, comme il convient à notre époque, européen. Ainsi, les deux choeurs ont présenté au public silencieux et réceptif des chants en hommage aux saints européens : à Saint-Olaf de Norvège, Saint-Martin de France, Saint-Ambroise d'Italie, Saint-Jacques d'Espagne... pour boucler la boucle par Saint-Venceslas. Ecoutons, à la fin de cette émission, le célèbre choral avec lequel les Tchèques s'adressent, depuis toujours, à leur patron. Pour l'avoir chanté, sans un clin d'oeil, en tchèque, les Norvégiennes ont recueilli, ce soir-là, des salves d'applaudissements...