Audabiac, pour rendre les enfants abandonnés plus créatifs et heureux

Madeira par Jitka Stenclova
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Jitka Stenclova, Oldrich Smutny, Petr Nikl, Franta, Jiri Kolar... Voilà quelques-uns des plasticiens tchèques, tous attachés à la France, et dont les oeuvres sont exposées, jusqu'au 19 mars, à l'Institut français de Prague. Créée à partir de dons d'artistes concernés, cette collection de peintures et de sculptures a pour objectif de soutenir et de promouvoir un projet socio-culturel intitulé "Audabiac, par l'intermédiaire de l'art vers la liberté".

Lancé par un couple tchèque fixé en France, Radana et Jiri Wald, il donne l'occasion à des enfants tchèques sans familles de passer, chaque année, une partie des grandes vacances sous le soleil provençal, dans les Cévennes. Hébergés dans une bastide rénovée, Audabiac, ils se livrent à différentes activités artistiques. Ils peuvent s'éclater dans des ateliers de céramique, de fabrication de savons, de bougies et de bijouterie, de peinture, de photographies... Ils font du théâtre, de la cuisine, assistent à des débats et lectures de livres, découvrent la Provence, font du sport, se reposent au bord de la mer... Des personnalités de la culture tchèque les rejoignent, animent les ateliers et leur transmettent leur savoir-faire... Jiri Wald parle des débuts du projet Audabiac :

"L'idée de mettre sur pied un tel projet nous est venue en 1998, lorsque nous avons aidé les orphelinats en Moravie, qui venait d'être touchée par les inondations dévastatrices. Nous nous sommes rendus compte qu'au niveau matériel, ces enfants abandonnés avaient tout ce dont ils avaient besoin, mais qu'il leur manquait, disons, une approche personnelle. Alors, nous avons décidé de les inviter en France et, en même temps, de les initier dans des disciplines artistiques. En 2000, nous avons fondé, en France, l'Association civique Audabiac. Depuis, nous y organisons des séjours réguliers, nous accueillons, chaque été, quelque 70 enfants. Mais, ce projet est destiné aussi aux adultes, à tout ceux qui élèvent des enfants, que ce soit des pédagogues, des parents biologiques ou adoptifs. Nous voulons leur montrer comment profiter, dans l'éducation, de la force magique de l'art."

Les frères Forman, le réalisateur Juraj Herz et son épouse, la comédienne Tereza Pokorna, l'acteur Pavel Kriz, le sculpteur Olbram Zoubek, le traducteur et metteur en scène Michal Laznovsky et des dizaines d'artistes et d'animateurs sont passés par Audabiac. Parmi les personnalités impliqués dans le projet, on trouve aussi des journalistes : le reporter de la télévision Nova, écrivain et scénariste Radek John à organisé, à Audabiac, des débats autour du problème des drogues, sujet qui le préoccupe depuis longtemps. Or, au vernissage de l'exposition Audabiac à l'Institut français, il a évoqué toute autre chose :

"Mon atelier préféré, c'est celui de boulangerie. Au village, il y a un four ancien. A chaque fois, on met un jour à le faire chauffer. Puis, on se réunit tous, les Tchèques et les villageois. Chacun apporte des ingrédients et on prépare du pain, des petits pains et des pâtisseries, les Tchèques font leurs spécialités et les Français, de leur côté, aussi. Puis on les déguste, on boit du vin, français et pas tchèque bien sûr, on fait attention à ce que les enfants goûtent seulement aux plats et pas aux vins, mais en général, tout ce passe bien."

Mais Audabiac est bien plus qu'un lieu de détente qui offre des plaisirs gastronomiques... Radek John :

"La communauté qui s'est formée à Audabiac est tout à fait spécifique. Au début, les Français de la région ont été un peu méfiants à l'égard de ces cohortes d'enfants qui débarquent chez eux, un peu comme les Tchèques si on leur mettait sous le nez des enfants tchétchènes, ukrainiens ou kazakhs. Ils se demandaient si on n'était pas des mafieux. Et maintenant, ils se réjouissent, comme nous, de l'existence de cette communauté tchèque à Audabiac. En fait, c'est devenu une sorte de centre culturel tchèque. Le soir, quand les ateliers sont fermés, on se rencontre sur la terrasse de la bastide, peintres, comédiens, photographes, journalistes, on boit du rosé et on discute, ce qu'on ne fait plus à Prague. Cela me rappelle les cafés artistiques tchèques de l'entre-deux-guerres. Le dernier lieu de rencontre d'artistes tchèques, c'est Audabiac."

Fidèle à sa vocation de journaliste d'investigation, Radek John a ajouté :

"Je ne peux qu'évoquer, dans ce contexte, l'inactivité de la Maison de République tchèque à Bruxelles, qui a coûté aux contribuables plusieurs centaines de millions de couronnes... Et là, à Audabiac, grâce à l'initiative de quelques passionnés qui ne bénéficient d'aucun intérêt et d'aucun soutien financier de la part de l'Etat, est né, spontanément, le centre culturel tchèque le plus intéressant en Europe, en tout cas pour moi."

Jusqu'à présent, la manifestation "Audabiac, par l'intermédiaire de l'art vers la liberté" a été destinée uniquement aux enfants tchèques, ce qui devrait changer, à partir de cette année... Eva Misikova, coordinatrice du projet Audabiac :

"Cet été, les enfants d'un foyer de Clarence, dans le sud de la France, viendront, à leur tour, en République tchèque. On commencera avec une quinzaine d'enfants, qui passeront trois semaines à Albrechtice, dans les monts Jizerske. Là-bas, ils devraient travailler, comme cela se passe à Audabiac, dans des ateliers, animés par des artistes français ou francophones. Ils pourront emmener leurs vélos et on leur fera aussi visiter la région, la ville de Liberec et Prague, bien sûr. On souhaite que les enfants français viennent régulièrement chez nous. Plus tard, on espère élargir ce projet au niveau européen et y faire participer les enfants d'autres pays. En fait, nous voulons, par toutes ces initiatives, sensibiliser le public à la problématique des enfants sans familles. En République tchèque, ils sont environ 20 000 à vivre dans des foyers d'enfants. C'est aussi un moyen de comparer leur situation à celle des enfants des autres pays européens. En France, par exemple, les enfants sont assez vite placés dans des familles d'accueil, et il y en a très peu qui vivent dans des foyers-internats, tels qu'on les connaît ici."

Plus de détails sur www.audabiac.cz

Auteur: Magdalena Segertová
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