Aposiopée et son voyage dans la région de Martinu, aux sources de la création...

L'ensemble français Aposiopée vient de donner deux concerts en République tchèque : un à Vlckov, dans les Hauteurs tchéco-moraves, à l'occasion de la fête de l'ouverture des fontaines, et un autre à Prague. Aposiopée, qui rassemble une trentaine d'enfants et de jeunes de 8 à 17 ans, a été fondé il y a trois ans par Natacha Bartosek, une musicienne issue d'une famille franco-tchèque.

N.B.: « Je l'appelle 'ensemble de jeunes voix'. J'ai mis longtemps à trouver ce complément du nom Aposiopée, parce que choeur d'enfants n'était pas juste, choeur de jeunes non plus... Le choeur d'enfants, c'est vraiment des voix avant la mue, or, les filles ont aussi une mue. A partir de 12, 13 ans, la couleur de leur voix, le timbre change. Et puis, un choeur de jeunes, ce n'est plus des enfants... Je vise plus la qualité que la quantité. L'objectif n'est pas d'avoir 50 choristes. Hier, au concert, il y en avait 24. Ce sont vraiment des individus. Aposiopée, c'est un mélange de voix d'enfants qui ont des aigus extrêmement faciles, légers et purs et de voix de jeunes filles (qui ont des aigus aussi, puisque ce sont des voix travaillées) qui ont déjà des médiums et des graves timbrés. Cela donne un spectre harmonique qui me plaît... »

L'autre particularité d'Aposiopée : c'est un des rares choeurs d'enfants et de jeunes filles qui a un répertoire aussi large de musique tchèque. Cette fois-ci, l'ensemble a présenté au public tchèque notamment la cantate de chambre « L'Eveil des sources » de Bohuslav Martinu, inspirée d'un poème éponyme de Miloslav Bures. Natacha Bartosek :

N.B.: « A Vlckov, qui est un tout petit village situé à 8km de Litomysl, chaque année, à la fin du mois de mai, la tradition veut que les enfants partent dans les montagnes nettoyer les sources pour redonner à la nature de la vigueur et aux hommes de la force. Le dernier week-end du mois de mai, à Vlckov, on maintient cette tradition, avec une vraie fête, avec une procession... A cette occasion, un choeur est invité, chaque année, à chanter L'Eveil des sources. Cette fois-ci, la cantate a été donc interprétée pour la première fois par un choeur étranger, en l'occurrence français. Cela était un grand événement pour les enfants... Moi, je voulais les emmener, après le gros travail qu'ils ont fourni, aux sources de la création... de la création de Miloslav Bures, qui est un poète des Collines tchéco-moraves, et évidemment de Bohuslav Martinu. Je voulais qu'ils s'imprègnent de ce qu'ils ont vu et ressenti, aussi de la part des gens qui nous ont accueilli très chaleureusement. Peut-être qu'il aurait fallu commencer par ça et après le chanter... Je pense qu'ils ont compris, pas avec leur intellect, mais avec leur coeur et leur âme, qu'est-ce qu'était ce pays, ce pays rude... Ils ont découvert les Collines tchéco-moraves une région pas vraiment prisée par le tourisme et compris pourquoi Martinu y était tellement attaché, pourquoi il a tellement souffert en exil, en France, et pourquoi Bures a écrit ce magnifique poème. »

Pour les enfants et les filles, il n'est pas difficile de chanter en tchèque, en différents dialectes ?

N.B.: « Les enfants sont beaucoup moins compliqués que les adultes. Ils imitent très facilement, avant de réfléchir comment ça s'articule. Je soutiens que la phonétique tchèque n'est pas si difficile que ça. Une fois que l'on a appris à prononcer certaines consonnes, c'est une langue vocale, plus que le français et plus facile à prononcer que l'anglais... Je ne sais plus quelle chanteuse a dit, lorsqu'elle chantait Rusalka à l'Opéra de Bastille : 'Le tchèque, c'est comme le vélo. On se casse la figure, mais une fois qu'on sait en faire, c'est pour toute la vie.' »

C'était Natacha Bartosek, musicienne et directrice de l'ensemble de jeunes voix Aposiopée. Vous la retrouverez très prochainement, dans Culture sans frontières. Fille de l'historien et dissident tchèque Karel Bartosek (lui-même natif des Collines tchéco-moraves), elle vous parlera de son enfance et adolescence à Prague, de la « violence d'immigration » en France et de la musique qui l'a sauvée... Aujourd'hui, vous avez entendu un enregistrement d'Aposiopée vieux de deux ans, depuis, évidemment, la qualité vocale de l'ensemble a beaucoup évolué.