Vitezslav Nezval

Vitezslav Nezval, poète et écrivain d'avant-garde, un des fondateurs principaux du groupe surréaliste de Prague, est l'auteur d'une oeuvre étendue, à multiples facettes. Il a inspiré plusieurs générations et fait toujours partie des auteurs assez recherchés.

Le poète moderne tchèque de renommée mondial, est né le 26 mai 1900, à Biskoupky, petit village en Moravie de l'ouest. Coin du pays pour lequel il ressentira un faible toute sa vie. Il y reviendra passer les vacances, jusqu'au décès de sa mère, en 1951. La mère de V. Nezval venait d'une famille paysanne; son père, homme très cultivé, était instituteur d'origine ouvrière. Les parents ont suscité chez leur fils un vif intérêt pour la littérature, la musique et la chanson populaire. A l'âge de onze ans, V. Nezval passe l'examen d'entrée au lycée de Trebic, ville située à une soixantaine de kilomètres de Brno. A Trebic, le futur poète tente ses premières improvisations dramatiques. Le studio d'étudiant lui sert de lieu d'improvisation, où il fait jouer ses camarades de classe, dans les contes de fées qu'il invente, et leur fait dire des monologues. A l'âge de quinze ans, le jeune artiste commence à s'intéresser, intensément, à la littérature. Il se plonge dans les vers des poètes décadents tchèques, tels que Karel Hlavacek, Otakar Brezina, Jiri Mahen. Progressivement, il découvre les poètes et écrivains français. V. Nezval est particulièrement attiré par les romans d'H. Balzac, d'E. Zola, sidéré par Ch. Baudelaire, A. Rimbaud, G. Apollinaire. Au déclin des années vingt, il publie ses premiers poèmes pour le journal d'étudiants l'Aube (Svitani). Il passe le baccalauréat et s'inscrit à la Faculté de droit, à Brno. Le milieu académique ne convient pas au poète. Une sensation de solitude l'envahit. Le sommeil fait fausse route et V. Nezval passe ses nuits blanches à jouer du piano et à lire. Finalement, il décide de continuer ses études à la Faculté des lettres, à Prague. Le premier contact avec la capitale le déçoit. V. Nezval habite dans un quartier populaire, sale, sombre, mal fané. Il voyait Prague différemment. Ce n'est que le jour, où il voit la capitale illuminée la nuit, depuis le quai, qu'il s'éprend de la ville. Prague deviendra ainsi une inspiration éternelle pour le poète. V. Nezval publie son premier recueil intitulé le Pont (Most), âgé alors de vingt-deux ans. La même année, le poète débutant adhère à l'association Devetsil réunissant les artistes d'avant-garde. Devetsil veut dire pétasite, plante aux longues racines solides. Conjointement avec le théoricien Karel Teige, il en deviendra l'animateur principal. Douze ans plus tard, le Devetsil aboutira à la fondation du groupe surréaliste de Prague.

Impressionné par le mouvement politique et la lutte sociale de la classe ouvrière, V. Nezval adhère au parti communiste, en 1924, et en restera membre jusqu'à la fin de la vie. Plus tard, il deviendra, malheureusement, membre du Front national et de la présidence de l'Union des écrivains tchécoslovaques. La gauche des artistes tchèque avait des contacts serrés avec les revues et les magazines d'avant-garde à l'étranger, dans les années vingt. A cette époque, V. Nezval habite dans des logis médiocres et mal chauffés. Il manque d'argent et cherche du travail. Son premier emploi est, à la rédaction du Dictionnaire encyclopédique de Masaryk. A bout de force intellectuelles, le poète, submergé par la paperasse d'un travail administratif et peu motivant, démissionne. Il gagne sa vie par des travaux occasionnels. Son salaire n'est pas suffisant et parfois il ne se nourrit que de lait mais, en gage, il est libre!

En 1927, V. Nezval écrit son poème des plus remarquables, intitulé Edison. Reflet du mouvement perpétuel de la vie, englobant les remous du conscient et du subconscient, la crainte, l'espoir, le chavirement dans l'oubli. C'est plus ou moins à cette époque, que le poète français Philippe Soupault, vient à Prague. Le poète français se lie d'amitié avec Nezval et les membres de l'association Devetsil. P. Soupault crée le poème A Prague (Do Prahy) et en revanche V.Nezval écrit le Poème pour Philippe Soupault. Fin des années trente, V. Nezval est dramaturge du Théâtre libéré (Osvobozene divadlo), d'où lui proviennent que de mince revenus.

Après l'adaptation théâtrale des Trois mousquetaires d'A. Dumas, V. Nezval part pour Vienne, l'Italie et la France. Le voyage l'inspire à écrire le recueil L'adieu et le mouchoir (Sbohem a Satecek), dont citons les poèmes Rue de la Gaîté et Moulin de la Galette. La rencontre avec les surréalistes français A. Breton, P. Eluard et B. Péret, a lieu en début des années trente, au café de la Place Blanche. V. Nezval est attiré par le surréalisme, l'estimant être meilleur que l'individualisme. En 1934, il participe, pleinement, à la fondation du groupe surréaliste de Prague et écrit un texte, intitulé le Surréalisme en Tchécoslovaquie. Les poèmes de l'époque, de V. Nezval, reflètent l'automatisme psychique.

V. Nezval part pour Moscou, où il passe plus d'un mois, et estime trouver la libération de l'être humain. En 1935, R. Rolland, A. Gide, H. Barbusse et A. Malraux, l'invitent à participer au Congrès International de la sauvegarde de la culture, convoqué en juin de la même année, à Paris. Un an plus tard, V. Nezval rassemble les impressions vécues, lors de son voyage de 1933, en France, incluant le suicide de René Crevel, dans le recueil intitulé La rue Gît-le-Coeur. V. Nezval refuse la proposition de quiter le pays, en 1939 et, un an avant la fin de la guerre, est arrêté par les fascistes. Après la libération de la Tchécoslovaquie, il est nommé chef du Département cinématographique, au Ministère des informations. En 1953, il est victime d'une crise cardiaque. Un an plus tard, il revient en France pour participer au Festival de Cannes. La santé du poète se détériore,. Pourtant, il entreprend un voyage en Italie, en 1958, et s'éteint, une semaine après le retour.

V. Nezval sympathisait, certes, avec le régime communiste, mais était tout de même un poète de grand talent. Ses oeuvres ont été traduites en allemand, en danois, en russe, en français, en roumain. Le poète a, lui même, traduit du français au tchèque A. Rimbaud, Ch. Baudelaire, S. Mallarmé, A. Breton, E. A Poe et bien d'autres encore. Il restera donc, tout de même, un des poètes remarquables de son époque.