Les Tchèques célèbres et moins célèbres Miroslav Tyrs
Le nom de Miroslav Tyrs va de paire avec la fondation de la Société de gymnastique du Sokol, dont il est avec Jindrich Fügner le cofondateur. Le Sokol est considéré comme l'une des associations les plus anciennes du genre en Europe. Cette société de gymnastique a connu un développement spectaculaire car ses membres étaient dans toutes les villes et presque tous les villages, dont chacun possédait sa maison du Sokol. Les Sokols étaient de grands patriotes à tendance démocratique très prononcée. L'objectif de M. Tyrs était le développement parfait de l'individu au sens moral et physique ainsi que la conception d'une société qui réformerait sur le plan national l'éducation physique du peuple, relèverait ses facultés de travail et sa santé morale. On peut dire qu'il a bien réussi à mettre son idée en application.
Miroslav Tyrs
Miroslav Tyrs, fils d'un médecin de Bohême du Nord est né en 1832, en
pleine période du romantisme. A l'origine il s'appelait Friedrich Emmanuel
Tirsch et n'adopta la variante tchèque de son nom que lors de la fondation
du Sokol. La perte de ses parents et de sa soeur cadette à un âge précoce
lui laisse une pointe d'amertume dans le coeur. Toute sa vie il était
timide et paradoxalement n'aimait pas se manifester en public. Dès
l'enfance il s'intéresse au corps humain tant sur le plan physique que sur
le plan spirituel. C'est un jeune homme frêle, mais prêt à tout faire pour
renforcer ses muscles et sa santé fragile. Pendant ses études à Prague il
participe au cours de gymnastique à l'Institut de Rudolphe von Steffany.
Plus tard il enseigne à l'Institut de Ferdinand Schmidt, une institution
tchéco-allemande. Il est à préciser qu'à l'époque il n'existait que des
gymnases allemands. Les premiers gymnases tchèques ouvrent après la
révolution de 1848. M. Tyrs s'activant sur les barricades praguoises se
rend bien compte de la vigueur physique des allemands bien plus
performante que celle des Tchèques. Là déjà, à l'âge de seize ans, l'idée
de créer une organisation nationale d'éducation physique germe dans sa
tête.
Le jeune Miroslav est fasciné par les statues des athlètes de la Grèce
antique. Il admire leurs corps musclés et parfaits. Il aimerait tellement
leur ressembler. Pourtant c'est un beau jeune homme, mais effectivement
avec un corps très mince, presque maigre. Il devient le cerveau et
l'initiateur majeur du mouvement Sokol, qui veut dire faucon. Mais Tyrs ne
s'inspire pas de l'Allemagne, pays d'origine de la création d'une
organisation de l'éducation physique des citoyens. Le système allemand ne
l'inspire pas trop, car il est basé sur une autodéfense populaire
enchaînant sur les tournois médiévaux, donc le combat. M. Tyrs prend en
exemple la Grèce antique dont il admire la philosophie déterminant
l'harmonie de la beauté corporelle et spirituelle - la kalokagathia. Il
écrit même une étude sur les jeux olympiques grecs.
Le drapeau de Sokol par Josef Manes, 1862
Le 16 février 1862,
l'Union de gymnastique de Prague, plus tard le Sokol, est fondée. C'est la
première organisation tchécoslovaque d'éducation physique. Bientôt d'autres
unions se forment au sein du pays mais également à l'étranger,
particulièrement aux Etats-Unis. Les premiers cours d'exercices de
gymnastique ont lieu le premier juin de l'année de la fondation de
l'organisation. M. Tyrs devient la force motrice du Sokol. Il organise non
seulement le déroulement des exercices, mais également des excursions dans
la nature et différentes activités qui rendent le Sokol populaire aussi à
l'étranger. Tous les six ans les Sokol organisent des Fêtes fédérales. Il
s'agit d'un rassemblement de tous les membres du Sokol du pays. Tyrs
n'assistera qu'à la première fête, une mort tragique venant couper net ses
projets. Il se charge lui-même de mettre sur pied la présentation de masse,
étudiant chaque geste, chaque mouvement, incitant les moniteurs à faire le
tour des villes pour bien préparer les participants à la présentation.
Dans le cadre de ces fêtes la capitale accueillait de nombreuses
délégations de l'étranger.
La Maison de Tyrs
Le centre du mouvement Sokol devint la Maison de Tyrs, située encore de
nos jours dans le quartier de Mala Strana. Cet endroit ouvert en 1925
abritait non seulement un gymnase, mais fut également un centre culturel
et de formation. Miroslav Tyrs inventa la salutation des Sokols - salut
(Nazdar) et la devise - raffermissez les muscles (Tuzme se). Le drapeau de
l'organisation a été peint par Josef Manes qui a également dessiné le
costume des Sokols, offerts par les grandes dames tchèques. Bien des
peintres renommés participaient à l'organisation et la publicité du Sokol
tels que Max Svabinski, Alfons Mucha, Mikolas Ales et Josef Suk pour la
musique.
Miroslav Tyrs souffrait de graves dépressions causées par une maladie
nerveuse. Il trouva la mort dans le courant dangereux de la rivière Aache
dans le Tyrol qu'il a décidé de descendre. Il n'avait que cinquante deux
ans et jusqu'à présent il n'est pas clair s'il s'agissait d'un suicide ou
d'un accident.
1938
Successivement le mouvement vécu un tel essor qu'il fut nécessaire de
construire un grand stade, celui de Strahov. La première performance Sokol
à Strahov a eu lieu en 1926. Au cours de la Seconde Guerre mondiale les
activités du Sokol ont été interdites par le régime fasciste. Des milliers
de Sokol ont été exécutés par les nazis. Après la guerre la société n'a
fonctionné que pour une brève période de trois ans. Le coup d'Etat
communiste de février 1948 a anéanti le mouvement Sokol pour une période
de quarante ans. Les performances de gymnastique de masse ont été
remplacées par les Spartakiades socialistes. Le résultat en fut plutôt
médiocre.
Actuellement les Sokols, développent toujours leurs activités, y compris
les Fêtes fédérales dont la dernière a eu lieu en 2000. Une soixantaine de
sports est enregistrée sous leur enseigne dont entre autre les arts
martiaux, les courses de trottinettes, grimper au mât, le rock
acrobatique...Et comme dans le temps les salles Sokol ont toujours de la
place réservée aux ensembles folkloriques ou pour les compagnies de
théâtre d'amateurs.
Miroslav Tyrs, qui fut l'un des initiateurs de la pose de la première pierre du Théâtre national, vit donc toujours à travers la tradition du Sokol.







