Martin Štěpánek – le Jacques Mayol tchèque (II)

Vendredi dernier, le plongeur en apnée Martin Štěpánek, a battu pour la cinquième fois le record du monde de plongée à poids constant avec palmes à 122 mètres de profondeur et le record d’apnée en immersion libre à 109 mètres à Charm-el-Cheik.

Martin Štěpánek s’est lancé dans la natation de compétition à l’initiative de sa mère qui était nageuse professionnelle. Comme Martin aime souvent à le dire, il a su nager avant de marcher et se sent comme un poisson dans l’eau. Il s’est retrouvé un jour à observer l’entraînement des plongeurs du club local. Il reste alors fasciné par le fait qu’ils restent sous l’eau et ne remontent presque pas à la surface. Rentré à la maison, il annonce à sa mère qu’il ne voulait plus faire de la natation et voulait devenir plongeur. Sa mère l’inscrit alors dans un club de plongée. Il avait huit ans. Martin Štěpánek évoque ses souvenirs. On l’écoute :

 « L’équipement du club était limité et comme j’étais le plus jeune, il arrivait souvent qu’il ne reste plus pour moi de bombes d’oxygènes parce que les autres les prenaient. Alors je plongeais sous l’eau, sans rien, tout simplement en retenant mon souffle. A quinze ans j’ai vu pour la première fois un film documentaire sur la plongée en apnée, à l’époque un sport encore peu connu. J’étais fasciné et j’ai eu envie d’essayer. Mais j’ai vraiment commencé à faire de la plongée en apnée en professionnel aux Etats-Unis. »

Vous avez commencé directement à en faire ou est-ce que c’était un hasard ?

 « Plutôt un hasard. Je n’y suis pas allé pour faire de la plongée et jamais je n’aurais imaginé que je puisse réussir et atteindre un aussi bon niveau. Je voulais en faire juste pour le plaisir. J’ai donc cherché un club de plongée en apnée. Finalement j’ai trouvé un club où les cours étaient donnés aux plongeurs locaux par le champion du monde de plongée en apnée de l’époque. Bientôt je me suis rendu compte que dans la piscine j’arrivais à retenir mon souffle plus longtemps que le champion. Il m’a dit : ‘Mon vieux tu devrais peut-être essayer de faire de la plongée en apnée en compétition parce que tu as une bonne base.’ Nous sommes restés en contact et il m’a un peu aidé dans mes débuts aux entraînements. »

Aux Etats-Unis vous avez effectué des travaux sous-marins. Est-ce que vous pourriez expliquer en quoi consistait ce travail?

 « Il s’agissait de travaux de construction sous l’eau : réparations des ponts, des tours de pétroles, pose de tuyauterie et inspection. Ce n’est pas aussi romantique que l’on peut imaginer parce que les eaux industrielles sont d’habitude troubles et très sales. On ne voit pratiquement rien et il faut se fier surtout au toucher. Néanmoins c’est un travail très bien payé. La plongée en apnée n’est pas un sport très populaire et pour arriver à vivre avec il faut trouver des sponsors ce qui est difficile. Il faut avoir un très bon niveau, gagner aux compétitions et pour cela il faut investir. Et justement l’argent que j’ai gagné grâce aux travaux sous-marins m’a beaucoup aidé dans mes débuts de plongeur en apnée professionnel car j’ai pu accumuler le capital nécessaire. »

Martin Štěpánek, photo: Štěpánka BudkováMartin Štěpánek, photo: Štěpánka Budková Martin Štěpánek s’est vite fait une place au soleil et il est rapidement arrivé au top. Il est devenu un champion de la plongée en apnée et a même fondé une prestigieuse école en Floride. L’école de Martin Štěpánek a une succursale en Bohême et cette année le plongeur ouvrira probablement une autre filiale au Mexique. Parmi les stagiaires de son école en Floride il y beaucoup d’acteurs et de sportifs célèbres dont le joueur de golf renommé Tiger Woods.

Est-ce ce que Tiger Woods était un bon élève ?

 « J’ai beaucoup aimé travailler avec lui. Comparé aux acteurs, on voit bien que c’est un sportif professionnel. C’est un vrai plaisir de travailler avec lui. Il est conscient des dispositions de son corps, il est en mesure d’accepter les ordres et la critique du moniteur. Il suffit de lui montrer un exercice une fois et il sait parfaitement ce qu’il doit faire. Au bout des quatre jours que nous avons passés ensemble, il arrivait à plonger dans une profondeur de 28 mètres et il a retenu son souffle pendant 4 minutes et demi, ce qui est un très bon résultat. Par contre son épouse est mannequin, pas très sportive et pourtant vers la fin du stage elle arrivait à plonger à une profondeur de 26 mètres et a également retenu son souffle pendant 4 minutes. »

Alors chacun de nous est un plongeur en apnée qui s’ignore ?

 « C’est une vérité que les gens refusent d’accepter. Les valeurs que je viens d’évoquer sont une moyenne que les clients qui suivent mes cours obtiennent facilement. Au début, le client moyen arrive à retenir la respiration pendant 45 ou 50 secondes et plonge à une profondeur de dix mètres, touche le fond et remonte. Quatre jours plus tard il plonge déjà à 27-35 mètres de profondeur et retient le souffle de 3 minutes et demie à 5 minutes. »

Lorsque Martin plonge juste pour le plaisir, sans appareils respiratoires, il apprécie la compagnie des animaux aquatiques tels que les dauphins et toute sorte de poissons qui le traitent d’égal à égal parce qu’il nage comme un poisson. Martin nous parle de ses expériences.

 « Un plongeur équipé d’appareils respiratoires fait des bulles qui effrayent les animaux aquatiques. Les dauphins m’invitent parfois à jouer. Pour moi c’est la meilleure récompense pour mon travail et mes entraînements difficiles. Mais il faut tout de même rester sur ses gardes car les dauphins ne sont pas aussi gentils que l’on croit. Ils sont des prédateurs capricieux et si le mâle est persuadé que l’on courtise sa femelle il peut devenir agressif. »

Mais vous ne plongez pas seulement avec les dauphins mais aussi avec les alligators. C’est comment de nager avec ces prédateurs ?

 « Je m’entraîne la plupart du temps en Floride dans les Everglades où il y a beaucoup d’alligators, donc je ne manque pas d’occasion de plonger en leur compagnie. Ce n’est pas le même contact qu’avec les dauphins car les alligators ne sont pas intelligents, ils sont simples. Mais la plupart des gens ne saisissent pas leur logique et pensent que ce sont des bêtes assoiffées de sang qui ne pensent qu’à les dévorer. Ce n’est pas vrai mais ils ne vont pas jouer avec vous. C’est plutôt une question d’observer l’animal dans son milieu et d’avoir un contact avec lui. »

Il me semble que la plongée en apnée est un sport extrême, mais je pense que l’adrénaline est peut-être traître ?

 « C’est juste. On dit que la plongée en apnée est le sport d’adrénaline ou extrême le plus ancien au monde. L’adrénaline est un ennemi car il accélère le pouls et ce n’est pas bon. Je dirais que l’on peut comparer ce sport au yoga ou aux arts martiaux. Il faut se concentrer sur ce que l’on fait et ne pas se forcer à tout prix en se disant ‘Bon, j’y vais’… »

C’était Martin Štěpánek, actuellement le meilleur plongeur en apnée du monde.