Jan Šibík (1ère partie)

Les photos de l’un des plus grands photoreporters tchèques Jan Šibík, né en 1963, témoignent du massacre en Sierra Leone, au Liberia, de la famine au Soudan, en Somalie et en Ethiopie, des conflits de guerre en Afghanistan, en Bosnie, en Tchétchénie, en Irak, au Haut-Karabakh, en Abkhazie ou en Afrique du Sud. Il a suivi avec son appareil photo les terribles conséquences du tsunami au Sri Lanka, de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, du tremblement de terre en Turquie. Ses photoreportages documentent le génocide du Rwanda, les camps de réfugiés au Soudan, en Tanzanie, en Angola, en Somalie et à Haïti, l’exode des Kurdes en Iran, la situation politique en Corée du Nord. En cette période de vacances, Radio Prague vous propose une interview en deux parties de Štěpánka Budková avec le photoreporter Jan Šibík.

Jan Šibík, photo: Štěpánka BudkováJan Šibík, photo: Štěpánka Budková C’est Jan Šibík lui-même qui nous raconte quand il a commencé à faire de la photo :

J’utilisais donc d’abord mon appareil pour prendre des photos de ce qui me tenait à cœur. Ce n’est que dix ans plus tard environ que j’ai commencé à photographier autre chose. Pour ce qui est des photoreportages, j’ai d’abord travaillé comme cameraman assistant à la télévision tchécoslovaque tout en prenant en photo les sujets qui m’intéressaient, juste pour mon propre plaisir : toutes les manifestations contre le régime totalitaire, la première datant du 21 août 1988, le sport, les supporters du club de foot du Sparta, les gens dans le métro…

 « En 1985 j’ai participé au concours du magazine « Mladý svět», le seul qui utilisait en plein bolchevisme des photoreportages « vivants », des photos pas coincées comme celles de l’Agence de presse tchèque (ČTK) du genre « rencontres blasées avec poignée de main cordiale », prises avec un flash. Beaucoup de gens ont participé à ce concours. J’ai apporté des photos de supporters du club de foot du Sparta et de gens du métro. Et on m’a pris. Mais par là je ne veux pas dire que j’étais le meilleur, certainement pas. »

En décembre 1988, Jan Šibík accepte la proposition de prendre le vol de l’avion de la Croix-Rouge portant de l’aide humanitaire en Arménie frappée par un tremblement de terre. C’est son premier voyage à l’étranger et son tout premier photoreportage sur un sujet pareil, un sujet qui le marque et l’impressionne à un tel point qu’il se spécialisera dans ce genre d’événements. C’est Jan Šibík qui passe à l’antenne, interviewé par Štěpánka Budková.

Quelles étaient vos impressions?

 «J’étais sous le choc car mes idées sur les catastrophes naturelles, les guerres, passaient à travers les films. Soudain, je voyais que tout était différent et je n’arrivais pas à m’imaginer à l’avance le nombre de blessés ou de morts. Je me rappelle des écoles mal construites. Le tremblement de terre a eu lieu autour de midi et il y avait des enfants à l’intérieur d’une école maternelle. RwandaRwandaElle s’est entièrement écroulée. Après le déblayage des enfants morts ont été découverts, et pour moi il était très traumatisant de voir tout cela en réalité. J’étais incapable de prendre des photos, et encore moins avec réflexion. J’étais dans une sorte de transe, c’était très dur pour moi.»

Vous avez vu beaucoup d’événements tristes et tragiques de ce genre. Comment voyez-vous les choses actuellement, après avoir vécu un grand nombre d’expériences similaires ? Vous êtes-vous habitué et comment vous y accommodez-vous ?

L’année passée je suis allé à Cannes. Même là-bas il est possible de faire des photos qui, bien évidemment, ne sont pas aussi dramatiques qu’au Rwanda ou à Sierra Leone, mais qui reflètent l’ambiance. Pour les gens que je prends en photo, une telle vie est bien éloignée, je dirais même que c’est un avantage de pouvoir la vivre. » Jan Šibík, photo: Kristýna MakováJan Šibík, photo: Kristýna Maková « Je ne me suis pas habitué, je crois que ce n’est pas possible. Cela m’a changé dans le sens qu’au début le plus important était de faire une photo impressionnante qui me vaille un éloge. Par la suite j’ai réalisé qu’il était beaucoup plus important de toucher par la photo les gens qui m’arrêtent dans la rue et me disent qu’ils ont vu ce que j’ai fait et que pour eux, c’est important. Souvent les événements dramatiques me touchent positivement. Et justement parce que je fais face à une confrontation continuelle, je me réjouis de petites choses, je suis heureux d’avoir une belle vie à Prague, de pouvoir faire des photos, par exemple, au festival de Karlovy Vary.

C’était le célèbre photoreporter tchèque Jan Šibík interviewé par Štěpánka Budková. La suite de l’interview sera diffusée dans la prochaine émission « Tchèques célèbres et moins célèbres » dans quinze jours.

Photos: Jan Šibík