Les Tchèques célèbres et moins célèbres Jakub Schikaneder

01-07-2004 | Jaroslava Gregorová

Un amateur de peinture étranger ne manquera certainement pas la visite de la Galerie nationale de Prague. Son regard se posera certainement sur l'image d'un cheval fatigué traînant une charrette. Dessus, un cercueil avec une couronne mortuaire en simples fleurs des champs, appuyée sur le côté. Une paysanne à la tête tristement baissée est assise à l'arrière. L'unique escorte de l'attelage funèbre est un paysan chaussé de sabots. Il avance à pas lourds. Sur une autre toile, un couple se promène au bord de la mer. La pluie vient de cesser. Le ciel, magnifique, se reflète dans l'écume des vagues. Plus loin, on découvre l'intérieur d'une chambre, une lampe allumée sur la table. Une femme penchée à la fenêtre. Peut-être guette-t-elle son amant? Tels sont les tableaux de Jakub Schikaneder, célèbre peintre tchèque du XIXe et du début du XXe siècle.

Télécharger: RealAudio

Son style est unique. Il ne fait partie d'aucune école particulière. Ses tableaux reflètent la réalité simple et parfois cruelle de l'existence. La misère, l'amour, les moments ordinaires et doux de la vie au quotidien.

Jakub Schikaneder est né le 27 février 1855, à Prague, dans la famille d'un douanier. Il est doué aussi bien pour la musique que pour la peinture et le théâtre. Jakub a probablement hérité son talent dramatique d'un parent de Vienne, Emanuel Schikaneder, grand acteur comique etauteur du libretto de la Flûte enchantée de W.A. Mozart. Les parents de Jakub Schikaneder encouragent le talent inné de leur fils. La passion pour la peinture est prédominante chez cet artiste. Dès sa plus tendre enfance, Jakub se consacre beaucoup au dessin.

Il n'a que quinze ans lorsqu'il commence à étudier à l'Académie des beaux-arts, à Prague. Grâce à son talent exceptionnel, il se fait aussitôt remarquer. A seize ans, Jakub dessine un excellent portrait de son ami Mikolas Ales, qui, plus tard, deviendra également un peintre célèbre. Il s'agit d'une remarquable étude au crayon.

Le style enseigné à l'Académie est plutôt classique. Cela ne convient évidemment pas trop à la nouvelle génération. Les jeunes peintres, dont Frantisek Zenisek, Mikolas Ales, Jakub Schikaneder, Maxmilian Pirner, ou Emanuel Krescenc Liska, suivent plutôt les tendances dégagées par les idées de la Commune de Paris. Jakub Schikaneder a beaucoup de classe. Son élégance, sa spontanéité et sa courtoisie font de l'effet sur son entourage. Pourtant, de nombreuses déceptions en feront un homme renfermé, gardant ses distances.

Pour la première fois en 1876, le jeune artiste expose au salon de Zofin, à Prague. Il s'agit de La dernière oeuvre (Poslední dilo), un tableau égaré au fil des ans. La toile représente un jeune peintre mourant, observant son oeuvre, la dernière. La critique est positive. Surtout Jan Neruda, poète et critique tchèque remarquable, s'exprime en des termes très favorables.

En 1878, le jeune artiste part à Paris. Il espère acquérir de nouvelles expériences dans la ville qui représente le rêve de tous les artistes. Paris le sidère. Le jeune peintre est fasciné par le va et vient dans les rues, les monuments, les oeuvres des grands peintres. Peu après son retour, il part pour Münich. Il continue ses études à l'Académie des beaux-arts, chez le professeur Gabriel Max. Jakub Schikaneder passe plusieurs années en Bavière. Mais, il vient souvent à Prague pour participer à la décoration de la loge royale au Théâtre national. Les tableaux représentent trois étapes importantes de l'histoire de la Bohême: l'époque des Premyslides, le règne des Luxembourgs et des Habsbourgs. Ces oeuvres remarquables sont détruites au cours de l'incendie du théâtre. Par contre, pendant la reconstruction du Théâtre national, on ne fera plus appel à Jakub Schikaneder, mais au peintre Vaclav Brozik.

Les études à Munich terminées, le fameux peintre voyage beaucoup. Il traverse pratiquement toute l'Europe. Il se déplace en Italie, en France, en Suisse, en Angleterre, en Ecosse, au Pays Bas...Les gens et les paysages le marquent beaucoup. En 1885, le peintre Frantiske Zenisek propose à Jakub Schikaneder de devenir son assistant à l'Ecole supérieure des arts décoratifs. Le jeune peintre accepte. Six ans plus tard il est nommé professeur de peinture décorative. En cette période, le peintre change de style. Ses tableaux sont mélancoliques, tristes, peints souvent dans un cadre automnal.

Meurtre dans la maisonMeurtre dans la maison En 1890, il peint le Meurtre dans la maison (Vrazda v dome), l'oeuvre la plus connue et très suggestive. Le tableau représente une jeune femme assassinée, allongée à plat ventre sur le sol de la cour d'une maison pragoise. Autour d'elle, un inévitable groupe de badauds. Pour sujets de ses oeuvres, Jakub Schikaneder choisit les petites ruelles sombres de Prague. On retrouve souvent la lanterne au coin de la rue, un attelage, ou des passants attardés. L'ambiance est celle de la pointe du jour ou de la nuit, souvent hivernale. Il est clair que sa création reflète l'état de son âme endolorie. Jakub Schikaneder se replie sur soi-même, ne reçoit aucune visite, ne voit presque pas ses amis. Sa vie privée reste un mystère. Il passe son temps à peindre et à jouer de l'harmonium, sa grande passion. Souvent, il se rend au bord de l'Adriatique ou à l'île Helgoland. D'ailleurs, il peint quelques excellents tableaux de la région.

La Mort le frappe à l'automne 1924, alors qu'il jouait de l'harmonium.

Partager

à découvrir

Articles correspondants

En savoir plus

Archives de la rubrique

En savoir plus

Diffusion actuelle en français