Les Tchèques célèbres et moins célèbres Blanka Matragi
Les créations de la grande couturière Blanka Matragi, ce sont surtout des tenues de soirées donnant l'impression de sortir du monde irréel des contes de fée. Un bruissement de soie, des tissus précieux chatoyant de couleurs et des décorations élégantes. Toutes les créations sont des modèles uniques faits main et les tissus sont peints par la créatrice. Elle-même, par sa beauté, fait penser à une créature de rêve. En 1976, elle a obtenu le 1er Prix du Concours national Créateur de mode et, il y a trois ans, le titre de Femme tchèque remarquable dans le monde décerné par le Sénat tchèque et le ministère des Affaires étrangères. Depuis 1980, Blanka Matragi vit avec son mari Makram à Beyrouth, où elle a ouvert son propre salon - Blanka Haute Couture, deux ans après son arrivée au Liban. Née à Svetla nad Sazavou en Moravie le 20 février 1953, Blanka est une enfant très vive avec beaucoup de tempérament et un talent créateur.
Blanka Matragi
« Toute petite, je dessinais des poupées dans du carton, je les découpais
et leur confectionnais des habits. J'avais cinq, six ans. » Ses parents
l'on beaucoup influencée : son père, verrier, que la petite Blanka
observait lorsqu'il dessinait des projets de taille de verre, et sa maman,
qui tricotait des pulls et taillait des robes pour ses trois filles. La
campagne de la Vysocina, sa région natale, milieu simple et innocent, l'a
également beaucoup marquée. On surnomme Blanka le chef car elle a tendance
à prendre toujours les choses en mains. D'ailleurs, à quatorze ans, elle
gère la construction de la maison de famille. Elle adore faire des
commentaires sur tout : les couleurs, les proportions, le carrelage, le
revêtement des murs. Pour elle, il est important d'avoir une vision de la
chose et de la réaliser. La future couturière n'est pas spécialement
concentrée sur un objectif précis de ce qu'elle veut faire. Ses idées sont
très variées, passant du métier d'actrice à celui de chanteuse. Néanmoins,
elle suit la trace de son père et fait un apprentissage de dessinatrice et
tailleuse de verre artisanale dans les Verreries Bohemia.
Blanka Matragi
Puis elle décide
de suivre des études secondaires à l'école de verrerie de Zelezny Brod
dans le nord de la Bohême. Finalement, elle opte pour l'Ecole supérieure
des arts décoratifs à Prague, section design d'habillement. Ses études
terminées, Blanka ouvre un atelier où elle commence à travailler. Elle est
belle, avec de beaux yeux expressifs et de longs cheveux roux qu'elle teint
en noir et qu'elle porte lisses, à la mode de l'époque. C'est la période où
elle fait la connaissance de son futur mari Makram Matragi, qui fait ses
études à l'Ecole supérieure technique. Il est spécialisé dans la
construction de réseaux routiers, en particulier de systèmes antidérapants
des routes contre les bancs de sable dans le désert. Blanka Matragi nous
dit elle-même où et comment elle a rencontré l'homme de sa vie :
« Je crois que c'était dans la rue ou au supermarché, parce que mon
atelier se trouvait dans le même quartier que celui où il habitait. Cela a
été un coup de foudre dans la rue. J'en suis sûre. Il me plaisait beaucoup.
Il faisait très exotique et en cette période sombre de communisme il était
comme un rayon de soleil. Je pensais que c'était un ambassadeur. Enfin, il
me plaisait beaucoup. » Après le mariage en décembre 1979, la belle Blanka
pense suivre son mari en Arabie Saoudite où il est nommé au poste de
directeur d'une entreprise de bâtiment. Mais à cause de son passeport
communiste les autorités ne la laisse pas entrer dans le pays. Le couple
opte pour la capitale du Liban, pays natal de Makram.
Blanka ne perd pas
de temps. Elle commence à dessiner des modèles pour une maison privée qui
ferme suite à l'aggravation de la situation politique du Liban en guerre.
Les ex-propriétaires seront les premières à se faire confectionner des
robes chez Blanka et l'encouragent à ouvrir un salon de haute couture.
Elles estiment que la jeune femme a tout pour réussir : non seulement le
don de faire des robes sur mesure, mais également le talent de saisir la
psychologie de la personne et comprendre ce qui lui ferait plaisir.
Blanka
aime l'alchimie, les mélanges, l'inhabituel, elle a des idées innovatrices.
Sa première cliente est la fille d'un ministre et c'est une magnifique robe
de mariée qui sort de l'atelier de Blanka Matragi. Elle se fait vite une
place au soleil et deux ans après son arrivée au Liban, elle ouvre
effectivement le salon Blanka Haute Couture sur l'artère principale de
Beyrouth. Actuellement, une trentaine de femmes de diverses nationalités
travaillent pour elle, une douzaine uniquement dans son atelier.
A l'occasion du 25e anniversaire de la fondation de son salon de haute
couture, une exposition rétrospective de sa création a été organisée à
Prague du 24 septembre au 15 octobre à la Maison Municipale, exposition
précédée d'un défilé exquis des modèles non seulement de la collection 2007 de la
styliste.
Le bruit court que vous caressez l'idée d'ouvrir un salon et une école à
Prague. Est-ce que c'est sérieux ?
« Après cette exposition monumentale, 82 000 visiteurs en trois semaines, ce qui est un nombre impressionnant, un vrai record, j'ai été agréablement surprise par l'intérêt que suscitait ma création. Je me suis décidée à laisser une partie des objets exposés à Prague. Actuellement, nous sommes à la recherche d'un espace adéquat pour une exposition permanente. Le maire de Prague, Pavel Bém, et les autorités de la ville de Prague m'aident beaucoup. »
Il ne s'agirait pas d'un musée, mais d'un centre où Madame Matragi
organiserait des ateliers de travail et inviterait des créateurs pas
seulement en provenance du milieu de la mode. Elle-même ne se limite pas
uniquement aux modèles de robes, mais dessine également sur la porcelaine
ou des tissus décoratifs.
L'idée de participer aux grands défilés de mode à Paris ne l'attire pas
vraiment. Elle aime bien les regarder mais sans plus. Modeste, B. Matragi
trouve le nombre de ses admirateurs suffisants.
Quel est votre couturier français préféré ?
« Il y en a plusieurs : Gianfranco Ferre, Valentino, mais ils ne sont pas
Français. Surtout dans le passé, c'était Ciaparelli et Madame Grès, mais
en général j'aime la haute couture et l'ambiance, parce que c'est un
travail créatif. La prêt-à-porter est limité. J'aime ce que je fais. »
Quel est votre voeu le plus sincère ?
« Je ne sais pas s'il peut encore se réaliser. Nous aimerions avoir un enfant. Mais peut-être que cela se passera par l'intermédiaire de l'école que j'ouvrirai en Bohême. »
Blanka Matragi aimerait transmettre ses expériences accumulées au fil d'un quart de siècle pour que son travail et ses créations aient une suite.





