Les Tchèques célèbres et moins célèbres Alois Jan Frantisek Senefelder
Auteur dramatique et acteur, Alois Jan Frantisek Senefelder, né en novembre 1771 à Prague, est surtout l'inventeur de la lithographie et de la chromolithographie. Pourtant, au début il ignorait tout sur l'imprimerie. C'est le manque de moyens financiers pour faire imprimer ses oeuvres dramatiques qui l'amena à inventer l'art de reproduire par impressions des dessins tracés avec une encre ou un crayon gras sur une pierre calcaire.
Cette technique fut par la suite également utilisée par Honoré Daumier ou
Toulouse-Lautrec. Au début du XIXe siècle, il inventa la
chromolithographie, technique consistant à étendre différentes couleurs
séparément sur des pierres et ensuite reproduire la couleur par impression
successive. Il y a eu encore d'autres Tchèques, à part A. J. F. Senefelder,
qui ont eu grand mérite au développement de l'imprimerie : Kaspar Hermann
est inventeur de l'offset, le professeur Jakub Husnik a inventé la
phototypie et le peintre Karel Vaclav Klic a découvert la photogravure et
dessina le projet d'une machine à photogravures en 1893 à Londres. Mais
nous allons nous concentrer sur la vie d'Alois Senefelder.
Son père, Jan Petr Senefelder, comédien allemand, a débarqué un jour dans
une auberge en plein centre de la ville de Prague, où il était coutume de
présenter des spectacles de comédiens ambulants et de saltimbanques. En
peu de temps, il est tombé amoureux de la belle Katerina, la fille de
l'aubergiste, qu'il a épousée. A l'époque le métier de comédien demandait
encore plus de déplacements que de nos jours. La famille se rend à
Mannheim pour se fixer définitivement à Münich où le père du petit Alois
trouve un engagement fixe au théâtre de la cour. C'est également dans
cette grande ville bavaroise que son fils fait ses études secondaires.
Après le baccalauréat Alois commence des études de droit à l'Université
d'Ingolstadt. C'est un très bon élève, mais quelque part au fond du coeur
il désire devenir écrivain. Il se met à écrire des pièces de théâtre et se
lance même dans la composition de musique d'accompagnement. Le destin joue
d'une certaine manière en sa faveur. Son père meurt subitement et sa mère
se retrouve seule avec les enfants, sans aucune ressource. C'est la misère ! Alois, l'aîné, se voit obligé de gagner le pain de toute la famille. Il
abandonne ses études et devient acteur. Il mène une vie très dure et vit
dans la misère car tout son argent est absorbé par sa famille. A.
Senefelder commence alors à écrire des pièces de théâtre adaptées au goût
de l'époque. Et ça marche ! Il est rapide, souple, l'inspiration lui vient
facilement.
Mais aucun éditeur ne veut les imprimer car Alois est un
débutant et son nom est encore inconnu. Recopier les oeuvres à la main
représente un travail laborieux et surtout lent. Le jeune homme s'organise
vite. Il se procure de l'argent pour acheter une petite presse et monte sa
propre imprimerie. Par contre, il n'a plus les moyens pour la composition
des lettres, alors il les taille lui-même dans du bois. Mais là encore
c'est un travail extrêmement lent. Soudain, l'idée lui vient d'utiliser le
calcaire stratifié, en provenance de Solenhofen, pour imprimer ses textes.
Ce calcaire jurassien, très schisteux, est facilement friable. Après un
léger ponçage il est tout à fait adapté à la fabrication de la pierre
lithographique, des sortes de plaques poreuses.
La technique lithographique est donc inventée, mais A. Senefelder manque
de moyens pour équiper son imprimerie par des machines adaptées à la
lithographie. Puis, une idée germe dans sa tête : proposer l'application
de sa nouvelle méthode pour faire imprimer des partitions de musique. Il
s'adresse au musicien de la cour Frantisek Gleissner, qui est tout à fait
enchanté par sa proposition, consent à lui avancer la somme nécessaire
pour équiper son imprimerie de façon adéquate. A. Senefelder travaille
jour et nuit, le succès ne se fait pas attendre. Il ne devient pas
richissime, mais vit bien. On le fait venir à Londres et à Vienne pour
qu'il mette sur pied des ateliers lithographiques. Son invention suscite
l'admiration du tsar de Russie et de l'empereur autrichien. Le roi de
Bavière lui octroie une rente fixe, ce qui permet à A. J. F. Senefelder de
s'installer. Il est âgé de trente-neuf ans lorsqu'il se marie pour la
première fois. Mais sa première épouse meurt aussitôt après le mariage. A
peine écoulée la période de deuil, il se remarie pour la seconde fois. Sa
deuxième épouse est une femme délicieuse qui le soutient sur tous les
plans. Grâce à elle, il publie par exemple dans les années 1820, un manuel
de lithographie. Il améliore son invention par une technique beaucoup plus
sophistiquée et en invente d'autres. Grâce à son énorme succès,
l'inventeur devient enfin vraiment très riche, mais il donne presque tout
son argent à des oeuvres de charité.
Alois Jan Frantisek Senefelder est décédé le 26 février 1834 suite à une hémorragie cérébrale. Une plaque commémorative se trouve sur la place de Solenhofen, en Allemagne, et une autre sur sa maison natale au centre de Prague, rue Rytirska.





