Les Tchèques célèbres et moins célèbres Adina Mandlova
Adina Mandlova
Adina Mandlova, la plus grande vedette de cinéma tchécoslovaque des années
trente, aurait pu être célèbre au-delà des frontières de son pays d'origine.
Pourtant, sa gloire n'a pas eu de suite. Traquée comme une bête, elle a été
obligée de quitter la Tchécoslovaquie. Pendant de longues décennies, elle fut
oubliée. Le destin tragique de la star a marqué l'histoire de la cinématographie
tchèque, comme celui de beaucoup d'autres artistes de la même époque.
Née dans une famille bourgeoise à Mlada Boleslav, ville en Bohême centrale, Adina développait depuis son enfance un talent dramatique et musical. Son père, inspecteur des chemins de fer et chef de trafic ferroviaire, avait trois fils, mais la petite Adina était son enfant chérie. Il aimait sa fille jusqu'à l'adoration et lui consacrait tout son temps. Depuis l'âge de quatre ans, il apprenait Adina à jouer du piano, lui-même grand amateur de musique et très bon pianiste. Le père d'Adina meurt, alors qu'elle n'a que sept ans. Terrible choc pour la petite fille. Son père lui manquera jusqu'à la fin de la vie.
Adina adorait lire. Elle parcourait les pages des livres obligatoires pour l'école, mais la nuit, elle lisait E. Zola, Colette, le Decameron de Boccacio en cachette sous la couverture, munie d'une lampe de poche. Le matin, elle était fatiguée n'ayant aucune envie d'aller à l'école. La mère d'Adina, jolie femme, commence à vivre avec un architecte, un veuf très gentil. Il était très riche et pouvait largement satisfaire les besoins de la mère d'Adina et de ses quatre enfants.
Après l'exclusion du lycée moderne, Adina Mandlova continua ses études à une école ménagère. A dix-sept ans, elle tombe amoureuse d'un homme de réputation douteuse. Elle l'aide à vendre des extincteurs en chantant des slogans de publicité. Le couple gagnait beaucoup d'argent, mais dépensait pratiquement tout dans les bars. Adina ne s'intéresse plus à rien. Elle est en décrépitude. Le compagnon de sa mère lui propose de l'envoyer dans une école à l'étranger. Ravie, Adina accepte et choisit la France car elle désire perfectionner son français. La jeune fille part à destination de Paris où elle habite dans un pensionnat de luxe, pour jeunes filles entre quatorze et vingt et un an. Pour le week-end, les jeunes pensionnaires partaient au château de Bouffemont, fililale de l'école où elles nageaient, jouaient au tennis, faisaient de l'équitation. A. Mandlova avait un succès énorme aux soirées organisées par la direction du pensionnat où la crème de Paris se faisait inviter. Dans la matinée, A. Mandlova allait à l'école, l'après-midi, elle suivait des cours de littérature française à la Sorbonne. Le soir, elle allait voir les revues et concerts avec M. Chevalier, S. Guitry, J. Baker. Elle se lia d'amitié avec une peintre mexicaine qui l'emmenait à la Coupole, café de rencontres d'artistes et aux soirées mondaines. Finalement, A. Mandlova se fit exclure du pensionnat pour mauvaise conduite et rentre chez elle. Elle considérera les années passées au pensionnat de Paris comme les plus belles années de sa vie.
Adina Mandlova
A Mlada Boleslav elle s'ennuie ferme, trouvant la ville minuscule par rapport à
Paris. Elle se décide d'envoyer ses photos au casting de cinéma à Prague. On lui
propose un tout petit rôle. Adina est enchantée et part immédiatement pour la
capitale. A Prague, elle fait la connaissance du célèbre acteur de cinéma, Hugo
Haas, qui lui propose le rôle principal dans son prochain film. H. Haas
introduit Adina dans les milieux artistiques et intellectuels. La jeune actrice
fait la connaisssance de V. Nezval, K. Capek, J. Orten, J. Voskovec et J.
Werich... Elle devient la maîtresse de H. Haas et déménage chez l'acteur. H. Haas
était un grand acteur de talent, mais loin d'être un partenaire idéal. Il buvait
beaucoup, sniffait de temps en temps la cocaïne et parfois partait pour revenir
dans trois jours sans aucun avertissement préalable. Les cachets d'actrice ne
suffisent pas pour couvrir tous les frais. Adina gagne de l'argent en plus comme
mannequin et en enseignant le français et l'allemand. Elle commence à avoir
assez de la vie avec H. Haas. L'amour est mort et, finalement, Adina le quitte.
La gloire d'A. Mandlova ne se fait pas attendre. Les rôles se suivent, mais
c'est le film Pas d'outrage aux bonnes moeurs (1937) du réalisateur Mac Fric,
qui fait d'elle une vraie star. Au cours de sa carrière, A. Mandlova a tenu le
rôle principal dans plus de quarante films. Entre autre, elle s'est fait
remarquer dans le film historique La corporation des jeunes filles de Kutna Hora
(1938), Christian (1939), dans lequel elle joue avec le célèbre acteur Oldrich
Novy, Une fille ou un garçon (1939), film ou elle joue un double rôle d'une
fille qui se travestit en garçon. Pour le film, elle doit apprendre à faire des
claquettes. Elle s'entraîne sous la direction de Joe Jarsky, le meilleur danseur
à claquette de l'époque.
Adina Mandlova et Oldrich Novy
La seconde guerre mondiale éclate. A. Mandlova tourne un film à Berlin avec
l'acteur Heinz Rühmann. Des rumeurs courent que l'actrice est la maîtresse du
protecteur du Reich K. H. Frank. Cela paraît peu probable car A. Mandlova n'a
rencontré K. H. Frank qu'une seule fois et cela à l'occasion d'une soirée
mondaine. De plus K.H. Frank ne désire pas qu'A. Mandlova joue dans les films en
Allemagne et dans le protectorat Bohême-Moravie. Sur l'intervention du docteur
Goebbels elle joue, mais le nombre de rôle est restreint.
En 1943 A. Mandlova épouse le peintre Zdenek Tuma. Peintre de talent, mais dont les tableaux sont morbides et se vendent mal. Il est très jaloux et assume mal la gloire de sa femme. Le mariage ne marche pas. Z. Tuma se suicide en laissant sur le lit la note Bon voyage et la photo d'Adina avec un bout de verre brisé, prise de vue de l'un des derniers films de l'actrice, intitulé Bon voyage. Adina prend du temps à se remettre du choc. Elle tombe amoureuse d'un acteur marié, mais rompt définitivement après avoir perdu l'enfant qu'elle attendait de lui.
La guerre se termine et A. Mandlova est arrêtée et jugée pour collaboration en détention. Finalement elle est relâchée, mais ses amis haut placés l'ignorent par crainte et lâcheté. Ils ne lui restent que quelques admirateurs qui l'aident à survivre. Elle est exclue à vie de l'Union dramatique et cinématographique. Elle est obligée à travailler dans une usine. Déprimée, Adina commence à boire. Elle fait la connaissance d'un émigré tchèque de la RAF qu'elle épouse et part pour l'Angleterre. A Londres, elle n'arrive pas à décrocher aucun rôle. Elle divorce et vit avec l'acteur britannique, Bruce Lester. Les seuls rôles qu'A. Mandlova a décroché en Angleterre était dans les films Summer Day's Dream et The Master Builder, réalisé par George Moore. L'actrice épouse un riche anglais, mais le mariage est malheureux. Atteinte de tuberculose, A. Mandlova se voit obligée de partir pour le sanatorium de Montana en Suisse. Au retour en Angleterre, elle divorce. Peu de temps après son divorce, elle épouse le styliste Ben Pearson qu'elle a connu par l'intermédiaire de son ex-mari. Ben est homosexuel, mais le mariage est heureux et bien le dernier de l'actrice. Le cinéma manque à Mandlova. Après un nouveau refus du rôle promis, elle tente de se suicider. Ben est très fâché mais l'aide à assumer. Il essaie de la faire travailler dans une de ses boutiques, mais les clientes ennuient l'actrice qui n'a aucune notion du commerce. Finalement, le couple vend tout et achète une villa sur l'île de Maltes où il déménage.
Après la Révolution de velours, A. Mandlova revient plusieurs fois à Prague, mais n'a plus vraiment d'attache au pays. Adina Mandlova est décédée à l'âge de 85 ans. En conclusion, je citerai ses propres paroles du livre qu'elle a publié en 1977 : « Je regarde mon passé sans amertume, sans aucun regret. Je ne ressens aucune haine vis à vis de ceux qui ont voulu rendre ma vie difficile. Je n'envie à personne l'argent, la condition sociale, les qualités physiques et intellectuelles, la gloire. Ce que j'ai considéré, jadis, comme essentiel, est actuellement sans aucun intérêt pour moi, éloigné, étranger. Je me moque du passé ».






