Faits et événements La Bible du diable emportée en Suède reviendra, pour quatre mois, à Prague

19-04-2007 14:26 | Jaroslava Gissübelová

Pour la première fois depuis 1648, quand elle a été prise par les troupes suédoises comme butin de guerre, la Bible dite du diable, créé en Bohême au XIIIe siècle, reviendra à Prague, le temps d'une exposition à la Bibliothèque nationale.

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La Bible du diable, photo: CTKLa Bible du diable, photo: CTK Un poids de 75 kg, une taille de presque 1 mètre sur 50 centimètres, 624 pages, la couverture de bois - voilà la Bible du diable qui, en dépit de son nom, n'est pas un ouvrage occulte. De son nom latin Codex gigas, la bible a vu le jour au début du 13e siècle, au couvent des bénédictins à Podlazice, en Bohême centrale. Selon la légende, elle a été faite à la main par un seul moine, en une seule nuit. Condamné à être emmuré vif pour un péché, le moine a proposé de créer l'ouvrage pour l'expier. Il a promis de terminer le travail en une seule nuit, mais lorsqu'il a vu qu'il ne le réussirait pas, il a sollicité l'aide du diable. Par reconnaissance, il a glissé un portrait du diable dans le manuscrit, d'où son surnom. Créé sur parchemin et richement enluminée, la bible du diable est le plus grand manuscrit du monde. Zdenek Uhlir, historien et spécialiste en matière de manuscrits médiévaux de la Bibliothèque nationale de Prague :

Zdenek UhlirZdenek Uhlir « Le Codex gigas inclut notamment la Bible, l'Ancien et le Nouveau Testament, ensuite la transcription de la chronique de Cosmas rédigée au XIIe siècle, le Necrologium du monastère de Podlazice, le manuel de confession, on peut dire que c'est toute une bibliothèque et non pas un seul livre. »

La Bible du diableLa Bible du diable La bible, qui ne quitte presque jamais la Bibliothèque royale de Stockholm, sera exposée à partir de septembre prochain au Clementinum, ancien collège des jésuites et actuel siège de la Bibliothèque nationale de Prague, qui a négocié son prêt, depuis 2004 déjà. Vlastimil Jezek, le directeur de la Bibliothèque :

La Bible du diableLa Bible du diable « Si on réalise que le Codex gigas n'a quitté le territoire de la Suède qu'à deux reprises, une fois pour New York, ensuite pour Berlin, il me semblait que la Bohême avait une prétention morale à ce que cet ouvrage lui soit prêté pour pouvoir être présenté au grand public. »

La bible avait été emportée à la fin de la Guerre de trente ans par les troupes suédoises, avec d'autres objets précieux provenant des fameuses collections de l'empereur Rodolphe II. La possibilité de restitution de ces objets liés à l'histoire de la Bohême a été évoquée, sans succès, dans les années 1990, par le président Vaclav Havel. Le prêt de la bible a été évoqué aussi par deux premiers ministres. Ce mardi, Mirek Topolanek a pu admirer la bible lors de sa visite à Stockholm. Le public aura cette possibilité pendant quatre mois, jusqu'à la fin de l'année.

Les drogues à Prague : quelle évolution ?

19-04-2007 14:26 | Magdalena Hrozínková

Depuis 2004, la municipalité de Prague organise des forums sur la drogue. Ils réunissent des spécialistes en toxicomanie, des travailleurs sociaux, des pédagogues ainsi que des représentants politiques, des journalistes et des sponsors. Ces rencontres dressent à chaque fois un état des lieux de la toxicomanie dans la capitale tchèque. Les nouvelles tendances dans le traitement et dans la lutte contre la toxicomanie ont également été au menu du dernier Forum pragois qui s'est tenu les 18 et 19 avril.

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5 000 personnes - tel serait, d'après les dernières évaluations, le nombre de toxicomanes à Prague. Un nombre très approximatif, selon les professionnels, car il ne reflète ni la nature de cette dépendance, ni le nombre d'usagers de drogues qui n'ont été repérés par aucun service spécial.

« Si ce compte est juste - et le rapport annuel que nous préparons nous le dira - ce serait une évaluation plutôt positive. Cela signifierait que le nombre de personnes classées comme dépendantes a baissé, » dit la coordinatrice du plan d'action anti-drogue de la ville de Prague, Nina Janyskova.

Prague possède un vaste réseau de structures de prévention et de services de soins pour toxicomanes, adaptés à tout niveau de dépendance. Mais, comme le souligne la coordinatrice, « ces services ne peuvent être efficaces qu'à condition que l'on connaisse parfaitement le milieu de la drogue, que l'on soit en contact avec les toxicomanes ». Ainsi, environ un million et demi de seringues stériles ont été distribuées, l'année dernière, aux consommateurs de drogues dans la capitale. La drogue la plus consommée à Prague serait le Subutex, un produit de substitution, devant l'héroïne et la pervitine. Les usagers de drogues se recrutent de plus en plus fréquemment parmi les immigrés de l'ex-URSS, qui seront d'ailleurs au coeur d'une campagne de prévention spéciale, préparée par les autorités. Quelles sont les autres spécificités de la toxicomanie à Prague ? Nina Janyskova :

« Le nombre de toxicomanes atteints par le VIH est ici assez bas, comparé aux autres grandes villes européennes. Ce qui est très négatif, de mon point de vue, c'est la consommation massive de l'alcool en Tchéquie - une drogue légale mais que je considère comme extrêmement dangereuse. De même, l'usage du cannabis est chez nous très répandu, notamment chez les adolescents de 16 ans. »

A Prague, un nouveau centre de soins pour toxicomanes sera ouvert à Smichov, quartier devenu un « espace festif » et où les services d'assistance faisaient défaut, jusqu'à présent.

Un grand du football tchécoslovaque nous a quitté

19-04-2007 14:26 | Alain Slivinský

Andrej Kvasnak, une star du football tchécoslovaque des années soixante, n'est plus. Il vient de succomber à une grave maladie, à l'âge de soixante-dix ans, à Prague. Andrej Kvasnak était un Slovaque qui, de sa ville natale de Kosice, était arrivé dans le plus prestigieux club du football tchécoslovaque des années soixante, le Sparta Prague.

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Andrej Kvasnak, photo: CTKAndrej Kvasnak, photo: CTK C'était vraiment une star du ballon rond qu'il maîtrisait parfaitement. En plus, c'était un joueur pour qui, comme il le disait d'ailleurs, « le football est, en premier lieu, une distraction destinée aux spectateurs ». Il adorait l'exhibition, à tel point que si un match traînait en longueur, qu'aucune équipe ne marquait, il était vraiment prêt à jouer la comédie pour relancer l'intérêt des tribunes... Ainsi donc, il tombait, restait allongé sur la pelouse, se faisait transporter sur une civière et... revenait quelques minutes plus tard avec une pansement sur la jambe ou le bras ! C'était un attaquant d'une très haute stature et beaucoup de ses adversaires se faisaient tromper par sa course un peu chaotique, mais rapide. En plus, c'était un très bon technicien, avec une très bonne frappe aussi. Mais Andrej Kvasnak était aussi un des rêves de chaque entraîneur : il avait un extraordinaire sens de la stratégie et c'était un meneur né. Dans la sélection nationale tchécoslovaque, c'était toujours lui qui allait discuter avec les arbitres, c'était lui qui calmait ses coéquipiers quand la partie ne se déroulait pas à l'avantage de l'équipe. Andrej Kvasnak, photo: CTKAndrej Kvasnak, photo: CTKIl a joué pendant dix saisons dans le Sparta Prague et remporté avec lui deux championnats de Tchécoslovaquie. Il était vraiment la « coluche » des tribunes dans les années soixante. Il était connu pour sa phrase avant le match : « Allons les gars, battez-vous bien pour que nous gagnons le pain de nos enfants ! » Il y a six ans, Andrej Kvasnak a été élu meilleur joueur du siècle du Sparta Prague. L'année dernière, pour son 70e anniversaire, il est entré dans le Hall de la gloire du Sparta. Il a joué 47 matchs dans la sélection nationale et marqué 13 buts. Le Championnat du monde de 1962, au Chili, fut sa plus grande gloire. Les commentaires de l'époque écrivaient : « La finale a opposé, le 17 juin à Santiago du Chili un éblouissant Brésil à une surprenante formation tchécoslovaque qui succombe, toutefois, avec les honneurs 1 à 3. » Le but tchécoslovaque a été marqué par Josef Masopust, sacré Ballon d'Or en la même année, qui se souvient ainsi de son ancien coéquipier :

Andrej Kvasnak, photo: CTKAndrej Kvasnak, photo: CTK « J'aime à me souvenir de cette époque, à Dukla Prague, c'était Borovicka, dans l'équipe nationale, c'était Andrej Kvasnak avec qui j'étais vraiment de paire. On pouvait jouer à l'aveuglette, on était des amis, lui membre du Sparta et moi du Dukla. On jouait avec le coeur, pour la joie de jouer et Andrej Kvasnak était toujours heureux d'ajouter quelque chose pour les spectateurs. »

Après la fin de sa carrière, Andrej Kvasnak s'était installé à Prague où il avait vécu la plus grande partie de sa vie. Il n'est plus, mais il fera partie des joueurs qui resteront gravés dans la mémoire des amateurs de football.

L'association Jan Hus et le soutien aux intellectuels tchécoslovaques dans les années 1980

19-04-2007 14:26 | Alexis Rosenzweig

L'association Jan Hus a été fondée en 1981 par un groupe d'enseignants français qui souhaitaient venir en aide à leurs collègues tchécoslovaques, pendant la période dite de « normalisation » du régime communiste. Nous avons rencontré deux anciens membres de cette association, Jacques Brunschwig, professeur de philosophie et son épouse Hélène, psychanalyste :

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Photo: Bohdan HolomicekPhoto: Bohdan Holomicek « - Nous avons pris connaissance des activités de l'association Jan Hus, qui s'est formée d'abord en Angleterre, à Oxford et Cambridge je crois. J'avais des amis là-bas qui avaient commencé à organiser des voyages d'universitaires en Tchécoslovaquie pour apporter des documents, organiser des conférences dans des appartements privés, éventuellement pour apporter des livres...

Jacques DerridaJacques Derrida C'était des gens qui étaient exclus de leur travail pour des raisons politiques, pour leurs idées, parce qu'ils étaient pour la liberté de penser. Quand nous y sommes allés, mon mari a donné des cours sur Aristote - qui n'a rien de révolutionnaire - et moi j'ai parlé un peu de psychanalyste anglais. C'était Jacques Derrida qui était le patron de l'Association Jan Hus à ce moment-là et surtout Jean-Pierre Vernant. »

C'était en quelle année ?

« Dans les années 1981-83, quelque chose comme ça. C'était des gens qui étaient chassés de leur université à cause de leurs idées et qui avaient signé la Charte 77. Certains étaient déjà morts pour l'avoir signée, nous étions notamment reçu chez le gendre de Jan Patocka, qui était mort peu longtemps auparavant. »

Quelles personnalités avez-vous rencontrées à ce moment-là, quels dissidents vous ont marqués ?

« - Je n'ai pas retenu leurs noms, mais leurs attitudes. Il y en avait un qui était particulièrement hospitalier et qui invitait tous les intellectuels de passage à prague. Il était très libre parce qu'il avait tout perdu. Il avait perdu son emploi, donc il travaillait dans une boutique de lingerie féminine et il organisait ses conférences presque ouvertement. Je me souviens que lorsqu'on entrait chez lui il disait : 'ici vous pouvez dire tout ce que vous voulez, parce qu'il y a des micros partout !'

- Et il y avait toujours un soldat, à l'entrée ou à la sortie. Quand nous y étions, il était à la sortie et nous a demandé nos passeports, etc. Mais il y avait des gens qui n'avaient pas encore perdu leur travail donc chez ceux-là on allait plus clandestinement, on avait appris par coeur leur adresse et on est descendu à la station de bus d'avant. Tout le monde pensait qu'ils avaient des micros chez eux, ils ne valaient mieux pas les compromettre... »

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