Culture sans frontières La crise de couple selon Eric-Emmanuel Schmitt et Jan Hrebejk, c'est au Théâtre Na Jezerce
"Voilà la vie conjugale, une association de tueurs qui s'en prennent aux autres avant de s'en prendre à eux, un long chemin vers la mort qui laisse des cadavres sur la route. Lorsque vous voyez une femme et un homme devant la mairie, demandez-vous lequel des deux sera l'assassin." ... Un regard trop sombre, peut-être, que le dramaturge et romancier français Eric-Emmanuel Schmitt, 45 ans, porte sur la vie de couple... Mais ceux qui connaissent son oeuvre remarquable, vive, piquante, mêlant le comique et le tragique et traduite dans vingt-cinq langues, savent bien qu'en passant une soirée en sa compagnie, on ne risque guère de déprimer... Mais être poussés à réfléchir, ça oui...
Natasa Burger et Jan Dusek (Photo : Marie Votavova)
Ceux qui sont curieux de savoir à quoi ressemble la vie à deux version
Schmitt, sont invités au théâtre Divadlo Na Jezerce, à Prague-Nusle, où
sont joués, à partir de cette semaine, ses "Petits crimes
conjugaux", en tchèque "Manzelske vrazdeni". Une pièce
créée en 2003, à Paris, par Charlotte Rampling et Bernard Giraudeau. A
Prague, "Petits crimes conjugaux" ont réuni trois personnalités
bien connues du public tchèque : tout d'abord le metteur en scène, mais
surtout réalisateur de cinéma, dont les films sont applaudis par le public
et la critique, Jan Hrebejk. Ensuite, deux comédiens qui font, chacun de
leur côté, du théâtre d'auteur, basé sur l'improvisation : Jaroslav Dusek,
acteur fétiche de Jan Hrebejk, et, une surprise peut-être pour les
spectateurs, l'actrice slovène Natasa Burger, qui a brillé dans son
dernier film Horem padem. "Petits crimes conjugaux" mettent en
scène un couple, usé par quinze ans de vie commune. Un homme, auteur de
romans policiers, frappé d'amnésie après un accident et sa femme, artiste.
Deux êtres qui s'aiment, mais qui traversent une crise et se racontent,
devant le public, dans une atmosphère quasi hitchcockienne... Jaroslav
Dusek explique :
Jan Dusek (Photo : Marie Votavova)
"Cette pièce se situe, en fait, à cheval entre un polar et une étude
psychologique. Elle a, bien sûr, aussi ses côtés comiques. Ce que j'aime,
c'est qu'elle laisse au spectateur le soin de deviner, petit à petit,
comment ce couple fonctionne, d'après quelles règles intérieures. Parce
qu'au début de l'histoire, le couple joue un jeu, devant le public, mais
au fur et à mesure, ce dernier se détrompe."
Et Jan Hrebejk d'ajouter :
Natasa Burger (Photo : Marie Votavova)
"L'histoire n'est pas tellement amusante, le public ne va pas rigoler
du début jusqu'à la fin. Les compagnons ont chacun leur propre vérité, mais
on ne les verra pas se concilier, trouver une solution, un compromis. C'est
justement leur polémique qui est au coeur de cette pièce. J'aimerais bien
que les couples sortent du spectacle, en se disant : tu vois, on n'est pas
les seuls, c'est partout pareil... Je crois qu'avec « Petits crimes
conjugaux », Schmitt est assez proche de la réalité. Il y a, bien sûr,
aussi des relations encore plus pointues, disons extrêmes. Mais la plupart
d'entre nous vit plutôt ces petits enfers intimes, compensés par de petits
plaisirs intimes."
Natasa Burger et Jan Dusek (Photo : Marie Votavova)
"Petits crimes conjugaux" sont, après "Le libertin" et
"Le visiteur", la troisième pièce d'Eric-Emmanuel Schmitt à avoir
percé sur les scènes tchèques. Si le théâtre français représente une
difficulté pour les artistes locaux, c'est, d'après Jan Hrebejk, dans la
grandiloquence ...
"Avec les acteurs, on fait attention à ce que le public ne se perde pas dans les mots... Il faut qu'il puisse en permanence comparer ce qui se passe sur scène avec son propre vécu. Parfois, l'attitude des personnages nous semblait assez sophistiquée, figée, ce qui, en France, est naturel et ne gêne pas. Nous, nous avons essayé de rendre les dialogues plus vifs, plus flous. Dans un couple, quand on se dispute, on ne prend pas la parole pour cinq minutes..."
Natasa Burger (Photo : Marie Votavova)
Natasa Burger est Slovène. Diplômée du Conservatoire Jaroslav Jezek, à
Prague, et de l'Ecole supérieure de théâtre, la DAMU, elle a fait, il y a
quelques années, une heureuse rencontre avec Jan Hrebejk. "Elle a une
toute autre énergie que les actrices tchèques", explique le
réalisateur quand on lui demande pourquoi il aime tant collaborer avec
Natasa. Ecoutons-là.
"J'étais venue à Prague pour un casting pour un film de télévision. On ne m'a pas choisie, mais Jan Hrebejk m'a vue et il m'a proposé un rôle dans son film 'Horem padem'. J'ai beaucoup aimé travailler avec Jan Hrebejk, Jan Malir, Jaroslav Dusek..."
Natasa Burger et Jan Dusek (Photo : Marie Votavova)
A partir du mois d'avril donc, les Pragois peuvent voir Natasa Burger, aux
côtés de Jaroslav Dusek, dans "Petits crimes conjugaux":
"J'aime cette pièce et j'aime le rôle de Lisa. C'est quelqu'un d'énergique, d'énigmatique aussi. Sa vie intérieure est intense. C'est un défi pour moi."
Pourriez-vous en dire plus sur vos activités, sur votre parcours artistique ?
Natasa Burger et Jan Dusek (Photo : Marie Votavova)
"Je travaille à Ljubljana. Je suis comédienne et pédagogue. Avec un
groupe de comédiens, on fait du théâtre expérimental, on travaille sur
l'imaginaire et l'improvisation. J'écris aussi des pièces de théâtre, je
fais de la mise en scène, je joue dans un monodrame... Ce qui m'intéresse
le plus, peut-être, c'est le jeu en tant que phénomène. J'aime travailler
avec des gens qui ne sont pas des comédiens professionnels, mais pour qui
le théâtre est une sorte d'art-thérapie, une aventure spirituelle, un
moyen de mieux se connaître."
L'adaptation tchèque de « Petits crimes conjugaux » d'Eric-Emmanuel Schmitt, c'est à partir du mois d'avril, dans le sympathique Théâtre Na Jezerce, fraîchement reconstruit et perdu dans un parc de Nusle. Il est géré par la Troupe théâtrale de Jan Hrusinsky. Plus de détails sur www.hrusinsky.cz