Faits et événements La Tchéquie n'oublie pas les légionnaires tchécoslovaques

14-12-2004 | Alain Slivinský

Des monuments aux morts, on en trouve un peu partout, dans le monde, en Europe, en France. Pourtant, le monument de l'amitié franco-tchécoslovaque, à Darney en Lorraine, est unique : il a été érigé à la mémoire des légionnaires tchécoslovaques qui ont grandement contribué à la naissance du premier Etat indépendant des Tchèques et des Slovaques, la Tchécoslovaquie, aujourd'hui disparue.

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Le monument de l'amitié franco-tchécoslovaque, à Darney en Lorraine (Photo : CTK)Le monument de l'amitié franco-tchécoslovaque, à Darney en Lorraine (Photo : CTK) Quand on arrive, en voiture, d'Allemagne, et si on est un peu attentif à ce qui se passe autour de nous, on remarque, sur le côté gauche de l'autoroute, en Lorraine, un drapeau qui n'est pas celui qu'on a l'habitude de voir en France : il a les mêmes couleurs, mais il est différent, car c'est celui de l'ancienne Tchécoslovaquie, aujourd'hui celui de la République tchèque. Il flotte au-dessus du Monument de l'amitié franco-tchécoslovaque, au beau milieu des grands champs de bataille de la Première Guerre mondiale. C'est une flèche en métal qui s'élance à 32 mètres de haut, à l'emplacement du camp des légionnaires tchécoslovaques, lors de la Grande Guerre, non loin de la commune de Darney. C'est ici que, le 30 juin 1918, le président français, Raymond Poincaré, a annoncé que la France reconnaissait le droit des Tchèques et des Slovaques à un Etat indépendant. Lors des anniversaires importants, des cérémonies y sont organisées. Pourtant, ce lundi 13 décembre 2004, une petite cérémonie qui sortait du commun a eu lieu à Darney. Nous avons contacté Monsieur le maire de Darney, Jacques Dumoulin :

«Monsieur le maire, qu'est-ce que cela vous fait de recevoir un petit cadeau de Noël ? - Bien, nous avions déjà été informés de l'intention. Cette intention, elle s'est concrétisée hier, lundi, Le Conseil municipal de Darney et le comité de jumelage, Darney-Slavkov, ont accueilli les représentants de l'Ambassade tchèque à Paris. La cérémonie a eu lieu à la mairie. Les fonds offerts par la Tchéquie seront exclusivement utilisés à l'entretien et la rénovation du monument de l'amitié franco-tchécoslovaque. Pour les visiteurs tchèques ou slovaques qui s'arrêtent au monument de Darney, c'est une partie de leur histoire qu'ils apprennent à connaître ».

La télévision NOVA rachetée par la société CME de Ronald Lauder

14-12-2004 | Václav Richter

L'acquisition de la télévision NOVA par la société CME de Ronald Lauder, fait resurgir toutes les questions concernant la chaîne de télévision privée la plus importante en République tchèque.

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En achetant 85 % de NOVA, la société Central european Medias Entreprises - CME et son plus grand actionnaire Ronald Lauder reprennent leur ancienne propriété. Dans les années 1990, Ronald Lauder était un partenaire très proche de Vladimir Zelezny, fondateur et directeur de l'empire Nova, et encaissait des recettes fabuleuses de cette télévision dont le taux d'audience atteignait quelque 70 %. Vladimir Zelezny, qui détenait la licence de diffusion, a décidé donc d'évincer la CME de cette entreprise prospère. Il a pu faire cette transaction douteuse à cause de la passivité sinon la complicité de certains milieux politiques tchèques. Ronald Lauder a riposté en accusant la République tchèque de ne pas avoir protégé ses investissements dans NOVA et l'affaire s'est terminée devant une cour internationale d'arbitrage. Le verdict de la cour a été désastreux pour la Tchéquie condamnée à payer à la CME plus de 10 milliards de couronnes, quelque 330 millions d'euros. Cette débâcle a coûté son poste de directeur à Vladimir Zelezny qui s'est lancé dans la politique, a fini par devenir député du Parlement européen et jouit maintenant de l'immunité parlementaire.

Vladimir ZeleznyVladimir Zelezny Aujourd'hui le cercle se referme et on assiste à une espèce de restitution de ses biens à la CME. L'acquisition de NOVA coûtera à la CME 15 milliards de couronnes, 642 millions de dollars. Pour acquérir la télévision la plus lucrative d'Europe centrale, elle n'aura donc à ajouter que 5 milliards à la somme gagnée dans le procès d'arbitrage. Le reste de la transaction, 10 milliards, a déjà été payé par les contribuables tchèques. Les représentants de la CME jubilent et les contribuables grincent des dents en se posant de nouveau les questions inévitables : Qui en est responsable ? Quelles sont les responsabilités de Vladimir Zelezny dans cette affaire ? Quel rôle a été joué par le Conseil audiovisuel nommé par le Parlement tchèque qui n'est pas intervenu contre les tentatives de Vladimir Zelezny de se débarrasser de son partenaire américain ? Quel a été et quel sera le rôle politique de NOVA ?

Deux exilés cubains en butte aux autorités de Cuba pour faire venir leurs enfants

14-12-2004 | Anna Kubišta

Ce lundi, deux exilés cubains ont protesté devant l'ambassade de leur pays à Prague : depuis qu'ils ont émigré, tous leurs efforts pour faire sortir leurs enfants sont restés vains. Ils ont décidé de ne plus se taire...

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Photo : CTKPhoto : CTK La République tchèque, de par son expérience du totalitarisme et sous l'impulsion de l'ancien dissident et président Vaclav Havel, a un rapport tout à fait particulier à Cuba et à son régime. Non seulement les organisations de défense des droits de l'homme mais aussi sa diplomatie entendent jouer un rôle de protestation contre les atteintes à la liberté sur l'île qui représente un des derniers vestiges de la guerre froide, avec à sa tête Fidel Castro comme fossile garant de cette pérennité.

Photo : CTKPhoto : CTK Rien d'étonnant à ce que Liuver Saborit et Mayda Arguelles se soient réfugiés, comme de nombreux autres exilés, en République tchèque, il y a de cela presque deux ans. Fuyant le régime répressif de Castro qui les menaçait d'emprisonnement du fait de leurs activités, ils vivent aujourd'hui à Brno. Leurs deux enfants, de neuf et deux ans et demi, eux, sont restés sur l'île : alors que le couple a accompli toutes les démarches et a obtenu passeports et visas, cela fait cinq mois qu'ils entendent la même ritournelle à l'ambassade de Cuba, lorsqu'il s'agit du permis de sortie de territoire : vous allez les voir bientôt, c'est juste une question de formalité, vos enfants obtiendront bientôt le permis... De permis, il n'y en a toujours pas, et à Cuba, les grands-parents qui s'occupent des enfants ne sont pas au mieux, côté santé, à force de courir les administrations. Le couple exilé a décidé de prendre la parole et de protester :

« Ma femme et moi, nous sommes prêts à entamer une grève de la faim si le régime de Castro ne laisse pas nos enfants nous rejoindre. Nous mettrons un terme à notre grève de la faim dès que nos enfants auront reçu un permis de sortie du territoire. Nous poursuivrons nos efforts tant que nous n'aurons pas obtenu gain de cause. »

Photo : CTKPhoto : CTK Le comportement des autorités cubaines a, en République tchèque, un air de déjà-vu : le cynisme du régime de Castro, qui n'a rien à envier à celui qui sévissait dans le bloc de l'Est, s'illustre en prenant des enfants en otage pour punir leurs parents... Traumatisme pour ceux-ci, et traumatisme pour des enfants qui grandissent avec la voix de leurs parents au téléphone et qui, lorsqu'ils sont tout petits, finissent par ne plus les connaître du tout, comme c'est le cas pour la petite fille du couple cubain. Ecoutons, pour finir, Liuver Saborit :

 « Je voudrais dire à tous les Cubains qui se trouvent dans la même situation que nous, à tous ceux dont les enfants et les familles sont retenus à Cuba, de protester, où qu'ils soient dans le monde. Qu'ils disent : Assez ! Ça suffit. Qu'ils protestent contre ce que le régime de Castro fait avec nos familles et nos enfants ! »

Frantisek Doskocil, agent de la CIA parmi les cadres du Parti communiste tchécoslovaque

14-12-2004 | Alexis Rosenzweig

Frantisek Doskocil était un apparatchik du parti communiste pendant les pires années de la « normalisation ». Aujourd'hui, il affirme avoir été un agent des services de renseignement américains durant plus de dix ans.

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Frantisek Doskocil (Photo : CTK)Frantisek Doskocil (Photo : CTK) L'histoire commence avec l'invasion des troupes du Pacte de Varsovie en 1968, lorsque Frantisek Doskocil, alors âgé de 21 ans, fuit sa Moravie natale. C'est en Autriche qu'il entre pour la première fois en contact avec la CIA, qui le convainc de retourner dans son pays pour lutter de l'intérieur. Après un bref entraînement, le jeune citoyen tchécolovaque promet de se tenir prêt au moment opportun. Il retraverse la frontière autrichienne, pour se rendre à Prague et entamer une carrière au sein du parti unique.

En 1976, il reçoit ses premières instructions des Américains. A partir de ce moment-là, Frantisek Doskocil leur envoie régulièrement des messages, au moyen de lettres codées, ou via une connexion satellite installée dans une voiture.

Frantisek Doskocil (Photo : CTK)Frantisek Doskocil (Photo : CTK) Doskocil reste assez évasif sur les divers travaux accomplis pour l'agence américaine de renseignements. Il confie cependant qu'au moment où Gorbatchev s'installe au Kremlin et promet de retirer les troupes de RDA, la CIA tient à savoir ce qu'il se passe réellement sur le terrain. Doskocil - dont l'épouse et le beau-père travaillent pour la police secrète (StB) - est alors chargé de vérifier si la Tchécoslovaquie réduit l'approvisonnement en nourriture des troupes basées en Allemagne de l'est. La StB, informée des agissements de Doskocil, hésite à l'enfermer ou à en faire un agent double. Avant qu'une décision soit prise, la révolution est déjà en cours et le régime vit ses dernières heures.

Lorsqu'il se rend aux réunions du Forum civique en 1989, Frantisek Doskocil représente aux yeux de beaucoup l'image de l'apparatchik zélé et on le prend violemment à partie :« Pendez-le, ce communiste, c'est tout ce qu'il mérite ». Il est enfermé dans la prison de Pankrac pendant huit mois avant d'être grâcié par Vaclav Havel.

Aujourd'hui, Frantisek Doskocil publie un livre sur son histoire, en collaboration avec l'historien Pavel Zacek. Pourquoi seulement maintenant ? « J'ai décidé de publier ce livre parce que la vieille garde de la StB et les communistes ont trop de pouvoir, et j'ai passé ma vie à les combattre », répond Doskocil, qui insiste sur le danger que représente le Parti communiste de Bohême et de Moravie pour le pays. L'ancien espion tient également à faire savoir qu'à ce jour il n'a jamais été payé par la CIA, avec qui il aurait pourtant signé un contrat lui promettant 650 dollars par mois, supposés être versés sur un compte en Suisse...

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