Faits et événements Le mystérieux cavalier Franz Kafka regarde d'en haut touristes et Pragois

05-12-2003 | Magdalena Segertová

Enfin... Prague a enfin sa statue de son célèbre natif, l'écrivain Franz Kafka. Elle a été dévoilée jeudi dernier, à un endroit on ne peut plus symbolique : au coin des rues Dusni et Vezenska, dans le premier arrondissement pragois, là où se situait, jadis, la frontière entre la Vielle-Ville chrétienne et le quartier juif de Josefov.

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La statue de l'écrivain Franz KafkaLa statue de l'écrivain Franz Kafka Incroyable, mais vrai. Pour ériger dans la ville de Kafka une statue de ce dernier, et la toute première en plus, il a fallu attendre treize ans et déployer un effort surhumain. L'Association Franz Kafka qui édite son oeuvre complète et décerne un prix littéraire Kafka, en a rêvé depuis sa création, en 1990. Il y a quatre ans, un concours pour la création de la statue a été organisé et le projet du plasticien Jaroslav Rona en est sorti vainqueur, grâce à sa vision de Kafka, nouvelle, peu habituelle, courageuse, ironique. C'est une statue "équestre" : mais l'écrivain ne monte pas à cheval, il est assis sur les épaules d'un homme dont on ne voit que le manteau flottant. Jaroslav Rona explique.

"J'ai voulu que la statue exprime le déchirement, la division intérieure que l'on trouve dans les textes de Kafka. Alors j'ai décidé de faire deux personnages. Je me suis inspiré de sa nouvelle 'Description d'un combat'. C'est l'histoire de deux personnes, qui font connaissance dans une soirée, quelque part près de Petrin à Prague. Ils se promènent, traversent le pont Charles et dans la Vieille-Ville, celui qui s'appelle K. monte soudainement sur les épaules de son interlocuteur jusqu'à présent admiré. Ils l'apprivoise et le prend pour un cheval. Ils traversent des paysages imaginaires, qui naissent dans l'esprit du cavalier."

Dresser la statue en bronze, haute de quatre mètres, en plein coeur de Prague s'avère techniquement très difficile. En septembre encore, l'Association Franz Kafka, soutenue financièrement par la Ville de Prague et la fondation Nova, n'espère plus pouvoir inaugurer la statue avant la fin de cette année, marquée, quand même, par le 120e anniversaire de la naissance de l'écrivain. Mais enfin... tout se termine bien et la nouvelle fierté de Prague est là, à deux pas de la synagogue Espagnole et de l'Eglise du Saint-Esprit. Et si cet endroit a un esprit particulier, la statue l'a aussi, pense Vladimir Zelezny, sénateur et vice-président de l'Association Franz Kafka.

"Quand la statue était encore dans le jardin de Jaroslav Rona, à 15km de Prague, tout le monde voulait la toucher. C'était comme un instinct. Tout le monde y posait sa main, à la hauteur de la poche sur le grand manteau flottant, et voulait se faire prendre en photo. Et les touristes feront pareil. Chaque visiteur de Prague voudra avoir une photo avec Kafka, avec cette statue un peu étrange, intriguante, dont le message ils ne comprendront pas tout à fait. Parce que Kafka, on ne veut pas le comprendre tout à fait. Laissons-le ouvert à notre imagination."

La réforme du système des retraites

05-12-2003 | Alain Slivinský

Le gouvernement vient de présenter son idée de réforme du système des retraites. Quels en sont les principes et voyons les premières réactions.

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Vladimir Spidla, photo: CTKVladimir Spidla, photo: CTK Le gouvernement conduit par le social-démocrate, Vladimir Spidla, s'est laissé inspiré dans son projet de réformes du système des retraites par le modèle suédois. Cela veut dire que le citoyen tchèque continuera, certes, à verser obligatoirement ses cotisations retraite au budget de l'Etat, mais sur un compte « virtuel », qui lui permettra de savoir combien il a cotisé pendant sa vie active et combien il devait recevoir, après son départ à la retraite. D'après le ministre du Travail et des Affaires sociales, Zdenek Skromach, le coût de la réforme serait de 2 milliards d'euros. Où trouver cette somme, dans un budget largement déficitaire ? Tout simplement en augmentant le taux des cotisations et en utilisant les bénéfices de la privatisation de certaines entreprises. Naturellement, le citoyen tchèque pourra augmenter le montant de sa retraite en payant des cotisations bénévoles à des compagnies d'assurance privées. Vladimir Spidla, Premier ministre, ne cache pas que ce système est adopté par les Zdenek Skromach et Bohuslav Sobotka, photo: CTKZdenek Skromach et Bohuslav Sobotka, photo: CTKEtats qui veulent diminuer les dépenses sociales, donc aussi aux retraites. Il affirme que le passage au système de cotisation obligatoire à des fonds de retraite est trop cher et impossible, pour l'instant. La coalition gouvernementale actuelle se dit obligée de faire face à un déficit budgétaire important dans la sphère sociale, donc les retraites et les pensions entre autres, mais aussi au vieillissement et au faible taux de natalité de la population tchèque.

Le projet de réforme devrait être présenté au Parlement, dans la première moitié de l'année prochaine. Si les différentes lois sont adoptées en 2005, le système entrera en vigueur en 2007. L'opposition parle d'une réforme « à moitié ». Intéressant, selon un journaliste qui fait remarquer, qu'en ce temps-là, la social-démocratie et la coalition gouvernementale actuelle sont loin de savoir si ce sont elles qui tiendront encore les rênes de l'Etat tchèque.

Conflits de mariages mixtes

05-12-2003 | Omar Mounir

Depuis que la Tchéquie s'est ouverte à l'Europe en 1990 et jusqu'à nos jours, les relations humaines dans les deux sens n'ont fait que se développer et avec elles, bien entendu, le nombre de mariages mixtes franco-tchèques. Ce nombre va toujours croissant en même temps et malheureusement que les conflits conjugaux, lesquels peuvent se traduire par des enlèvements d'enfants. Des procédures longues et compliquées sont alors engagées, où l'on a l'impression que compte n'est pas suffisamment tenu de l'intérêt de l'enfant. C'est le problème qu'Omar Mounir a soumis à M. Jean-Michel Peltier, Magistrat de liaison au ministère tchèque de la Justice, pour les questions franco-tchèques. Ecoutons-le.

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"L'enfant est souvent la première victime des conflits entre adultes et cette constante, on la retrouve quel que soit le type de mariage. L'enfant devient parfois l'enjeu ou l'otage d'un conflit et la première victime. Il faut dire que sur ce terrain, depuis le début de décembre 2003, le paysage législatif ou réglementaire dans l'Union européenne vient de changer d'une manière qu'il convient de souligner et de saluer, puisque la semaine dernière, le 27 novembre, le Conseil européen a adopté un nouveau règlement. Ce règlement établit des règles communes qui s'appliqueront aux nouveaux Etats membres à partir de 2005, en matière de garde d'enfants et de protection, de divorce, de pension alimentaire, de responsabilité des parents ; ce règlement permet aussi de prévenir et d'empêcher ce qu'on appelle les "enlèvements d'enfants".

Il s'agit d'un mécanisme relativement simple, qui élimine et empêche toute tentation chez le parent d'enlever un enfant. L'idée, un peu trop simple, peut naître dans l'esprit d'un parent, qu'il suffit de rentrer chez soi avec l'enfant et de soumettre le conflit à son juge d'origine qui saura mieux comprendre les choses. Eh, bien ! pour éviter ces situation, le règlement prévoit de manière très stricte que le juge compétent en cas de conflit sera le juge de la résidence habituelle de l'enfant. Ainsi, le juge national ne pourra qu'ordonner le retour de l'enfant à sa résidence habituelle où le juge a conservé toute sa compétence, malgré le déplacement de l'enfant. Ce mécanisme prive de tout intérêt l'enlèvement d'un enfant".

Les cinéastes dénoncent la mauvaise situation du film tchèque

05-12-2003 | Alena Gebertová

Des cinéastes et directeurs de production tchèques se sont réunis à Prague pour sonner l'alarme : le film tchèque ne survivra pas à l'an 2005.

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Pourquoi un ton tellement dramatique au moment où le film tchèque paraît se porter, plutôt, bien ? La réponse n'étonne guère : le cinéma ne dispose pas d'assez de moyens financiers. La Télévision tchèque, établissement public, qui co-produisait jusque-là près de 90% des films tchèques, ne le fera plus, sa situation financière étant à son tour mauvaise. Les cinéastes dénoncent le fait que le soutien public accordé à ce domaine soit l'un des plus bas à l'échelle européenne. L'absence de lois correspondantes ou leurs mauvaises formulations y joueraient, aussi, un rôle important. C'est d'ailleurs en mars prochain, que le ministre de la Culture, Pavel Dostal, soumettra le projet de la nouvelle loi audiovisuelle. L'existence du Festival international du Film de Karlovy Vary risque également d'être menacée. Cette année, le festival se verra verser du budget de l'Etat 5 millions de couronnes de moins par rapport à cette année.

Les cinéastes tchèques ont fait part de leurs observations aux députés tchèques. « S'ils ne réagissent pas, nous ne cesserons pas de tourner des films, mais nous nous adresserons en revanche au Parlement européen », dit Petr Vachler, président de l'Académie tchèque du film et de la télévision.

La corruption au coeur du football et du hockey sur glace tchèques

05-12-2003 | Guillaume Narguet

Un récent reportage de la Télévision publique tchèque et une violente campagne lancée par le quotidien Mlada fronta Dnes ont complétement levé le rideau sur les pratiques courantes de corruption qui gangrènent le football et le hockey sur glace, les deux sports les plus populaires en République tchèque.

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Le ver est dans la pomme depuis si longtemps que le supporter tchèque s'est habitué au goût de pourriture du fruit. Enveloppes filées en cachette et à la sauvette aux arbitres à la sortie du stade, matches achetés par les dirigeants des clubs, résultats convenus entre les joueurs des deux équipes avant le début de la rencontre, la liste des pratiques de corruption est longue. Le football et le hockey sur glace tchèques sont souillés et dénaturés par un mal omniprésent dans leurs coulisses. De la première division jusqu'au plus bas échelon de la hiérarchie, les pratiques et comportements mafieux règnent autour des terrains et des patinoires de tout le pays.

C'est un reportage diffusé mi-novembre par la Télévision tchèque qui a relancé le dossier de la corruption, déjà entrouvert à maintes reprises par le passé, mais à chaque fois aussitôt refermé faute de preuves. Dans le reportage, le journaliste, qui se fait passer pour le dirigeant d'un club amateur, achète les arbitres désignés pour les rencontres de championnat de son club. A l'aide d'une caméra cachée, le journaliste a filmé les rendez-vous fixés avec les arbitres, avant et après les matches. Depuis, le quotidien Mlada fronta Dnes a pris le relais en consacrant une large part de ses pages sportives à la corruption. Dans les colonnes du journal, mercredi 3 décembre, Ladislav Vizek, ancien international tchèque de football, a mis publiquement en cause, explications détaillées à l'appui, arbitres, joueurs et dirigeants de clubs, notamment du Sparta Prague. Avant ces révélations, qui ne ressemblent finalement fort qu'au déballage sur la place publique d'un secret de Polichinelle, d'autres arbitres, joueurs et dirigeants avaient déjà apporté leur témoignage sous couvert d'anonymat.

Sur la défensive, les hauts responsables des clubs et fédérations ont choisi de pratiquer la politique de l'autruche et de la langue de bois. « Apportez-nous les preuves et nous agirons en conséquence. Sans preuves, nous ne pouvons rien faire », clament-ils ainsi. Mais quoiqu'ils puissent dire, ou plutôt ne pas dire, plus personne aujourd'hui, en République tchèque, n'est dupe : la corruption est bel est bien présente dans le football et le hockey sur glace.

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