Faits et événements Nouveau rebondissement dans l’affaire Demjanjuk
La Radio tchèque et Los Angeles Times ont recueilli le témoignage exclusif de l’un des derniers rescapés du camp d’extermination de Sobibor. Un témoignage qui pourrait marquer un tournant dans le procès de John Demjanjuk, ancien garde de camp nazi accusé d’avoir participé au meurtre de près de 30 000 Juifs. Le nouveau témoin, Alexeï Vaïtsen, est sûr d’avoir reconnu le « bourreau » de Sobibor sur des photographies d’époque ce qu’aucun témoin n’a pu certifier jusqu’à présent.
John Demjanjuk, photo: CTK
Au mois de mai dernier John Demjanjuk a été extradé des Etats-Unis à
Munich en Allemagne où il est accusé pour son rôle dans le meurtre de 29
587 Juifs internés dans le camp de Sobibor, en Pologne. Demjanjuk, 89 ans,
originaire d’Ukraine, ne se retrouve pas face à la justice pour la
première fois. En 1988, il avait été condamné à mort en Israël, puis
acquitté en raison de doutes sur son identité. Les archives du KGB
soviétique ont alors livré de nouveaux documents sur la véritable
identité du bourreau de Treblinka, responsable de l’extermination de 800
000 Juifs, dont on pensait qu’il s’agissait de Demjanjuk.
Or, nouveau rebondissement quelques années après : Demjanjuk est soupçonné d’avoir été l’un des gardiens du camp de Sobibor. Le nouveau témoin, prêt à le certifier, s’appelle Alexeï Vaïtsen, il a 87 ans, et il vit à Riazan non loin de Moscou. Déporté en 1942 à Sobibor où il était interné pendant plus d’un an, il doit sa survie à la révolte des prisonniers juifs dont il faisait partie.
Alexeï Vaïtsen, photo: Lenka Kabrhelová
D’après la correspondante de la Radio tchèque à Moscou Lenka
Kabrhelová, Alexeï Vaïtsen a confirmé n’avoir aucun doute sur
l’identité de l’ancien gardien Demjanjuk qu’il dit avoir vu de ses
propres yeux dans le camp :
« Je m’en rappelle très bien, il était le gardien, et je l’ai vu lorsqu’il accompagnait un groupe de prisonniers aux travaux dans la forêt. »
Comment est-on parvenu à retrouver un témoin pour ces événements vieux de plus de 65 ans, pourquoi n’a-t-il pas apporté plus tôt son témoignage ? Explications avec la correspondante de la Radio tchèque à Moscou :
Le camp de Sobibor
« Alexeï Vaïtsen n’est pas une personne inconnue. Il vit
partiellement dans l’oubli, à Riazan, et toute sa vie, il a gardé le
silence sur ce qu’il avait vécu à Sobibor, pour diverses raisons :
Moscou était ouvertement antisémite et pour Alexeï Vaïtsen, il était
impossible de raconter à qui que ce soit les horreurs vécues. Finalement,
quelques articles à ce sujet ont paru dans la presse, dernièrement en
Allemagne en 2008. Après la parution d’un article dans la presse russe,
nous sommes partis, moi et mes collègues correspondants du Los Angeles
Times, faire l’interview ensemble. »
Le Centre Simon Wiesenthal
Le Centre Simon Wiesenthal à Jérusalem salue la nouvelle. Selon son
chef, Ephraim Zuroff, une vérification du témoignage sera bien
évidemment nécessaire :
« Si on confirme la véracité de ce témoignage, ce sera un moment d’une importance capitale dans le procès. »
Le parquet de Munich a confirmé à la Radio tchèque qu’il était en train d’analyser le témoignage d’Alexeï Vaïtsen. S’il l’estime juste, il recommandera au tribunal de l’entendre comme témoin.


