Faits et événements Les miracles de Notre Dame
Inspiré par le théâtre médiéval, Bohuslav Martinů a créé dans la première moitié des années 1930 un opéra qui échappe à toute classification. Il s’agit d’une tétralogie réunissant quatre légendes différentes qui ont pourtant un dénominateur commun – le pardon et la rédemption. Cette fresque lyrique intitulée « Hry o Marii (Les miracles de Notre Dame) » rapproche le mysticisme médiéval des élans de l’homme moderne. Elle figure, depuis le 29 octobre dernier, au répertoire du Théâtre national de Prague.
'Les miracles de Notre Dame', photo: www.narodni-divadlo.cz
Pour monter ce spectacle ambitieux le metteur en scène et directeur de la
troupe d’opéra du Théâtre national Jiří Heřman a fait appel à
Jiří Bělohlávek considéré comme le meilleur chef d’orchestre
tchèque du moment. C’est grâce à ces deux hommes que cet opéra
insolite qui a découragé tant de directeurs de théâtre, renaît
aujourd’hui sur scène. Pour le dramaturge du Théâtre national Ondřej
Hučín c’est une œuvre exceptionnelle à plusieurs égards:
Ondřej Hučín, photo: www.narodni-divadlo.cz
«Je pense qu’il s’agit d’un des opéras les plus originaux
dans le
répertoire tchèque et j’ose dire même un des opéras les plus
originaux au monde. Son originalité réside dans son thème inspiré par
les mystères du Moyen-âge et les légendes populaires et aussi dans la
façon dont ce thème est traité. C’est un opéra d’avant-garde qui
marie les styles et les moyens d’expression les plus divers, la danse,
la
parole, le chant. (…) Les moyens d’expression sont donc très variés
et cette diversité se manifeste aussi dans la musique.»
En composant cette fresque lyrique, Bohuslav Martinů a puisé dans des genres qui semblent incompatibles - le chant religieux, le jazz, la grande musique symphonique ou le théâtre de la foire. Tandis que la première partie de l’opéra est une transposition de la parabole biblique sur les Vierges sages et les Vierges folles, la deuxième partie est basée sur un miracle flamand du XVe siècle. L’héroïne de cette légende, Mariken de Nimègue, est une belle et naïve campagnarde qui se laisse séduire par les pièges de la ville, se repent après avoir vu un spectacle sur la Vierge Marie et grâce à cela échappe à la damnation. La troisième partie, la Nativité, n’est qu’un prologue au dernier acte qui s’inspire également d’un vieux miracle médiéval. C’est l’histoire de Sœur Pascaline, jeune fille sortie du couvent, accusée d’avoir tué son amant, condamnée au bûcher et sauvée des flammes, in extremis, par la Vierge Marie.
'Les miracles de Notre Dame', photo: www.narodni-divadlo.cz
Pour réaliser cette conception grandiose, les auteurs du spectacle ont
mobilisé le chœur de l’opéra, le Chœur philharmonique de Prague, la
Chorale d’enfants Kühn, la troupe de ballet, des danseurs externes et
de
nombreux chanteurs solistes. D’après Ondřej Hučín, deux cents
personnes participent à cette production qui est une des plus importantes
que le Théâtre national ait présenté au cours de ces dernières
années:
'Les miracles de Notre Dame', photo: www.narodni-divadlo.cz
«Il est vraiment surprenant que la scène du Théâtre national
puisse
contenir tant de monde. Je dois dire qu’on ne joue pas que sur la scène
mais aussi dans la salle. Le metteur en scène a décidé d’inclure dans
le spectacle vingt loges latérales. Cela aussi est inspiré un peu par le
théâtre médiéval. En ce temps-là le public faisait souvent partie du
spectacle. Bohuslav Martinů non seulement fait évoluer le chœur sur la
scène, mais lui donne aussi le rôle de commentateur.»
La présentation de cet opéra est une contribution généreuse du Théâtre national de Prague au programme du festival « Martinů revisited » qui s’étend sur deux ans, car il est organisé à l’occasion du 50e anniversaire de la mort et du 120e anniversaire de la naissance du compositeur.


