Faits et événements Le quotidien Lidové Noviny ne lâche pas l'affaire Kundera
Tout juste un an après le début de « l’affaire Kundera », quand le célèbre romancier avait été accusé de délation alors qu’il était étudiant en Tchécoslovaquie, les interrogations sur cette affaire et la recherche de nouveaux éléments continuent. Dans son édition du mercredi 21 octobre, le quotidien Lidové Noviny révèle que des historiens auraient trouvé un autre document attestant de l’authenticité du premier rapport de police qui avait mis en cause l’écrivain.
C’est sur le procès-verbal de l’arrestation de Miroslav Dvořáček
en
mars 1950 que figurait le nom de Milan Kundera, alors chef de sa
résidence
universitaire, qui aurait, selon le document, averti les autorités de la
présence d’un individu suspect, un agent envoyé de l’Ouest. Kundera
aurait été lui-même averti par une jeune femme, Iva Militká, dans la
chambre de laquelle Dvořáček aurait laissé une valise. Milan Kundera a
toujours démenti toute implication dans cette affaire.
Le second document dans lequel Kundera serait mis en cause a été mis à
jour à nouveau par les historiens, mais il ne provient pas des archives
de
la police secrète. Il s’agit de la retranscription d’une conférence
prononcée par un adjoint au Ministre de la sécurité nationale, Jaroslav
Jerman, qui citait le cas Dvořáček comme un bon exemple de coopération
des citoyens tchécoslovaques dans la défense contre les « ennemis
intérieurs et extérieurs ».
Muriel Blaive
Muriel Blaive est historienne historienne à l'Institut pour l'histoire
européenne et les sphères publiques Ludwig Boltzmann de Vienne. Elle est
l'auteur d’un
livre sur
l’année 1956 en Tchécoslovaquie. Elle expose son opinion sur cette
affaire :
« Ça m’inspire une remarque de forme et une remarque de fond. La remarque de forme est que je ne comprends pas l’article dans le sens où on nous dit que les initiales MK sont bien la preuve que Milan Kundera a dénoncé Dvořáček à la police. En même temps, on nous dit que MK rapporte qu’une certaine étudiante ME lui a rapporté cette présence, et on nous dit en même temps que dans le cas de ME, il y a une erreur des initiales. C’était en fait Iva Militká, dont les initiales sont IM. On nous dit donc que pour l’étudiante, il y a une erreur, mais pour Milan Kundera, il n’y a pas d’erreur. J’aimerais bien savoir comment on peut arriver à cette conclusion.
Le rapport de police, photo: Archives d'ABS
Et la remarque de fond, c’est que personnellement, je n’ai jamais
douté de l’authenticité du document. Le problème n’est pas
l’authenticité du document et de savoir si quelqu’un a trafiqué des
archives. Personne n’y croit et il n’y a aucune raison de le croire.
Par contre, la question est de savoir ce que ces archives disent et qui
parle. Est-ce qu’on peut faire confiance à la vision policière de
cette
époque, est-ce qu’on peut faire confiance à la StB de l’époque,
est-ce qu’on peut faire confiance à la façon dont la StB rapporte la
situation dans la société de l’époque ? Je crois que c’est surtout
cela, le gros problème. Evidemment que non. En tant qu’historienne, on
ne peut pas croire les archives sur parole, il faut savoir les décrypter,
il faut savoir ce que la police veut dire. Et je crois que c’est
exactement ce que ne fait pas ou ce que fait très mal l’Institut pour
l’étude des régimes totalitaires. »
Quand l’affaire Kundera est sortie, il y a eu un certain nombre de critiques sur le fait que le contexte était peu expliqué…
Milan Kundera « C’est exactement ce que fait cet institut, ils ne mettent
absolument
pas en valeur le contexte, ce qui fait que l’on l’impression d’avoir
une dénonciation pure et simple. Or il y a beaucoup d’éléments à
charge, même si il y a décharge, qui expliquent que Kundera a peut-être
rapporté mais ne l’a peut-être pas fait. Et même s’il avait
rapporté, il n’y a aucune explication sur le pourquoi du comment. Or,
un
élément de contexte minimal que l’on peut rapporter, c’est que si
Kundera n’avait pas dénoncé cet étudiant – s’il l’a vraiment
fait et qu’il était vraiment au courant de sa présence – c’est les
quinze ans de travaux forcés qui l’attendaient. C’est quand même un
élément intéressant à rapporter dans le contexte. »
Le nouveau document n’apporte finalement aucun réel élément nouveau sur cette affaire, et mettrait même à jour quelques incohérences. Mais l’affaire Kundera risque de faire encore couler beaucoup d’encre.
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Après Entropa, David Černý veut une fontaine phallique dans le centre de Prague
L’artiste David Černý avait frappé un grand coup avec son Entropa à Bruxelles. Ces derniers jours, on reparle de lui dans les médias tchèques, parce que son nouveau projet s’annonce encore peu banal. Il s’agirait d’une fontaine géante en bronze représentant trente verges de tailles différentes, installée sur un des principaux points de passage du centre de la capitale tchèque.
David Černý
Une fontaine, trente pénis en bronze dont le plus long mesure 18 mètres :
c’est le concept avec lequel David Černý aurait, selon la presse
tchèque, remporté un appel d’offres privé lancé par la société Copa
pour un monument dans la rue Spálená, près de la station de métro
Národní třída, dans un quartier en pleine transformation.
La fontaine sera également composée d’écrans sur lesquels seront inscrits le nom des hommes politiques « les plus en vue » du moment. David Černý affirme que l’idée lui est venue « en trois secondes » et ajoute :
« Pour cette fontaine en fait l’idée est venue toute seule. Il suffit de regarder de quoi à l’air notre parlement... »
David Černý et son Entropa
Pour marquer son opposition à l’évolution de la politique tchèque,
David Černý avait déjà fait retirer son Entropa du siège du Conseil
européen à Bruxelles après la chute du gouvernement Topolánek. Il veut
désormais dénoncer cette évolution de manière provocatrice en plein
centre de Prague et ne craint pas la réaction du public :
« Je le dirais comme ça : une fontaine avec trente queues ce n’est rien comparé à ce que les gens doivent supporter de la part de l’individu qui est au Château de Prague. C’est simplement incomparable parce que ce qu’il fait est énorme. »
Rappelons que sur la partie tchèque d’Entropa, David Černý avait déjà inscrit des déclarations anti-européennes de « l’individu qui est au Château de Prague », le président de la République Václav Klaus.
Copa Centrum
Le nouveau projet doit être installé devant le nouveau Copa Centrum,
financé par l’homme d’affaires d’origine suisse Sebastian Pawlowski.
« En fait je ne travaille qu’exceptionnellement avec des investisseurs tchèques. Je ne travaille qu’avec des investisseurs étrangers pour des projets à l’étranger ou avec des investisseurs qui travaillent sur des projets en République tchèque, mais la plupart sont des étrangers. »
Photo: Barbora Kmentová
David Černý a déjà réalisé une fontaine intitulée les « garçons
qui pissent », installée devant le musée Kafka de Prague.
Il précise que la politique l’intéresse dans la mesure où il veut savoir ce qui est fait des impôts qu’il paye et aussi parce qu’il veut savoir de quelle manière seront traitées les œuvres qu’il crée.
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Václav Neumann : « Le premier prix du concours Czech Press Photo, une provocation visuelle »
Cette année, le concours Czech Press Photo calqué sur celui du World Press Photo en était à sa 15e édition. Et c’est une photo atypique qui a remporté le premier prix du concours, une photo prise au moment de la visite de Barack Obama à Prague en juin dernier, par le Canadien d’origine slovaque Joe Klamar, photographe de l’Agence France Presse (AFP). Václav Neumann est éditeur photo à l’AFP à Paris, il était membre du jury cette année, et il revient sur le vainqueur.
Václav Neumann, photo: czechpressphoto.cz « Joe Klamar est un des meilleurs photographes de l’AFP. On a 400
photographes dans le monde et il doit être parmi les vingt meilleurs.
Quand j’étais à Paris je me doutais un peu qu’il allait nous ‘jouer
un tour’ ! Quand Joe Klamar fait un reportage, il fait toutes sortes de
cadrages, de saturation et désaturation de l’écran... Mais à la fin du
reportage il fait toujours une photo que personne n’a jamais faite. Bien
sûr je ne savais pas quelles photos il présentait au concours. Mais en me
promenant parmi les photos, en voyant sa série, je me doutais un tout
petit peu que c’était de lui. C’est une photo à la limite du
photojournalisme et de la photo d’art, même si je n’aime pas trop ce
terme. »
Joe Klamar: photo: CTK
Il faut quand même préciser que cette photo est composée à 90% de la
vue de Prague sous la brume, et que dans les deux coins inférieurs de la
photo, on a d’un côté Barack Obama qui regarde la statue de Masaryk de
l’autre...
Photo: Joe Klamar, CTK « C’est là qu’il est très fort. Moi qui suis un vieil éditeur
photo, je peux dire que c’est une provocation visuelle et une provocation
concernant le photojournalisme. Parce que normalement cette photo-là,
quand elle arrive au desk d’une agence, elle partira chez les clients en
dernière position parce qu’elle est très difficilement publiable.
Klamar est tellement bon qu’il peut se permettre de réaliser des photos
de ce style-là, qui sont complètement ‘hors cadre’ et inhabituelles
graphiquement. Il est toujours très graphique. Moi en tant qu’éditeur
de l’AFP, je dois dire que je n’ai pas voté pour la photo de
l’année qui a été faite par notre journaliste.
Photo: Alexandr Satinský, MFDnes
Je n’ai pas voté non
plus pour Michal Čížek qui est notre photographe ici à Prague. Avec
quelques collègues, on était quatre sur onze, nous avons voté pour la
photo de cette petite fille rom qui a été brûlée dans sa maison à
Vítkov. Malgré le fait que la photo ne soit pas excellente, nous avons
estimé qu’il fallait revenir sur cette histoire, pour qu’elle ne
s’oublie pas. Parce que le racisme en République tchèque se développe
de façon très importante. »
Quels sont les grands thèmes de l’année qui ressortent du palmarès de Czech Press Photo ?
Photo: Michal Čížek, CTK « C’est une très bonne année. J’étais content d’être dans le
jury cette année parce que j’aurais eu des problèmes à voter pour la
photo qui a gagné l’an dernier, celle du couple qui s’étreint sur une
autoroute où il y a eu un crash de voiture. Les thèmes qui se dégagaient
cette année, c’était les grands événements internationaux comme Obama
et le pape en République tchèque, les événements, même risibles,
tchéco-tchèques, c’est-à-dire Paroubek qui se fait attaqué par un
groupe de ‘lanceurs d’œufs’. Ou encore les inondations qui ont
donné un très bon reportage, très sensible. Ensuite, il y a des photos
faites à l’étranger et des reportages qui n’ont rien à voir avec la
République tchèque. A chaque fois que je suis juré de Czech Press Photo,
je regrette que, surtout cette année ou l’an dernier, au moment où le
monde est en crise financière, économique et sociale, cette réalité-là
ne se reflète pas du tout dans le Czech Press Photo, ce qui est très
étrange. »
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Zdeněk Rotrekl, la vie d’un indomptable
C’est à Zdeněk Rotrekl que le ministre tchèque de la Culture Václav Riedlbauch a remis, ce lundi, le Prix national de la Littérature de cette année. Cette distinction braque les feux de l’actualité sur une œuvre littéraire de qualité, mais aussi sur l’itinéraire de cet homme d’une grande force intérieure et d’une rare intégrité.
Zdeněk Rotrekl et Václav Riedlbauch, photo: CTK
Un épisode illustre bien la personnalité et le caractère de Zdeněk
Rotrekl. Déjà en 1948, lors qu’il est en train de finir ses études à
l’Université Charles de Prague, il montre clairement qu’il n’est
pas
prêt à faire des compromis avec les communistes qui viennent de prendre
le pouvoir dans le pays:
«Je devais encore passer le dernier examen de mes études à la faculté de lettres. (…) Une semaine avant l’examen une communiste déguisée en étudiante de la faculté m’a apporté un formulaire de demande d’inscription au Parti. Alors je me suis mis en colère et je l’ai chassée.»
Lors qu’il se présente, quelques jours après, devant la commission d’examen, Zdeněk Rotrekl apprend qu’un coup de téléphone d’un haut dignitaire du Parti a interdit à ses professeurs de lui permettre de finir ses études. Et lorsqu’il insiste, on l’envoie demander des explications au doyen de la Faculté:
Zdeněk Rotrekl, photo: CTK
«Je suis donc allé voir le doyen, c’était le professeur Štibic.
Quand je lui ai dit ce qui m’était arrivé, les larmes lui sont
montées
aux yeux, mais c’est tout ce qu’il a fait. Alors je suis parti en
claquant la porte. Et je n’ai passé cet examen qu’en 1968, donc vingt
ans après.»
Poète, prosateur, essayiste, publiciste, historien de la littérature et scénariste, Zdeněk Rotrekl est l’auteur d’une œuvre vaste et multiforme. Né en 1920, il entre dans la littérature vers 1940 avec des vers marqués par l’influence du poète František Halas et des spiritualistes catholiques. Bientôt il se verra réduit au silence par un régime qui ne tolère que la littérature asservie. Arrêté en 1949, il est condamné à mort dans un procès manipulé, mais sa peine est finalement commuée en prison à vie. Il passera treize années en prison et dans les mines d’uranium, mais ne se laissera pas briser et poursuivra une œuvre interdite de publication. Sa poésie est pleine d’allégories, d’imagination baroque, d’invocations religieuses et d’innovations linguistiques. Après l’occupation soviétique de son pays en 1968, il s’engage dans le mouvement dissident et encore en 1989, après la chute du communisme, il se lancera dans la publication d’une revue littéraire.
Parmi ses œuvres on cite notamment le recueil de poésies «Une ville
sans murs», le roman «La lumière vient dans le noir», et le recueil de
récits, d’essais et de pièces pour la radio intitulé «Un paysage
suspect avec des anges». Il raconte sa vie pleine de paradoxes, de coups
du sort, de souffrances et de victoires dans ses Mémoires dont la
parution est toujours attendue et auxquels il a déjà donné le titre «Les nids de l’arbre qui s’en va». C’est sans doute
sa vie, cet itinéraire d’homme indomptable, qui est et restera son
véritable chef d’œuvre.
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