Faits et événements André Glucksmann : « Le Traité de Lisbonne, une bureaucratie nécessaire »
Suite et fin de l’entretien avec le philosophe français André Glucksmann, invité de la conférence internationale Forum 2000 qui s’achève ce mardi. Radio Prague a profité de sa présence pour lui demander ce qu’il pensait de l’actualité tchèque, marquée par le refus de Václav Klaus de ratifier le Traité de Lisbonne, et pour l’interroger sur ce qu’il pensait du renoncement de Barack Obama au projet de bouclier antimissile en Europe centrale, qui a été interprétée en République tchèque par certains comme un abandon du pays à la Russie :
Barack Obama, photo: CTK
« Je pense que Barack Obama aurait dû discuter avec les responsables
tchèques et polonais puisqu’il y avait eu discussion avant pour qu’ils
l’acceptent. Cela dit, je ne suis pas un fervent du bouclier. Par contre,
oui, il y a un retour de la Russie, ce qui s’est manifesté au Caucase.
Le Caucase, la Géorgie en l’occurence, a été envahi. Les chars russes
ne se sont pas arrêtés chez les Ossètes du Sud, ils sont venus à 30 km
de Tbilissi. Vous avez une invasion d’un pays indépendant et souverain
qui est la première invasion que font les Russes depuis l’Afghanistan en
1980. On les a arrêtés à la limite, mais s’ils avaient continué
jusqu’à Tbilissi, c’était un nouveau ‘Prague’ et la fin du
Printemps de Prague. Ça aurait été la fin du Printemps géorgien. Il y a
là une grande hypothèse inquiétante, c’est ce retour du Kremlin à une
politique impériale. »
On parle beaucoup ces derniers temps du président Václav Klaus qui refuse de signer le Traité de Lisbonne. Que vous inspire cette méfiance vis-à-vis de l’Union européenne qui pourrait représenter une alternative, en tant que puissance, à la Russie ?
Václav Klaus, photo: CTK
« L’UE a beaucoup pour décevoir, mais son problème n’est pas le
Traité de Lisbonne. Il est bon que vous ayiez une bureaucratie un peu
cohérente et c’est ça le Traité de Lisbonne. C’est une bureaucratie
minimale par rapport à tout ce qu’on a connu. Il y a moins d’employés
à Bruxelles que d’employés à la mairie de Paris pour la ville. Ce
n’est pas très grave comme bureaucratie, mais il vaut mieux que ce soit
bien organisé et qu’il y ait quelqu’un pour décrocher le téléphone
quand on appelle. C’est ça le Traité de Lisbonne, c’est rien
d’autre. Et là, je crois que Václav Klaus a tort, sérieusement. Par
contre s’il demandait : ‘pourquoi l’Europe ?’, il aurait raison.
Parce que, par exemple, l’Europe devrait défendre son indépendance
énergétique. Et qui menace l’indépendance énergétique ? C’est la
Russie, qui a fait les chantages dont on se souvient. Là, l’Europe
pourrait servir à quelque chose. »

