Faits et événements Mis en cause, Milan Kundera dément toute collaboration avec la police communiste dans les années 50

14-10-2008 15:07 | Anna Kubišta

La nouvelle a évidemment eu l’effet d’un coup de tonnerre. Dès dimanche soir, la télévision publique tchèque annonçait, en référence au numéro de l’hebdomadaire Respekt à paraître lundi, que le plus célèbre des écrivains tchèques Milan Kundera aurait, dans sa jeunesse, dénoncé un étudiant à la police communiste.

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Milan Kundera, photo: GallimardMilan Kundera, photo: Gallimard La mise en cause est évidemment très grave et inattendue. Tant et si bien qu’elle a fait sortir Milan Kundera de son mutisme, lui qui ne parle plus aux médias depuis des dizaines d’années. Dans un entretien téléphonique avec l’agence de presse ČTK ce lundi, l’écrivain français d’origine tchèque a fermement démenti les faits qui lui sont aujourd’hui reprochés :

« Je suis complètement pris au dépourvu par quelque chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout, dont je ne savais rien hier encore et qui ne s’est pas produit. C’est un coup bas, je n’ai jamais vu, jamais rencontré cette personne. C’est tout ce dont je me souviens. »

Miroslav Dvořáček, photo: Archives d'ABSMiroslav Dvořáček, photo: Archives d'ABS D’après le rapport de la police établi le 14 mars 1950 et publié sur le site web de l’Institut d’étude des régimes totalitaires, Milan Kundera aurait rapporté qu’une étudiante, Iva Militká, avait fait part de sa rencontre avec Miroslav Dvořáček, un de ses amis, devenu agent à l’Ouest. Miroslav Dvořáček était un pilote tchécoslovaque qui avait fui le pays après le coup de force communiste de 1948. Il sera arrêté à la fin de cette journée de mars, condamné à 22 ans de prison et en passera 14 derrière les barreaux, évitant de justesse la peine de mort. Aujourd’hui, Miroslav Dvořáček vit en Suède.

Ivan KlímaIvan Klíma Comme dans toutes les affaires similaires qui font périodiquement la une des journaux, c’est évidemment la prudence qui reste de mise, comme tient à le rappeller l’écrivain tchèque Ivan Klíma, qui connait Kundera :

« Je ne peux évidemment exclure que ce soit vrai, je n’étais pas présent. C’est une chose possible, mais chacun a droit à la présomption d’innocence. Il n’a pas été jugé et ce n’est pas prouvé. »

Vojtěch RipkaVojtěch Ripka Pour Vojtěch Ripka, de l’Institut d’études des régimes totalitaires, il n’y a pas lieu de douter de l’authenticité du document, quand bien même vient-il de la police communiste :

« Nous n’avons pour l’heure aucune raison d’en douter. Dans des cas similaires, comme aujourd’hui, quand une personne décide d’aller à la police et fait une déposition, il n’est d’ailleurs pas automatique de lui faire signer le document. Il existe des centaines de documents semblables. »

Le rapport de Milan Kundera, photo: Archives d'ABSLe rapport de Milan Kundera, photo: Archives d'ABS Ce n’est évidemment pas la première fois qu’une personnalité tchèque connue est ainsi mise en cause par le témoignage des archives. Ni le premier écrivain de renom dont une zone d’ombre du passé referait surface. Pensons récemment à Günter Grass.

Le coup est évidemment dur pour l’auteur du roman La Plaisanterie, même si comme nombre d’intellectuels tchèques, lui aussi, a dans sa jeunesse été un communiste convaincu avant de devenir opposant au régime. Et en tout cas, cette révélation soulève de nombreuses questions qui n’ont pas fini d’agiter la scène médiatique.

Milan Kundera a toujours entretenu des rapports difficiles avec son pays d’origine où il se rend rarement et souvent incognito. C’est peu de dire que son pays d’origine le lui a souvent bien rendu, lui reprochant également cette distance ou les blocages qu’il impose à la traduction tchèque de ses ouvrages rédigés en français. Une chose est sûre : ce nouvel épisode n’est en tout cas pas près d’améliorer leurs relations.

Forum 2000 : des dissidents réunis autour de Rama Yade et Václav Havel

14-10-2008 15:07 | Alexis Rosenzweig

En marge de la conférence du Forum 2000, qui se déroulait jusqu’à ce mardi à Prague, une rencontre a été organisée entre la Secrétaire d’Etat française Rama Yade et Václav Havel, pour célébrer l’anniversaire du petit déjeuner historique entre François Mitterrand et les dissidents tchécoslovaques, il y a 20 ans, quelques mois avant la chute du communisme. Lundi, des dissidents de plusieurs pays ont été invité à cette commémoration.

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Rama Yade et Václav Havel, photo: CTKRama Yade et Václav Havel, photo: CTK Rama Yade, Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux droits de l’homme :

« Il y a vingt ans, en 1988, le président François Mitterrand rencontrait lors d’un petit déjeuner les dissidents tchécoslovaques et le premier d’entre eux, Václav Havel. C’était un moment historique qui avait un parfum de transgression, mais qui a eu lieu, et un an après ce fut la chute du mur de Berlin et un peu après l’élection de Václav Havel à la présidence de la République. Ces gestes-là, qui ont l’air simple, ne sont pas anodins parce qu’ils ont des conséquences politiques. J’ai proposé au président Havel qu’on se retrouve ici à Prague, vingt ans après, pour célébrer cet événement, mais avec d’autres dissidents. Il y avait ici trois dissidents tchécoslovaques qui avaient participé au petit déjeuner de l’époque. Mais il y avait aussi, parce qu’on ne veut pas être que dans le souvenir, des personnalités venues de Cuba, de Birmanie, de Biélorussie... Ce sont des causes importantes en matière de droits de l’homme aujourd’hui. Il faut accompagner ces personnailtés sur le chemin de la démocratie. Et quel plus beau symbole que de le faire ici à Prague, vingt ans après le petit déjeuner français ? »

Un « petit dejeuner français » dont se souvient très bien Václav Havel, qui considère comme son devoir d’aider les dissidents d’aujourd’hui :

Alexander Milinkevitch, Václav Havel, Jiří Dienstbier, photo: CTKAlexander Milinkevitch, Václav Havel, Jiří Dienstbier, photo: CTK « Je considère comme très important le fait qu’il y ait aujourd’hui ceux qu’on appelle des dissidents ou des militants pour les droits de l’homme de différents pays du monde, parce que c’est une manière de souligner que notre expérience – expérience aussi de la solidarité dont ont fait preuve les autres à notre égard – nous oblige à montrer notre solidarité à tous ceux qui en ont le plus besoin. »

Parmi les dissidents et opposants présents, il y avait le Biélorusse Alexander Milinkevitch, qui a rendu un hommage appuyé à Václav Havel :

« Je suis très heureux d’être invité ici par le président Václav Havel. Pour moi, c’est un homme politique idéal. Chez nous, j’entends souvent dire que la politique est brutale et qu’on ne peut croire personne. Je demande si ça concerne aussi Václav Havel de la République tchèque, et la réponse est toujours ‘non, Václav Havel est une exception’. Les dictateurs ont peur de la vérité et de l’information. Ici, pendant le Forum 2000, on diffuse dans le monde entier la vérité et l’information libre. »

La position du gouvernement tchèque face à la crise financière mondiale

14-10-2008 15:07 | Alain Slivinský

Comme on s’y attendait, le gouvernement tchèque a adopté un amendement à la loi sur les banques qui permet la garantie des dépôts bancaires, mais jusqu’à une certaine limite. C’est la réaction à la situation actuelle sur les marchés financiers mondiaux dont le but est de renforcer la confiance des clients des banques tchèques.

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Photo: CTKPhoto: CTK Le ministre des Finances, Miroslav Kalousek, a affirmé plusieurs fois que le système bancaire tchèque était stable et en bonne santé et qu’il était donc inutile de garantir la totalité les dépôts bancaires. Le porte-parole du ministère, Jakub Hass, nous explique le principe de cet amendement :

« Il propose l’augmentation de la limite de la garantie de l’Etat. Actuellement, le Fonds d’assurance des dépôts ne les garantit que jusqu’à un montant de 25 000 euros. Cette limite est portée à 50 000 euros. En même temps la garantie ne sera plus limité à 90 % du dépôt bancaire, mais sera de 100%. »

Le gouvernement a demandé à la Chambre des députés d’examiner et d’adopter ce projet en urgence. Il n’est pas certain qu’il sera voté sans problème, car l’opposition sociale-démocrate demande une garantie sans limite et l’augmentation de celle-ci à 170 000 euros. Si l’amendement est adopté, 97 % de tous les dépôts bancaires seront couverts par la garantie de l’Etat, ce qui est suffisant pour le ministre des Finances, car cela représentent à peu près tous les dépôts bancaires qui ne dépassent pas les 50 000 euros. Le vice-premier ministre aux Affaires européennes, Alexandr Vondra, a participé à la réunion des ministres des pays de l’Union européenne à Luxembourg. Il en découle que les solutions adoptées doivent être rapides et coordonnées. Pourtant, Alexandr Vondra a émis certains préoccupations :

Alexandr VondraAlexandr Vondra « Il existe certaines craintes que la rapidité s’impose aux dépends de la coordination, que dans cette précipitation des décisions qui contribuerait encore à l’augmentation de la distorsion du marché ne soient prises. »

Alexandr Vondra affirme, certes, que les mesures visant à faire renaître la confiance envers les banques sont indispensables, mais qu’elles ne doivent pas nuire aux règles de la concurrence sur le marché intérieur de l’Union. Selon lui, dans des conditions extraordinaires, beaucoup ont souvent tendance à ne pas respecter ces règles, surtout en ce qui concerne l’aide aux banques nationales. Les conséquences de toutes les mesures prises pour enrayer la crise ne se sont pas faites attendre sur la place boursière de Prague. Après la hausse spectaculaire de lundi, les cours des actions ont continué de grimper dans la matinée de mardi, après s’être retrouvés au niveau le plus bas depuis 4 ans.

L’Opéra Bastille a applaudi la Petite Renarde rusée

14-10-2008 15:07 | Václav Richter

Ce lundi a eu lieu à l’Opéra Bastille à Paris la première de la Petite Renarde rusée, opéra de Leoš Janáček basé sur un roman feuilleton humoristique de Rudolf Těsnohlídek. Dans la salle il y avait également notre envoyé spécial, Václav Richter.

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Opéra BastilleOpéra Bastille C’est un champ d’innombrables tournesols qu’ont vu après la levée du rideau les spectateurs de l’Opéra Bastille venus voir la première de la Petite Renarde rusée : un champ de tournesols brutalement coupé en deux par une voie ferrée. Tandis que Janáček avait situé son opéra dans une forêt, le metteur en scène de la production parisienne, André Engel, a créé un nouveau cadre pour les aventures de la petite renarde - cadre qui doit symboliser l’intrusion brutale de l’homme dans la nature et dans le monde des animaux. L’histoire de la renarde qui ne se laisse pas apprivoiser par les hommes a donc pris une signification qui correspond aux tendances du XXIe siècle.

Elena TsallagovaElena Tsallagova La distribution est très internationale. La renarde est incarnée dans cette production par Elena Tsallagova, originaire du Caucase, qui a donné à ce rôle une jeune voix expressive et un corps agile. La jeune artiste possède aussi un grand talent pour la pantomime largement exploité par le metteur en scène. Le rôle du renard – amant et puis mari de la petite renarde rusée a été confié à Hannah Esther Minutillo, très convaincante dans cette incarnation d’un séducteur au charme irrésistible. A noter que Hannah Esther Minutillo est née en Tchéquie et qu’elle est donc la seule artiste tchèque qui participe à cette production. Le rôle du garde-chasse est campé par le baryton finlandais Jukka Rasilainen. Le chef d’orchestre Dennis Russell Davies a déployé à certains endroits les beautés sonores de la partition de Janáček sans éviter cependant de couvrir par moments les voix de chanteurs. Les costumes d’Elizabeth Neumuller situent les personnages de l’opéra à mi-chemin entre l’homme et l’animal avec beaucoup de fantaisie et d’humour.

La salle de l’Opéra Bastille presque complète a sincèrement applaudi ce spectacle qui sera diffusé en direct le 4 novembre 2008 à 19 H 30 sur Internet et en accès gratuit.

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