Chapitres de l'histoire 550 ans depuis l'élection de Georges de Poděbrady roi de Bohême
Le 2 mars, nous avons commémoré le 550e anniversaire de l’élection de Georges de Poděbrady roi de Bohême. Une occasion de rappeler que c’était le premier et unique roi utraquiste issu non pas d’une famille régnante, mais élu par la volonté du peuple et que la fin de son règne, en 1466, allait marquer le début de celui de dynasties étrangères qui allaient se succéder sur le trône de Bohême, à commencer par le roi de Hongrie Mathias Corvin, le dernier souverain étant Charles 1er de Habsbourg, en 1918.
Georges de Poděbrady
Autre raison pour laquelle son anniversaire est largement évoqué, et pas
seulement dans sa ville natale d’où il tient son nom – Poděbrady :
Georges de Poděbrady a devancé son époque de 500 ans par son projet
d’Europe unie : une tentative de créer une union pacifique
paneuropéenne de souverains chrétiens où les conflits seraient réglés
par la voie pacifique, diplomatique, à la table de négociations.
Georges de Poděbrady, photo: CTK
Les organes de cette union – l’assemblée générale des délégués, le
conseil des souverains, le tribunal international et, aussi, une monnaie
unique portaient en eux le germe des futures organisations internationales
du XXe siècle. Le roi de France, Louis XI, était le premier destinataire
du projet mis au point en 1464 par le roi de Bohême Georges de Poděbrady,
avec le concours de son conseiller - le Français Antonio Marini.
Appelé aussi roi hussite, Georges de Poděbrady a pris le pouvoir en Bohême en 1458, après la mort du roi mineur, Ladislas le Posthume. Mais depuis 1448, il gouverne, de facto, le pays, car cette année-là il a conquis Prague à la tête de troupes hussites. Au moment de son couronnement, le 2 mars 1458, Georges de Poděbrady doit prononcer un serment l’engageant à renoncer à ses positions utraquistes pour passer au catholicisme. Or il n’en fait rien, devenant le roi d’un double peuple - hussite et catholique, en s’appuyant sur ce qu’on appelle les « Compactata », un accord grâce auquel la religion hussite est reconnue en tant que christianisme orthodoxe.
Ainsi, sous son règne, on est témoin d’un phénomène unique – la
coexistence légale des deux églises : catholique et réformatrice
hussite. Cet état ne dure pas longtemps, le pape annule les Compactata en
1462.
L’opposition de Georges de Poděbrady fait naître un conflit entre
lui et la curie papale et une croisade se prépare contre la Bohême.
C’est alors qu’une opposition au roi se forme à l’intérieur du pays
: les seigneurs catholiques tchèques font front contre lui et vont se
ranger du côté du roi de Hongrie Mathias Corvin après que celui-ci
déclare la guerre à Georges de Poděbrady, guerre au cours de laquelle le
roi de Bohême trouve la mort, le 22 mars 1471.
Georges de Poděbrady et Mathias Corvin
Le nom de Georges de Poděbrady figure aujourd’hui non seulement dans l’appellation de la ville d’eau, à 50 km à l’est de Prague, mais aussi dans l’appellation de la Fondation pour la coopération européenne créée en 1995. Dans l’année de l’entrée de la République tchèque dans l’UE, nous avons demandé à son président, le professeur Alexandr Ort, si Georges de Poděbrady pouvait vraiment être considéré comme un précurseur de l’idée d’une union européenne:
Poděbrady
« Oui, c’est une curiosité de l’Europe, parce que nous, les
Tchèques, nous avons été l’une des premières nations à avoir
cherché à moderniser l’Eglise catholique. Le mouvement hussite a été
à l’origine de ce que le roi hussite Georges de Poděbrady a fait
présenter à l’Europe, au début du XVe siècle. Il a réussi à
stabiliser la situation de notre pays après les guerres hussites qui
étaient pratiquement des guerres civiles, et c’est pourquoi il a été
finalement élu, à l’unanimité, par les nobles catholiques et
protestants, roi de Bohême. A partir de ce moment et jusqu’à la Guerre
de Trente Ans, notre pays a été le seul en Europe centrale où la
tolérance religieuse était garantie. En même temps, parce que le
mouvement hussite était mal vu par le pape, Georges de Poděbrady a
décidé de venir avec l’idée d’une coopération européenne basée
sur des conseils de monarques.
Il a envoyé une grande délégation en
France, il a présenté son idée dans différents documents de
l’époque, et il a même pensé constituer un petit parlement européen
qui aurait eu pour tâche de chercher à régler les problèmes d’Europe
par la voie pacifique et non pas par les guerres comme c’était presque
la règle, au Moyen-âge. Certainement, cette idée était un peu
prématurée, mais finalement il faut dire que même la première
organisation internationale, la Société des nations créée en 1920, a
constaté que cette idée était constructive pour l’Europe et qu’on
cherchera à la réaliser dans une étape tout à fait nouvelle, du XXe
siècle. Et même l’ONU, dans un certains sens, reflète certaines de ses
idées. »
Quel a été le rôle de la France dans ce projet de Georges de Poděbrady?
« Ce rôle était très important, parce que le roi de France
n’acceptait pas toujours le rôle du pape et, de ce fait, il était assez
favorable à ce projet, mais d’un autre côté, il y avait l’Allemagne
et d’autres pays qui n’étaient pas tout à fait favorables. Et puis
c’était une période où les Turcs commençaient à attaquer les Balkans
et le pape a, à nouveau, voulu jouer un certain rôle de coordinateur dans
cette lutte contre les Turcs. »