Faits et événements Un chant d'amour biblique illustré par Frantisek Kupka
C'est au Musée d'art et d'histoire du judaïsme à Paris qu'on peut voir actuellement une exposition du peintre tchèque Frantisek Kupka, précurseur de l'art abstrait. L'exposition présente l'ensemble de 134 dessins créés par le peintre pour illustrer "Le Cantique des cantiques", le célèbre texte figurant dans la Bible et qui réunit plusieurs chants d'amour. Vaclav Richter a posé quelques questions à la commissaire de l'exposition, Mme Laurence Sigal.
Où peut-on situer "Le Cantique des cantiques" dans l'ensemble des
oeuvres de Frantisek Kupka? Dans quelle étape de sa vie a-t-il créé cette
oeuvre ?
"La suite du "Cantique des cantiques" qui est exposée actuellement au musée, a été créée entre 1905 et 1909, au plus tard. La place du "Cantique des cantiques" dans l'oeuvre de Frantisek Kupka est très particulière dans la mesure où, entre le moment où Kupka a commencé à travailler sur cette oeuvre, en 1904, et l'édition définitive de l'ouvrage qu'il projetait, l'oeuvre ne paraît qu'en 1931, il y plus de vingt cinq ans qui se sont écoulés. Néanmoins, l'oeuvre appartient à une période qu'on pourrait qualifier de post-symboliste, donc avant son passage à l'abstraction. Elle appartient à l'ensemble des oeuvres littéraires que Kupka a illustré pendant qu'il vivait à Paris."
Est-ce donc l'oeuvre d'un illustrateur encore réaliste, ou déjà d'un précurseur de l'art abstrait ?
"Non, elle est très réaliste. Véritablement il n'y a presque aucun indice du passage relativement proche de Kupka, devrait-on dire, vers l'art abstrait. C'est une oeuvre très marquée par les influences viennoises. Elle a une vraie beauté et un caractère extrêmement agréable qui l'éloigne même de certains dessins symbolistes beaucoup plus forts, beaucoup plus mystérieux et étranges que Kupka a fait dans les mêmes années, soit des grandes peintures, soit des oeuvres pour la presse satirique."
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Quelle conception pour la santé publique tchèque ?
Deux conceptions de la santé publique tchèque s'affrontent en ce moment en Tchéquie, celle de David Rath que le parti social-démocrate gouvernemental a chargé de diriger le ministère, et celle de Tomas Julinek, ministre fantôme du principal parti de l'opposition, ODS. Quel avenir attend donc les patients tchèques ?
David Rath, photo: CTK
Depuis 1993, date de la création de la République tchèque, la santé
publique est en crise chronique, crise qu'aucun des neuf ministres
précédents n'a su guérir. Le docteur David Rath qui, en tant que président
de l'Ordre des médecins, était l'un des critiques les plus impitoyables du
système, a accepté le défi de la social-démocratie de venir à la tête du
ministère pour y réaliser la réforme dont il est persuadé qu'elle conduira
à une amélioration. Quels sont les principaux points de cette réforme ?
Augmenter les dépenses consacrées à la santé publique au-delà des 7 %
actuels du PIB. Introduire, dans un horizon de quatre ans, certains
paiements raisonnables pour certains services à l'hôpital. Ne pas
supprimer la concurrence actuelle des caisses d'assurance-maladie. Rendre
publics les résultats des hôpitaux - cette obligation sera valable pour
les hôpitaux universitaires dès le mois de janvier prochain. Fermer les
hôpitaux qui ont des problèmes au niveau de la qualité des soins ou les
reconvertir en établissements de soins de longue durée. Limiter les
dépenses de médicaments actuellement trop excessives. La réforme de la
santé publique proposée par David Rath s'inspire du modèle autrichien qui,
selon ses dires, nous est le plus proche.
Tomas Julinek
Et à quoi, les patients devraient s'attendre en cas de victoire de l'ODS
aux prochaines législatives ? La réforme de la santé publique présentée
par Tomas Julinek, principal opposant de David Rath, prévoit les paiements
directs pour une consultation médicale, pour l'ordonnance et le séjour à
l'hôpital et l'introduction des comptes individuels. Selon Julinek, le
patient déciderait lui-même de l'utilisation des moyens réunis sur son
compte. Une assurance supplémentaire serait quasi obligatoire, car il
serait impossible de couvrir, à partit des comptes personnels, les
traitements et opérations coûteuses. Rath craint que cette conception ne
convienne qu'aux riches, alors que deux tiers des citoyens ne touchent
même pas la moyenne qui se situe autour de 18 000 couronnes. Selon lui,
les comptes individuels vont à l'encontre du principe de solidarité sur
lequel le système est basé.
Commentant les deux conceptions opposées, le journal économique Hospodarske noviny écrit que quel que soit le modèle - autrichien proposé par Rath ou américain préconisé par Julinek, il est d'ores et déjà certain que la qualité de soins augmentera, ainsi que le prix qu'il faudra payer.
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Otto Wichterle, l'inventeur des lentilles de contact, a désormais son monument à Prague
L'inventeur des lentilles de contact souples était Tchèque. Le trait de génie de ce chimiste qui a changé le quotidien de millions de personnes à travers le monde, n'a pas empêché Otto Wichterle de subir les affres de l'histoire de la Tchécoslovaquie du XXè siècle. Aujourd'hui, un monument rappelle son importance.
Le maire Tomas Chalupa, Mme Linda Wichterle et l'artiste Michal Gabriel devant le monument, photo: CTK
C'est devant l'Institut de chimie macromoléculaire, situé dans le sixième
arrondissement de Prague, et fondé par Otto Wichterle lui-même, que le
monument commémoratif dédié au chimiste tchèque a été inauguré le lundi 31
octobre. Dévoilé par les officiels de la mairie et par les représentants de
l'Institut, le monument n'est pas une statue du scientifique tchèque, comme
le souhaitait d'ailleurs sa veuve, mais une oeuvre plus métaphorique,
résultat du travail de l'artiste Michal Gabriel, et censée représenter
l'arbre de la connaissance. Cette statue de plus de deux mètres, réalisée
en bronze, a été financée par la mairie de Prague 6 à hauteur de près 1,9
millions de couronnes, pour sa confection et son installation.
Otto Wichterle
Otto Wichterle n'est de loin pas l'inventeur du principe des lentilles de
contact, ce correcteur de vue si pratique utilisé par tant de personnes à
travers le monde pour remplacer les lunettes classiques. Déjà Léonard de
Vinci en avait pensé le principe et jusque dans les années 1950, les
lentilles de contact existaient, mais elles restaient chères,
inconfortables et donc difficiles à porter bien longtemps. Inventeur d'un
équivalent du nylon américain, le « silon », Otto Wichterle continue ses
recherches sur les matières plastiques et synthétiques, et c'est à partir
d'un type de polymère qu'il se concentre sur l'hydrogel, un matériau qu'il
espère utiliser pour la fabrication des lentilles souples. Comme de
nombreux scientifiques et intellectuels tchèques, Wichterle n'échappe
cependant ni aux « purges » des années cinquante, puisqu'il est exclu de
l'université en 1958, ni à la bêtise d'un régime communiste incapable de
voir dans les recherches du chimiste ne serait-ce que son propre intérêt :
en effet, après qu'il ait fabriqué ses toutes premières lentilles au début
des années 1960, le gouvernement de l'époque vend les brevets pour une
bouchée de pain à un Américain, comble de l'ironie, en ces temps de Guerre
froide.
Photo: CTK
Le monument édifié à sa mémoire doit également exprimer la grandeur de la
personnalité d'Otto Wichterle, a expliqué le sculpteur, Michal Gabriel.
Car en plus d'être un découvreur, le chimiste était aussi un homme engagé
qui n'hésita pas à mettre sa carrière en jeu, en manifestant ouvertement
son désaccord avec l'invasion soviétique de 1968, ce qui lui vaudra d'être
expulsé de la direction de l'Institut de chimie macromoléculaire où il
continuera cependant à travailler jusqu'en 1989, date à laquelle il est
nommé directeur de l'Académie des Sciences. Décédé en 1998, à l'âge de 85
ans, le chercheur tchèque a également reçu ce 31 octobre une récompense à
titre posthume : c'est à sa veuve qu'a été remise la médaille de
l'Institut technologique international de San Diego aux Etats-Unis,
hommage à l'oeuvre d'une vie dédiée à la science.
Ça s'est passé une fois, on n'a pas envie que ça se repasse une autre fois
Le film « Mon premier souvenir en couleur » est un projet commun des étudiants tchèques et français du lycée Alphonse Daudet à Nîmes qui ont interrogé et filmé d'anciens déportés des camps de concentration. Cédons encore une fois la parole à Mme Nadine Vicenzi, professeur d'histoire et initiatrice du projet, pour évoquer avec elle les moments forts qui ont marqué le tournage.
Nadine Vicenzi, photo: www.cinemed.tm.fr « Je dois dire que l'un des moments forts, c'était bien évidemment
l'interview du Centre communautaire juif à Prague et là se sont présentées
cinq dames, dont la grand'mère de Linda, une de nos élèves tchèques, et ces
dames ont été absolument étonnantes dans la mesure où elles ont voulu
absolument témoigner ensemble. Elles ont fait les mêmes camps, elles ont
fait cinq camps et ont survécu et ce qui est extraordinaire c'est que nous
les Français on ne maîtrisait pas la langue tchèque, on n'avait aucun
rudiment de langue tchèque, et pourtant, pendant ces interviews, on a été
extrêmement ému, on avait l'impression de comprendre, malgré la barrière
de la langue, il y avait des choses qui passaient dans la salle et moi je
vous avoue avoir pleuré pendant ces interviews sans savoir précisément ce
qui était dit.
C'était l'un des premiers moments forts. Le deuxième moment
fort, c'était la découverte du camp de Terezin. Nous en France, on connaît
des camps d'extermination, des camps de Pologne, mais pas Terezin qui
était un camp d'internement et de transit et je dois dire que l'on l'a
découvert avec les élèves français et les élèves tchèques dont aucune ne
l'avait connu auparavant.
Photo: www.cinemed.tm.fr
Ce qui était fabuleux c'est que l'on a découvert
un camp qui était un peu l'équivalent du camp de Terezin, près de chez
nous, à 80 km de Nîmes, comme Terezin est à 60 km de Prague, et on a
découvert également un camp d'internement et de transit à 80 de la ville
d'Aix-en-Provence, cette ville qui fait rêver une grande partie de
l'Europe, un camp dont sont partis deux mille adultes et enfants juifs
vers des camps de Pologne. Ça aussi, c'était un des moments forts et je
dois dire que tout le film est conçu sur ce parallèlisme entre ce qui se
passe en France et ce qui se passe en République tchèque et on a vécu les
mêmes choses et on en est aujourd'hui les héritiers. Le film, c'est un peu
ça ; de qui on est les héritiers, et cet héritage on veut absolument le
transmettre, car comme le dit dans le film Mariana, l'élève tchèque - cela
s'est passé une fois et on n'a pas envie que ça se repasse une autre fois.
L'idée du film est celle-là, je crois. Aider les jeunes à devenir des
citoyens responsables, les aider à s'engager ».
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